LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
ne, physiques et naturelles entendues au sens le plus usuel.
Je veux tout d'abord dire quelques mots de ce qui me : paraît à la mentalité moyenne des hommes de science
Teen et remarquables ouvrages sont publiés sur la hilosophie
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20 2e et trouvent un grand nombre de lecteurs. N° \'
Be prenant quelque intérétà ce ne est ini la PL sophie. I n’y a pas lieu de s’en étonner; tout au contraire. Les discussions chères aux écoles philosophiques de tous les temps. sur le réel et sur le vrai semblent oiseuses à ceux qui observent . et qui expérimentent.
- Le savant (nous parlons bien entendu d’une manière géné- «2 Le en réservant les exceptions) est satisfait du sens commun. 150 Il pose tout d’abord le postulat que le monde qui nous entoure - est accessible à nos recherches et qu'il doit être intelligible pour nous. Il croit à la science, à laquelle il consacre parfois sa vie, et il se méfie des critiques subtiles qui n'ont jamais conduit à
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(*) Kevue scientifique, 9 novembre 1912.
des découvertes effectives. Claude Bernard disait, il y a déjà longtemps, que, pour faire de la science, il faut croire à la science; c'est là, incontestablement, pour celui qui cherche à faire œuvre scientifique, un point de départ et non un point d'arrivée. Il existe aujourd’hui une mentalité scientifique moyenne, caractérisée par l’admission des postulats énoncés plus haut, et l'écho des discussions, qui ont parfois laissé l'impression qu’il y avait une crise de la science, n’est pas sans provoquer quelque impatience dans les laboratoires. Le savant a, en général,
l'impression que le philosophe parle un autre langage que lui,
et il ne cherche pas à le comprendre.
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Qu'est-ce donc que cette philosophie, que nous paraïssons, dans ce qui précède, opposer à la science ? Je n’en connais pas de meilleure définition que celle donnée par Jules Tannery, quand il parlait un jour de « ces inquiétudes que nous cultivons sous le nom de philosophie ». Le philosophe excelle à voir partout des difficultés, les notions les plus simples et les plus usuelles présentant parfois d'inextricables difficultés quand on veut les approfondir. La philosophie agite le plus souvent des questions sans réponses, du moins sans réponses pouvant être acceptées de tous. J'ai dit tout à l'heure que le point de départ de la science est dans le sens commun. La première affirmation du sens commun est sans doute celle de l'existence d'objets extérieurs à notre conscience. C’est une idée compliquée que celle de matière, et il est insuffisant de dire, avec Huxley, que « la matière est un nom pour la cause inconnue-et hypothétique de nos propres états de conscience ». Les théories de la perception sont innombrables; il faut une grande finesse de dialectique pour s’y aventurer. Si, dans ce domaine, on veut suivre M. Bergson, ce n’est pas sans peine qu’on atteindra « les données immédiates de la conscience », la perception, de l'avis de l’illustre philosophe, étant toujours mêlée de souvenirs. On peut discuter sans fin, pour savoir si, en formant les concepts des objets extérieurs, en hypostasiant nos sensations, suivant l'expression de M. Meyerson, notre entendement n’obéit pas à quelque principe interne, comme celui de causalité. Le terrain
: 7. -m— devient ici singulièrement mouvant, et, dans ces spéculations __ d'ordre ontologique, chacun pense suivant son tempérament. Quelques-uns croient pouvoir éviter ces considérations métaphysiques sur le sens commun, en se plaçant au point de vue historique. Quoiqu'il y ait là quelque illusion, ce point de vue - est d’un grand intérêt. Quand on parle de sens commun, il - s’agit des époques historiques et des peuples civilisés, mais ce sens commun doit avoir une histoire. Il se peut que, dans l’huma- nité, de très anciennes façons de penser aient survécu, malgré É tous les changements postérieurs survenus dans les conditions des hommes, et, dans son livre sur le pragmatisme, William ” James adopte cette thèse que nos conceptions fondamentales sur les choses sont des découvertes faites par certains de nos - ancêtres à des époques extrêmement éloignées et qui ont réussi à se maintenir à travers tous les siècles postérieurs. Ces conceptions forment le stade du sens commun. Ainsi auraient pris naissance les concepts de chose, de temps, d'espace, d'influences à causales, de réel, et bien d’autres, suivant lesquels continue à ‘penser tout homme, si cultivé soit-H, quand il n’est pas à ces
heures de scepticisme aigu où le saisit «le doute métaphysique ». On décidera, suivant ses goûts, si les questions ont beaucoup - avancé pour avoir été ainsi reculées dans le lointain des âges.