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voulu s'envelopper d'une gloire étrangère, et eouvrii ses desseins bous nu faux enthousiasme pour des vertus modestes qu'il se promettait de ne pas huiler. Quelle que fût cette pensée secrète, la mission de l'orateur «Huit belle; et M. de Fontanes j porta son éloquence cl la dignité de son caractère. Tandis que les plus odieux souvenirs étaient encore puissants et armés, il ne craignit pas de les flétrir, en rappelant avec une juste indignation ces pompes barbares et récentes, où l'on prodiguait le mépris à de grandes ruines, et la calomnie à des tombeaux. Il peignil avec force et simplicité la grande âme de Washington, héros qui fut un sage. Il parla dignement des nouveau et immortels trophées de la France; mais il ne méconnut aucune autre gloire , ni surtout aucune adversité. Dans ce discours l'éloge même de la puissance devenait un conseil de bien user de la fortune. C'était un nouveau langage, dont la justesse et la dignité semblaient inspirer, et marquer par les expressions mêmes ce retour salutaire à toutes les idées sociales, qui fit d'abord l'espoir et la sécurité de la France.
Une telle influence, Messieurs, ne sera pas contr. litc dans cette enceinte et parmi les hommes qui savent a mbien les arts de l'esprit tiennent de près à la paix publique et à la prospérité des empires. De grands troubles civils, en agitant toutes les âmes, en créant des prodiges de crime et d'énergie , en forçant toutes les idées , en passionnant toutes les paroles , menacent la littérature d'une barbarie presque inévitable, surtout lorsqu'ils succèdent à une époque de civilisation avancée et de raffinement littéraire. Des talents peuvent naître et briller encore sur ce terrain sillonné par l'orage : mais dans ces premiers moments, la langue se corrompt, le naturel semble vulgaire, la vérité trop faible. Émoussées par les émotions violentes , lésâmes perdent cette sen-
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sibilité vive et délicate , qui fait le bon goût dans les lettres; et le génie n'a plus de règles ni de juges. Dans ce désordre, qui n'est pas l'originalité, quelle reconnaissance ne méritent pas les écrivains, dont l'exemple rappelle les esprits vers cette élégance judicieuse et noble, inséparable de la civilisation d'un grand peuple!
M. de Fontanes dans l'éloge de Washington avait fait entendre une éloquence élevée sans effort , animée sans passions violentes , et toujours fidèle aux sentiments généreux, par la double inspiration du goût et de l'honneur : à la même époque, il porta ce beau caractère de style dans quelques autres écrits d'une nature moins grave, mais qui servirent surtout à développer cette influence de raison et de justesse, dont le besoin succédait au désordre des lettres et de la société. Quelques morceaux de littérature, pleins de l'admiration des grands modèles et qui semblaient écrits sous leur dictée , furent alors une instructive leçon pour l'art de la critique et le talent des écrivains. Le succès en fut grand et populaire. Tant le goût et la vérité avaient presque le mérite d'une innovation piquante! Ce succès fut bientôt partagé. Les lettres ont eu, depuis vingt ans, une époque nouvelle, dont la gloire est la vôtre, Messieurs. De grands ouvrages ont paru avec l'empreinte éclatante de l'imagination et de l'éloquence. Dans la philosophie morale , dans l'histoire, dans la tragédie, des palmes durables ont été moissonnées. La comédie, qui, grâce à l'un de vous, était restée classique, a mis à profit quelques vices de plus, et s'est élevée souvent jusqu'au naturel. La poésie descriptive a connu la brièveté; et Delille n'a pas épuisé les derniers trésors de l'élégance et de l'harmonie. La science des lois et les grands spectacles de la nature ont trouvé d'éloquents interprètes. La critique , en jugeant les autres, s'est instruite elle-même, et vous a donné d'ingénieux
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et habitai écrivains, lutin , Messieurs, un goût plus simple, une diction [dus vraie ont généralement animé la littérature.
Placé si haut dans le rang des orateurs et des poètes, II. de Fontanes concourut à cet heureux retour. La sévérité de son goût était d'ailleurs sans intolérance, comme ■ans jalousie. Enthousiaste du génie littéraire, il aima le talent et le succès des autres. On le vit dès lors s'empresser d'accueillir de grandes réputations naissantes, et mêler à d'ingénieux conseils des éloges donnés avec joie : on vit son amitié s'accroître par l'illustration de ses amis, autant que par leurs périls, et jouir avec délices de leur gloire , en les défendant eux-mêmes avec courage. Noble caractère, véritablement formé pour les lettres, et rempli de cette générosité qu'elles inspirent ! Je ne crains pas, Messieurs, de lui rendre cet hommage, au moment où je vais le montrer à vos yeux, renonçant aux loisirs de l'indépendance littéraire, et jeté dans les engagements du pouvoir et de la politique. Les lettres, qu'il honora, n'auront jamais à le désavouer.
La réputation de M. de Fontanes l'avait fait élire membre du Corps législatif; il fut nommé président de cette assemblée : et dès lors il se trouva placé dans une situation éminente et difficile, en présence du pouvoir qui régissait la France, et qui s'avançait d'un pas rapide à l'unité de l'empire et à la suprématie illimitée de la conquête.
Fst-il besoin de rappeler, ou serait-il possible de taire quel était ce pouvoir? Que ce soit, Messieurs, un juste hommage à l'époque présente et à la sécurité du trône de caractériser librement, devant un tel auditoire, l'homme extraordinaire tombé de si haut. Telle est la profondeur immense de sa chute , qu'il est déjà sorti du siècle pour entrer dans l'avenir, et qu'exposé du milieu de cette vie à l'impartialité de l'histoire, il encourt l'espèce d'affront
d'être juge sans faveur et sans haine par l'univers, que sa gloire désastreuse a si longtemps agité.
Orateur du Corps législatif, M. de Fontancs porta souvent la parole au milieu des triomphes du conquérant : son imagination avait été frappée de cette grandeur inattendue, dans l'ordre rapide où elle s'était successivement manifestée sous ses yeux. Des bords du Nil un homme avait reparu, déjà célèbre par de grands succès dans les combats, illustré même par les revers d'une expédition lointaine et merveilleuse, habile à tromper, comme à vaincre, et jetant sur son retour fugitif tout l'éclat d'une heureuse témérité. Sa jeunesse et son audace semblaient lui donner l'avenir. Ce luxe militaire de l'Orient qu'il ramenait avec lui comme un trophée, ces drapeaux déchirés et vainqueurs, ces soldats qui avaient subjugué l'Italie, et triomphé sur le Thabor et au pied des Pyramides, toute cette gloire de la France qu'il appelait sa gloire, répandait autour de son nom un prestige trop dangereux chez un peuple si confiant et si brave. 11 avait rencontré, il avait saisi le plus heureux prétexte pour le pouvoir absolu, de longs désordres à réparer. Son ardente activité embrassait tout, pour tout envahir. Cénie corrupteur, il avait cependant rétabli les autels; funeste génie, élevé par la guerre, et devant tomber par la guerre, il avait pénétré d'un coup d'œil l'importance du rôle de législateur. 11 s'en était rapidement emparé dans l'intervalle de deux victoires; et dès lors, au bruit des armes, il allait exhausser son despotisme sur les bases de la société qu'il avait raffermies. On n'apercevait encore que le retour de l'ordre et l'espérance de la paix. Les maux de l'ambition, l'onéreuse tyrannie d'une guerre éternelle, le mépris calculé du sang français , l'oppression de tous les droits publics se développèrent plus lentement, comme de fatales conséquences, qu'enfermait l'usurpa-