QUELQUES RÉFLEXIONS
= ca DE: SUR.
en SCIENCE ET L'INDUSTRIE
He te APRÈS LA GUERRE (°).
= En ce moment, la pensée de ceux qui ne peuvent concourir directement à la défense nationale est toujours obsédée des -
mêmes questions. On cherche à analyser les raisons de la puis-
- l'issue victorieuse de la lutte tragique où nous sommes engagés | depuis 27 mois. Cest ce que je voudrais faire succinctement
É ici en restant sur le terrain scientifique et industriel.
Si l'on estime que le progrès réel de la science consiste dans la - découverte de faits nouveaux, ou dans l'introduction de nouveaux points de vue, ou encore dans des rapprochements j jusque- Bi insoupçonnés, si en un mot on met au premier rang l'esprit
d'invention, l'Allemagne ne peut prétendre à aucune supériorité
: sur les autres nations. La preuve en a été faite maintes fois
depuis deux ans, et il n’y a pas à y revenir. Nous rendons la
> Justice qui leur est due à certains savants allemands, mais nous
n avons pas à nous incliner devant eux.
D'où vient cependant que l’Allemagne, depuis 30 ou 40 ans, ait pu prétendre à l’hégémonie scientifique et faire admettre parfois ses prétentions ? Les causes en sont multiples, les unes | tenant à certains caractères de l'esprit germanique, les autres F de étant d'ordre politique.
Dans maintes parties de la science, les principes essentiels
une fois posés et les bonnes méthodes trouvées, les applications
ne demandent que de la patience et du soin. Il est très désirable
que de nombreux chercheurs, élèves et collaborateurs des
… maîtres, travaillent sous leur direction et développent leurs
RACE) Revue hebdomadaire, 18 novembre 1916.
sance allemande dans le passé et à prévoir notre avenir après.
idées. Les sujets d’études sont ainsi explorés dans tous les sens et l'effort de ces travailleurs patients augmente considérable-
ment le rendement scientifique. L’Allemand, éminemment dis-
cipliné, est très propre à ces travaux, en partie collectifs, qui
remplissent les nombreux volumes publiés chaque année en Allemagne. Certes, ils ne présentent pas l’ordre et la clarté que …
l'on trouve généralement dans nos livres français: les idées essentielles n’y sont pas mises en lumière, et certaines prétentions philosophiques en rendent souvent la lecture pénible. Mais il faut reconnaître que leur nombre en impose et temeiene d'une forte organisation du travail scientifique.
Quelque hommage toutefois que l'on soit disposé à rendre
à un labeur méritoire, l'Allemagne n'aurait pas réussi à imposer
l’idée de sa supériorité, si d’autres causes n'étaient intervenues. Il peut paraître étrange, même contradictoire à la notion de
vérité, que des événements politiques et militaires influencent de quelque manière les jugements sur la valeur des œuvres
intellectuelles. Et cependant, la science allemande bénéficia
des victoires de 1870; de la supériorité militaire dans les années qui suivirent, plus d’un conclut à la supériorité dans tout autre ordre. Nos ennemis ne négligèrent rien d’ailleurs pour imposer
la croyance à leur hégémonie. On ne se priva pas chez eux de”
certains démarquages, opérations faciles pour des gens dont la franchise n’est pas la vertu maîtresse, et au besoin on oublia -les vrais constructeurs pour ne voir que ceux qui avaient
apporté à l'édifice quelques achèvements; l’histoire des sci nces
a des silénces parfois intentionnels. La science devint pour nos voisins un moyen de domination. Elle fut une marchandise qu'une organisation puissante et sans scrupules chercha à placer dans toutes le: parties du monde.
Cette croisade, derrière laquelle se profilait la force militaire de l'empire, ne donna que trop de résultats, et partout s’étendit l'emprise scientifique de l'Allemagne.
Il ne convient pas, en ce moment, de rechercher si nous n'avons pas nous-mêmes montré ici et là des engouements peu justifiés
pour certaines méthodes d’outre-Rhin, et si nous ne noussommes
pas laissé parfois envahir par les brumes de la pensée germanique. Le passé ne doit nous intéresser qu’en tant qu'il est susceptible de préparer l'avenir. Il y a, dans les procédés de propagande allemande, des choses que les nations ayant l'âme