‹ Discours et mélangesChapitre 39 sur 51 · ART · texte numérisé non relu

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peuple déterminé. Plaise à Dieu qu'aucun trait n'en soit appli-

cable à notre pays.

La diminution de la natalité, qui apparaît d’abord comme un effet de l’abaissement des caractères et des volontés, en

devient ensuite une cause. Ce n’est pas, en effet, dans les familles

à fils unique que se prennent en général les leçons. d'énergie, tandis que, dans la famille nombreuse, le goût de l’action a plus de chance de se développer et les enfants y sentent davantage la nécessité de compter sur eux-mêmes. L'exemple de leurs parents, qui peinent pour les élever, leur apprend le sérieux de l'existence, . Pour les individus, comme pour les peuples, il est mauvais de regarder l’avenir comme assuré et l'effort constant est la loi de la vie. Le bourgeois et le paysan français ont une vertu assurément très louable : la prévoyance; mais cette

- vertu, poussée à l'excès, conduit à la moindre action. La France,

disent nos ennemis, est un peuple de petits rentiers sans initia-

tive, qui économisent mais ne risquent rien.

Quant à l’ouvrier français, il a cru trop souvent, sous l’in-

fluence de certaines doctrines, aux avantages à attendre de la

raréfaction de la main-d'œuvre, comme si l’affaiblissement des industries où il travaille pouvait lui apporter des avantages

durables.

Nous ne pouvons croire qu’il soit impossible de lutter contre le mal qui nous ronge. Plusieurs, n’osant peut-être pas envisager la question en face, se préoccupent seulement de la diminution de la mortalité. Certes, de grands efforts sont encore à faire dans ce sens, et la science, notamment dans la voie ouverte par Pasteur, remportera encore d’éclatants triomphes. L'hygiène fait aussi d’admirables progrès, et une loi, comme celle que la reconnaissance publique dénomme lot Roussel, a contribué à la diminution de la mortalité infantile. Ne nous faisons pas, cependant, trop d'illusions de ce côté. On est, a priori, tenté de penser que la diminution de la mortalité amène fatalement l’accroissement de la population. Les statistiques du D’ Bertillon montrent que les choses sont plus complexes. La comparaison de la mortalité et de la natalité montre que, dans la plupart des pays, la natalité est faible ou forte, suivant que la mortalité est elle-même faible ou forte.

Il y a une cause de dépopulation, criminelle celle-là, qu “il faut flétrir et poursuivre sans pitié : ce sont les manœuvres

abortives. Sans insister, disons seulement que ce mal a pris les proportions d’un fléau social; il croît avec une telle intensité qu'on se demande si l’énormité du scandale ne suspend pas l'arme de la justice. Il en est de même pour des propagandes recommandant certaines pratiques auxquelles on rattache bien

à tort le nom d’un respectable pasteur anglais, Malthus, connu par une loi d’un aspect séduisant pour des mathématiciens, mais à laquelle l'expérience n’en a pas moins donné un éclatant démenti. Contre ces propagandes, la puissance publique n'est pas désarmée. Elle manque à son devoir quand elle n’agit pas; si la loi doit être renforcée, que le législateur y pourvoit au plus vite.

Je crois inutile de parler une fois de plus de l'alcoolisme. Tout a été dit sur l’alcool, poison qui, à la fois, augmente la mortalité et diminue la natalité, mais que protègent des tabous qui n’ont rien de mystérieux. L'exemple récent de la Russie montre assez quel bienfait on peut attendre de la suppression de l'alcool dans la consommation; il restera pour son emploi un champ industriel suffisamment vaste.

Mais il ne faut pas nous bercer d’un chimérique espoir. Quelque victoire que la science remporte sur la mort, de quelque succès que soit couronnée une lutte vigoureuse contre des manœuvres et propagandes infâmes, le résultat, tout important qu'il soit, sera insuffisant. Si des moyens plus directs ne pouvaient être trouvés, nous ne serions pas loin d’être vaincus.

L'homme trouve naturellement dans sa conscience et dans son cœur le désir de fonder une famille et de l’accroître. C’est de là qu’il faut partir, et les moyens cherchés doivent d’abord êtres des adjuvants à ce désir. Il appartient, en premier lieu, aux groupements dont l’objet est d'ordre moral, de faire revivre le culte trop oublié des vertus familiales qui sont, en général, la meilleure garantie du bonheur. Les éducateurs de tout ordre, les publicistes, les ministres des divers cultes, doivent multiplier les efforts pour restaurer dans les consciences le respect des préceptes moraux et rappeler le devoir de la transmission de la vie. Je sais bien qu'il est de règle de ne pas parler de certains sujets délicats, mais des éducateurs conscients de la gravité de leur mission sauront réaliser des changements qui s’imposent impérieusement.

Il faut aussi qu'une atmosphère se forme, favorable aux

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