‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 24 sur 49 · D1SC01KS ET MÉLANGES · texte numérisé non relu

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pie. de précision et de pureté qui lui était offert. Que de beautés en effet, Messieurs, dans ces rapides esquisses abrégées par le goùl ! Quel art de mêler toujours l'homme à la nature, et d'embellir chaque tableau par la vérité des sentiments, plus rare encore que celle des images! Le poëme sur le Jour des Morts, plein d'une mélancolie religieuse, révéla dans l'âme du jeune poëtc une autre source d'inspiration, et fit voir que la sévérité du goût n'exclut pas cette heureuse originalité qui naît toujours d'une émotion profonde. Que de promesses de gloire dans un tel début!

Au milieu de cette douce préoccupation, parmi les amusements du monde et le bonheur de l'étude, M. de Fontanes, animé par sa réputation naissante, et méditant un grand poëme, avait à peine touché le terme de la première jeunesse, quand l'approche de nos troubles civils vint saisir tous les esprits, changer et mêler toutes les routes, effacer toutes les traces, et jeter chacun dans les hasards d'une destinée nouvelle. Ces jeux de la littérature et du théâtre, qui faisaient depuis un siècle les principaux événements d'une société paisible, ces académies naguère si puissantes , ces réunions ingénieuses , tous ces travaux d'une civilisation élégante et oisive tombèrent en un moment devant le terrible intérêt d'une révolution commencée.

A la vue de ce grand désastre social, dont le progrès surprit et enveloppa ceux même qui l'avaient préparé, dans ce mouvement rapide qui emportait tant d'esprits imprévoyants, M. de Fontanes se rangea du parti de la royauté tempérée par les lois; et il resta fidèle à la Puissance opprimée, dans ces temps d'orage où le calcul et la peur trouvent plus sûr de la combattre que de la secourir : il consacra ses talents à défendre dans une feuille publique la justice inséparable de la liberté, et le trône

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qui les garantissait l'une et l'autre. Associé quelque temps aux Clermont-Tonnerre et aux Lally-Tollendal, il poursuivit cette honorable tâche au milieu des périls cl des violences de l'anarchie; et il ne s'éloigna de Paris qu'après avoir été témoin «le ces crimes qui ne laissent plus au bon citoyen ni le courage de l'espérance, ni l'utilité du sacrifice.

Mais il avait choisi pour retraite le lieu même qui devait être bientôt le plus affreux théâtre de la proscription et de la guérie civile, celte cité de Lyon, sur laquelle la tyrannie révolutionnaire épuisa son acharnement et la fureur de ses décrets. D'heureux liens de famille avaient fixé M. de Fontanes au milieu des désastres de cette ville, dont les infortunés habitants devinrent ses concitoyens. Après la victoire de la Convention , lorsque les horreurs du siège furent remplacées par les vengeances de la paix, lorsque le nom même de la malheureuse ville fut aboli, el disparut dans la poudre de ses maisons incendiées, Lyon n'existant déjà plus que pour fournir des victimes, une plainte hardie s'éleva du milieu de ses ruines. Trois hommes de l'aspect le plus simple et le plus grossier parurent à la barre de la Convention , comme les envoyés de la cité proscrite : on redouta moins dans leur bouche l'éloquence du malheur et de l'humanité ; on osa les entendre. Un d'eux prend la parole; et, dans son accent rude et vulgaire, le discours qu'il prononce, étonnant mélange de pathétique et de fierté , d'élévation et d'adresse, fait passer impunément sous les yeux de î'assemblée tout le spectacle de ses violences, la saisit d'un trouble involontaire, et l'épouvante elle-même des maux qu'elle a faits : on accueille la plainte; on ordonne l'exameu : un frémissement d'émotion s'est prolongé dans toute la séance. Les uns se rappellent en rougissant le. Paysan du Danube reprochant au sénat la barbarie de

sos préteurs ; d'autres eherchent déjà quel est le dangereux écrivain , le conspirateur secret qui a surpris leur pitié, en empruntant l'organe peu suspect de ces envoyés populaires : ce dangereux écrivain, Messieurs, ce conspirateur, c'était M. de Fontanes.

Retenu parmi les ruines de Lyon, il avait inspiré les pétitionnaires : il avait écrit pour eux ce discours, où son talent le trahissait : une nouvelle fuite et de nouveaux dangers furent le prix de cette généreuse imposture aisément découverte. La plainte des Lyonnais et l'émotion de l'assemblée passèrent bientôt; mais l'humanité avait parlé, le crime avait senti sa honte, et le devoir du bon citoyen était rempli. On aime, Messieurs, à s'arrêter sur ce trait d'une honorable vie, et à montrer, par l'exemple d'un homme dévoué à la monarchie, que l'amour de l'ordre n'est pas une faiblesse d'âme , et qu'il se change en intrépidité contre une tyrannie sanguinaire.

Puni de ce courage par un arrêt de proscription, M. de Fontanes fut obligé de cacher sa tète, jusqu'au moment où une première lueur de justice et d'humanité vint ranimer la France. Il reparut alors ; et comme on cherchait parmi les débris de la société à relever quelque apparence d'ordre public, comme la hache de la barbarie s'était arrêtée , et qu'enfin quelque chose d'honorable pouvait être impuni, M. de Fontanes retrouva dans sa patrie les égards et l'inviolabilité qui sont dus au talent. On le choisit, pour remplir une chaire de littérature, dans les écoles qui venaient de se former. Il fut admis dans l'Institut naissant; et l'éclat de son mérite lui aurait ouvert dès lors une route facile , sous le premier gouvernement qui succédait à l'anarchie de la Terreur. Mais ce gouvernement, tout empreint des vices de son origine, ce Directoire , qui pesait sur la France de tout le poids de sa faiblesse, insultait trop à l'héritage do Louis XIV et

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de Henri !V. M. de Tout. uns n'hésita point à le combattre.

La Franoe offrait alors un des spectacles les plus curieux dans l'histoire morale des peuples. La lassitude du crime avait amené des lois pins douces. Une sorte de trêve avait suspendu 1rs vengeance civiles : dans cet intervalle, l'ordre social essayait de renaître. Les maux s'onliliaient rapidement; on se hâtait d'espérer, et de se confier au soi tremblant de la France. Une joie frivole et tumultueuse s'était emparée des âmes, comme par l'étonnement d'avoir survécu; et on célébrait des fêtes sur les mines. Ainsi dans les campagnes ravagées par le Vésuve, quand le torrent de flamme a détruit les oui et les habitations des hommes, bientôt la sécurité succède au péril, on se réunit, on se rapproche, et on liàtit de nouvelles demeures avec les laves refroidies du volcan.

Mais cette renaissance de la société en France manifestait en même temps , Messieurs, une grande et salutaire vérité, le retour de tous les sentiments généreux par la seule force de la conscience publique, la liberté servant elle-même à flétrir les crimes commis en son nom , un pouvoir illégal vaincu par les principes qu'il avait proclamés , et la patrie entière conspirant pour toutes les idées qui rappelaient la monarchie légitime. Une coalition dans les assemblées nationales soutenait celte cause favorisée par le vœu public; de nombreux écrivains la secondaient de leur courage et de leurs talents: et la France semblait, à mesure qu'elle était rendue à elle-même, se rapprocher de ses rois et revendiquer à la fois leur pouvoir et sa liberté. M. de Fontanes se distingua parmi les écrivains qui luttaient pour un but si noble : avec eux il fit retentir ces mots de religion , de justice , et d'humanité, qui sont mortels h toute injuste puissance; avec eui il proclama le respect pour la vraie

liberté, les droits du malheur, la sainteté des tombeaux*, avec eux il encourut la proscription; et, quand les déserts de Sinnamari furent la réponse que le Directoire opposait aux députés de la France, quand les ministres de la religion et les organes des lois furent frappés ensemble, M. de Fontanes, proscrit et dépouillé, subit un exil, que partageaient d'illustres citoyens, à côté desquels il a siégé plus tard dans les Conseils et dans l'Académie.

Une nouvelle révolution dans nos mobiles destinées rouvrit aux victimes du Directoire le chemin de leur patrie : M. de Fontanes se hâta d'y rentrer. Deux ans d'intervalle avaient changé la France. Un pouvoir oppresseur et méprisé s'était évanoui devant l'éclat d'une fortune nouvelle. L'insupportable horreur des derniers temps, la fatigue d'une si longue instabilité, l'ascendant de la force et la dangereuse popularité de la victoire, tout, dans ce moment , livrait la France au bras puissant assez hardi pour la saisir. 11 semblait aux yeux éblouis de la foule qu'on allait commencer une époque de réparation et de repos, où la fidélité même ne perdait pas ses espérances. Les proscriptions av;iient cessé. Les exilés de toutes les époques revoyaient leur patrie; les bons citoyens étaient tranquilles; les temples étaient rouverts. Plusieurs actes d'une politique habile , quelque bien accompli, beaucoup d'illusions répandues , la dissimulation de Cromwell, et peut-être les promesses de Monk concouraient à séduire et à calmer la France.

C'est à cette époque mémorable que H. de Fontanes, sur lequel pesait encore une demi-proscription, fut tout à coup tiré de la retraite, pour prononcer dans une solennité publique l'éloge de Washington. Je ne chercherai pas, Messieurs, si, en célébrant la mémoire de ce vainqueur désintéressé, de ce général soumis aux lois, le consul ambitieux qui s'élevait alors en Fiance n'aviU pas

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