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NACCINATION ANTITYPHOÏDIQUE 0
L'Institut de France a donné pour la dernière fois le pris Osiris
en 1909. Le prix n’a pas été décerné en 1972, et reste maintenant disponible. La commission de ce prix ne pouvait songer à user une nouvelle fois de la clause de renvoi à laquelle, dans la pensée formellement exprimée du donateur, nous ne pouvons recourir qu'exceptionnellement.
* Dans les œuvres qu’il soutient, l’Institut montre chaque jour l'intérêt qu’il porte à ce qui peut soulager les misères produites par la guerre et le souci qu’il a de la santé de nos armées. La commission devait d'autant moins l'oublier que M. Osiris signale particulièrement à l’Institut « les travaux relevant de la science médicale ou chirurgicale qui apporteraient la guérison ou le soulagement de maladies aujourd’hui sans remède, ou qui
. seraient un acheminement vers le moyen de prévenir le mal ou … de le guérir ». Notre attention était aussi attirée sur ce passage
de la donation par. deux de nos académies, celle des sciences et celle des sciences morales et politiques, qui
D émettaient, il y a quelques semaines, le vœu que le prix Osiris fût décerné à une œuvre médicale qu’elles désignaient expli- ” citement : la vaccination antityphoïdique.
Avant de vous faire connaître les résolutions que propose PE commission et qui satisfont au désir exprimé par ces Aca-
démies, il paraît utile de rappeler rapidement quelques points
de l'histoire des vaccinations. Nous y rencontrerons quelques
noms de savants étrangers, mais vous savez que, d’après la
volonté formelle de M. Osiris, les Français seuls peuvent parti-
= ciper au prix. Ce n’est pas la première fois que des étrangers = sont écartés ainsi de la liste des lauréats du prix Osiris; il y a - six ans notamment, dans l'attribution du prix donné à l’avia- = tion, nous avons dû laisser de côté deux Américains, les frères
Wright, dont le nom restera dans l’histoire de la navigation aérienne.
(1) Rapport sur le prix Osiris, présenté à l'Institut dans sa séance
” du 3 juin 1915.
L'idée d'obtenir un vaccin avec des microbes à virulence atténuée est une des plus admirables découvertes de Pasteur. Il suffit de rappeler ses travaux sur le choléra des poules, ses travaux et ceux de Toussaint et de Chauveau sur la maladie charbonneuse. La voie était ouverte à un grand nombre de. recherches. Bientôt la vaccination put être faite, dans certaines maladies, non plus avec le microbe ayant sa virulence atténuée par la chaleur, mais, celui-ci étant tué, avec les produits solubles qu'il élabore, possibilité entrevue d’ailleurs par Pasteur et .Chauveau. C’est ainsi qu’en 1886, aux États-Unis, M. Salmon obtint, par inoculation de cultures stérilisées par la chaleur, la vaccination contre le cholera-hog ou peste des porcs. En 1887, Chamberland et M. Roux montrèrent qu'ilest possible de donner aux cobayes l’immunité contre la septicémie aiguë en leur injectant des quantités suffisantes de culture de vibrion septique, complètement dépourvues d'organismes vivants. En ce qui concerne la fièvre typhoïde, la première tentative de vaccina- … tion au moyen des substances solubles élaborées par le bacille .
- typhique fut faite par MM. Chantemesse et Widal, qui en - publièrent les résultats dans deux mémoires parus en 1888 et 1892. Ces savants opéraient sur des souris, puis sur des cobayes et des lapins; ils chauffaient à 1209 et à 1000. La dose injectée était de r5cm' à 20cm pour les cobayes; l'opération se faisait'en quatre fois à plusieurs jours d'intervalle. Quelques animaux mouraient à la suite de la vaccination; après inoculation aux autres de microbes virulents, on conservait environ la moitié des animaux mis primitivement en espérience. Les auteurs terminaient ainsi leur mémoire : « Une dose de culture typhique qui tue invariablement des souris saines ne tue pas dans la grande majorité des cas les souris qui ont absorbé préventivement des produits solubles non vivants. élaborés par le bacille
typhique. Celles-ci ont acquis l'immunité. »
Jusqu'ici, en dehors d’une tentative concernant le choléra, faite en 1886 par le médecin espagnol Ferran, aucune vaccination n'avait été essayée sur l'homme. En particulier pour la fièvre typhoïde, on ne pouvait songer à injecter chez l’homme les doses considérables qui auraient été nécessaires avec le vaccin jusque-là obtenu. En 1895, le médecin.russe Haffkine cherche à vacciner l’homme contre le choléra et la peste à l'aide de cultures dévitalisées, comme il dit, par la chaleur. C’est à
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cette époque que Sir Almroth Wright se rend dans l’Inde pour
étudier auprès de Haffkine la méthode de vaccination antichoboue: À ce moment, il eut l'idée de réaliser la vaccination antityphoïdique par un procédé analogue, mais c’est seulement
‘en 1896, quand il apprit que Pfeiffer et Kolle à Berlin avaient trouvé des agglutinines dans le sang des animaux inoculés avec = des cultures stérilisées à 60°, qu'il chercha à vacciner l’homme - par ce moyen. Wright put tenter de suite une expérience en
- grand en inoculant son vaccin à des milliers de soldats vivant :
. dans des régions où la fièvre typhoïde est endémique, et les
Statistiques se montrèrent très favorables. Depuis lors, on reconnut que la température pouvait être abaissée de quelques degrés, et l’on est même descendu à 53°. Le vaccin antityphoïdique obtenu par la chaleur fut employé dans l’armée anglaise et dans l’armée américaine, et il donna, dans l'Afrique du Sud
notamment, la preuve de son efficacité.
Nous n'avons, jusqu'ici, parlé que de l'emploi de la chaleur, pour atténuer la virulence ou pour stériliser les cultures de microbes qui doivent fournir le vatcin. D’autres procédés ont
été proposés, et, dès le temps de Pasteur, on fit usage des anti-
septiques. En 1908-1910, M. H. Vincent a commencé à se servir
avec succès de l’éther, qui est d’un emploi très sûr. Depuis lors,
avec une énergie inlassable, le professeur du Val-de-Grâce s’est fait l’apôtre de la vaccination antityphoïdique. Actuellement le
vaccin à l’éther est préparé en très grande quantité au labora- toire de vaccination antityphoïdique du Val-de-Grâce, où tra-
É vaillent 150 personnes. La technique de la préparation est fort
simple. Les cultures de bacilles d’Eberth vivants sont émul-
- siônnées dans une solution isotonique de chlorure de sodium
pur, et l'on verse dans cette solution une certaine quantité d’éther sulfurique. Après avoir été agité pendant quelques secondes, le mélange est abandonné à là température du laboratoire pendant 5 heures; le bacille typhique est tué. Un
contrôle bactériologique est exercé dans chaque phase des
diverses opérations.
Depuis 1912, le vaccin préparé par le procédé de M. Vincent
est employé dans l’armée grecque; depuis 1913, il l’est dans les * armées belge, italienne, espagnole. En France, on fait surtout usage du vaccin par la chaleur dans l’armée de mer, et du vaccin
à l’éther dans l’armée de terre. Depuis que, grâce à l'initiative
de notre confrère M. Léon Labbé, la vaccination antityphoïdique, de facultative qu'elle était, est devenue obligatoire dans l'armée française, l'emploi du vaccin antityphoïdique s’est beaucoup répandu. Une question se pose d'elle-même : comment peut-on être assuré de l'efficacité d’un vaccin comme le vaccin antityphoïdique ? Puisqu’il n’est pas possible de donner la maladie à l’homme vacciné pour faire des comparaisons, c’est à des statistiques suffisamment étendues qu’il faut demander la réponse. Les cas de vaccination montant maintenant à plusieurs millions, les statistiques très nombreuses permettent de conclure. La vaccination antityphoïdique a montré sa puissante efficacité dans un grand nombre d’épidémies. Bornonsnous à citer, entre bien d’autres statistiques tout aussi démonstratives, les chiffres relatifs à l'épidémie d'Avignon en 1912 : 687 militaires non vaccinés ont compté 155 cas de fièvre typhoïde et 22 décès, tandis que les vaccinés, au nombre de 1366, ont eu zéro cas et zéro décès. IL n'y a aucune exagération à dire qu'au Maroc, où la fièvre typhoïde sévit avec intensité parmi les nouveaux venus, la vaccination préventive contre cetté, maladie a rendu possible l'occupation permanente du pays. On doit noter aussi que la vaccination, lorsqu'elle est faite sur un grand nombre d’individus*en temps d’épidémie, exerce
sur celle-ci une action d'arrêt très remarquable, comme le montrent les épidémies de Montauban et de Marseille en 1013,
et de Tours en 1914.
On voit par ce qui précède que le problème de la vaccination antityphoïdique peut être regardé comme résolu. La commission a pensé qu'elle devait suivre les indications données par deux de nos Académies, indications qui s'accordent si complètement avec les désirs exprimés par M. Osiris. Elle vous propose à l’unanimité d’accorder le prix à l’'Œuvre de la vaccination antityphoïdique. D’après la volonté formelle du donateur, la commission ne peut vous proposer que des savants français; s'inspirant, quant au choix des personnes, du vote émis par l’Académie des Sciences, elle vous demande de partager le prix en deux parties égales, l’une des parties étant donnée à M. H. Vincent, professeur &a Val-de-Grâce, et l’autre partie à MM. Chantemesse et Widal, professeurs à la Faculté de méde- . cine.