‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 13 sur 49 · NOTICE SUR KKNKI.ON · texte numérisé non relu

NOTICE SUR KKNKI.ON

mois après l'affaire du quiétisme, par L'infidélité d'un domestique chargé de transcrire le manuscrit. L'ouvrage, supprimé en France, lut reproduit par les presses de la Hollande, et obtint dans toute l'Europe un succès que la malignité rendait injurieux pour Louis XIV, en y cherc liant des allusions aux conquêtes et aux malheurs de son règne. Le prince, qui avait toujours médiocrement goûté les idées politiques de Fénelon, et le nommait depuis longtemps un bel esprit chimérique, regarda l'auteur de Télêt/i(i(/uc comme un détracteur de sa gloire, qui joignait le tort de l'ingratitude aux injustices de la satire. Fénelon mourant protesta de son respect pour la personne et pour les vertus de Louis XIV. Ce témoignage formel, comparé au jugement sévère que Fénelon énonçait dans la lettre dont nous avons déjà parlé, ne permet qu'une seule explication qui ménage sa gloire et la vérité. Cet homme sensible et vertueux, préoccupé des malheurs qui se mêlaient à l'éclat du règne de Louis XIV, transportait involontairement dans un ouvrage d'imagination quelques traits du tableau qu'il avait sous les yeux et qui souvent affligeait son âme. Comment aurait-il pu s'en défendre? Gomment parler des peuples et des rois, sans présenter des allusions aux contemporains? Le cercle des calamités et des fautes humaines est plus borné qu'on ne le croit. 11 y aura des vices, tant qu'il y aura des hommes, dit Tacite; et tant qu'il y aura des vices, l'histoire des temps passés paraîtra la satire du siècle présent.

Le Télé.naque offre sans doute quelques réflexions que l'on peut détourner contre Louis XIV; mais c'est une absurde injustice de chercher dans cet ouvrage la censure allégorique et méditée de ce grand roi. Il était même impossible d'avoir mieux combiné tous les détails, pour déeoncerter les allusions et pour échapper autant que possible à l'inévitable fatalité des ressemblances. Nous

croyons que cette précaution généreuse occupait encore Fénelon écrivant pour le bonheur des peuples, et qu'elle lui fit chercher cette conception poétique, ces mœurs primitives, ces sociétés antiques si éloignées du tableau de l'Europe moderne. Pourquoi, d'ailleurs, aurait-il voulu peindre Louis XIV sous les traits de l'imprudent Idoménée, ou du sacrilège Adraste, plutôt que sous l'image du sage et victorieux Sésostris? Mais non ; ces diverses images sont les jeux d'une imagination qui cherche à multiplier d'intéressants contrastes : aucune, en particulier, n'est le portrait satirique du grand roi, dont le règne a formé la plus belle époque morale de l'Europe moderne. Fénelon apprit bientôt l'ineffaçable impression que le Télémaque avait faite dans le cœur du roi ; il parut se résigner à son éloignement de la cour, qu'il eut quelquefois la faiblesse d'appeler sa disgrâce, comme si le séjour prolongé d'un archevêque au milieu du troupeau qu'il éclaire et qu'il sanctifie, pouvait jamais rappeler une idée d'humiliation et de malheur. Au reste, si Fénelon se ressouvenait quelquefois avec amertume de la cour de Louis XIV, il dut se consoler par le bonheur qu'il répandait autour de lui, dans sa retraite de Cambrai. La sainteté des anciens évêques, la sévérité de la primitive Église, la douceur de la plus indulgente vertu, le charme de la plus séduisante politesse, l'empressement à remplir les devoirs les plus humbles du saint ministère, une infatigable bonté, une inépuisable charité, voilà sous quels traits Fénelon est dépeint par un éloquent et vertueux évêque, qui avait le droit de s'arrêter longtemps sur cette image. Le premier soin de Féuelou était d'instruire les clercs d'un séminaire qu'il avait fondé. Il ne dédaignait pas même de faire le catéchisme aux enfants de son diocèse. Comme les évèques des anciens jours, il montait souvent dans la chaire de son église, et, se livrant à son cœur et à sa foi, il parlait sans prépara-

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