‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 27 sur 49 · D1SC0UKS ET MÉLANGES · texte numérisé non relu

D1SC0UKS ET MÉLANGES

lés académiques une réunion d'hommes distingués, dont la plupart, Messieurs, appartenaient à vos rangs. M. de Fontanes ne fit, ou ne désigna que des choix estimables; il en arracha quelques-uns : le dernier chef de l'école religieuse, qu'illustra Fénelon, fut appelé dans le conseil de l'Université; il y retrouva le peintre élégant et fidèle de Fénelon , et l'éloquent auteur de V Essai sur le Divorce. Des noms éminents dans les sciences naturelles et mathématiques, des hommes distingués par la connaissance des lois , des écrivains célèbres y représentaient toutes les parties de l'enseignement.

A la même époque commencèrent, sous l'inspiration de M. de Fontanes, ces cours publics si favorables à la jeunesse, et où les sciences, la philosophie, l'érudition classique se glorifient d'avoir de dignes interprètes et de studieux élèves. De nouvelles chaires furent fondées ; M. de Fontanes y nomma Delille, et le brillant historien du dixhuitième siècle. Attentif à recueillir les sages traditions des anciennes écoles, il remit aux mains de l'expérience et il surveilla lui-même cette école Normale, d'où sont sortis tant de jeunes talents et de maîtres habiles, espoir de l'enseignement public.

Enfin, Messieurs, des hommes qu'une honorable opposition éloignait de toutes les carrières , des talents persécutés ou méconnus trouvèrent dans l'Université ce qu'elle doit toujours offrir , la considération et l'indépendance. De vénérables ecclésiastiques furent protégés, défendus. L'Université devint un lieu d'asile : c'était le mouvement de cœur de M. de Fontanes. Les lettres, le malheur, étaient sacrés pour lui. Il aimait le mérite; l'espérance même du plus faible talent lui élait précieuse ; et si quelque jeune homme n'avait encore en sa faveur que l'amour de l'étude, vous pouvez m'en croire, Messieurs, il lui tendait la main , il lui donnait du cuurage et de l'appui.

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Mille exemples <uit attesté cette généreuse influence : el , je ne crains pas de le dire, pendant cinq .m s L'administralion de M. de Fontanes lut un bienfait public pour la rcligion, pour la morale, pour les Ici 1res el pour la jeunesse.

Renfermé dans ses grand* s et paisibles fondions, M. de Fontanes, suis participer aux événements politiques, vit s'accomplir la révolution qui brisait le joug appesanti de la France , et lui rendait enfin ses rois et sa liberté ; il partagea le vœu de la patrie. Combien cet esprit éclairé, cette imagination amie des traditions et des souvenirs, devail recevoir avec enthousiasme les fils de Louis XIV et de Henri IV, éprouvés par tant d'infortunes, et rapportant sur le trône toutes les vertus du malheur!

Vainement la Providence scmbla-t-elle se démentir et permettre au monde de douter de sa justice; vainement le génie de la guerre, tout à coup ranimé, traversa-t-il le sol attristé de la France, pour disparaître, en laissant après lui les longs désastres de son retour d'un moment : M. de Fontanes resta fidèle à la cause qu'il avait embrassée. 11 vit dans la royauté affermie malgré tant d'orages la sauvegarde de tout ce qu'il aimait, la paix, la morale, les arts. Il avait cessé, dès la première époque de la restauration, d'occuper à la tète de l'enseignement public cette grande place, à laquelle il manquera longtemps, et où il avait fait le bien que dans les mêmes circonstances aucun autre n'aurait pu faire : il n'avait plus l'occasion de parler à la jeunesse ce noble langage toujours si puissant sur elle. Mais dans la chambre des pairs et dans vos séances, il fit plus d'une fois entendre les sentiments qu'il avait dans le cœur, pour la monarchie et pour la France. On n'a point oublié le jour où, recevant parmi vous le défenseur de Louis XVI , il lui décerna ce juste et bloquent éloge, auquel la postérité pourra seule ajouter quelque chose.

La raison élevée de M. de Fontanes, non moins que sa loyauté, lui montrait dans l'inviolabilité du trône légitime une condition de l'ordre social en Europe : il pensait qu'après les violentes et profondes secousses qui avaient ébranlé tous les États, dans cette vieillesse des sociétés qui se confond avec leurs progrès , à ces époques où le monde inondé de systèmes et de soldats se débat entre deux puissances inégales, la spéculation et la force, il n'y avait de barrière contre les ravages de la force , et de sûreté pour la civilisation, que dans la reconnaissance d'un droit antérieur , qui servît à fixer , à consacrer les formes nouvelles de l'ordre politique , et fût la sanction de la liberté, comme la source du pouvoir.

Tel est, Messieurs, l'immortel bienfait de la Charte. Tel est l'ouvrage accompli par le roi , par ce monarque fondateur qui paraîtra dans l'avenir tout ensemble l'auguste héritier et le chef nouveau de sa dynastie, juge éclairé des temps et des hommes, dont la haute modération est une supériorité de lumières autant qu'une vertu de cœur, et qui, de cette sphère impartiale où il est placé, jette un regard vigilant sur la France agitée sans péril dans le cercle régulier de la loi. Persécuté par la fortune comme Henri IV, il a montré la majesté dans le malheur, la sagesse dans le pouvoir et l'amitié sur le trône. Protecteur des arts comme Louis XIV, il fait plus que les protéger, il les cultive, il les éclaire; et son règne leur ouvre une époque de paix et d'indépendance où la dignité morale des institutions doit élever le talent, où la tribune doit inspirer les lettres, où l'éloquence doit s'agrandir par la défense du trône et de la liberté publique. Quelle gloire pour un souverain, Messieurs, après des révolutions si funestes et si longues, de préparer ce second avenir d'un grand peuple, de fonder, d'unir à jamais par les libertés et les lois cette société que l'anarchie avait détruite,

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«!'"' '«' despotisme avait rebâtie, et non pas ranimée, ei <I(' la transmettre chaque jour plus puissante et plus heureuse à sa dynastie révéréel

Nul Français ne ressentit avec plus d'émotion que M. de Fontanea ce retour de la monarchie. Toutes ses opinions Politiques, ainsi que son talent, étaient empreintes de 1 influence des lettres et se liaient aux souvenirs de leur plus illustre époque. Il aimait la royauté comme L'antique protectrice, comme la noble amie des arts et du génie trançaw. Il aimait son pays comme une terre de gloire, Patne naturelle de tous les talents, fertile en guerriers <'" grands hommes, donnant à l'Europe sa langue, ses lois et ses mœurs, quelquefois heureuse avec imprudence, malheureuse avec dignité, et, dans toutes les fortunes, puissante par l'illustration de tant de souvenirs, parmi teaquels il retrouvait cette splendeur des lettres qui lui était si chère.

Une injuste censure avait quelquefois accusé M. de Fontanes de négliger sa première gloire, parce qu'on voyait '«'"'nient sortir de sa plume des productions toujours désnees; et cependant à toutes les époques de sa plus haute tortune,d heureux vers lui étaient échappés. Cette publicité quil semblait craindre, il l'avait bravée pour défendre le talent d'un illustre ami contre les rigueurs de '•' entique et 1 minutie du pouvoir; et on avait aussitôt |-< !<nnu les accents doux et purs de cette voix qu'on se plaignait de ne plus entendre. Nul talent n'eut en effet un caractère à la fois plus classique et plus personnel à auteur. M de Fontanes avait porté l'élégance jusqu'au point, ou elle devient une création littéraire. Un petit nombre d écrits marqués de cette empreinte heureuse et rare sufhsaient à sa renommée. Il intéressait par son style par ^cette poésie naturelle avec art, correcte avec nouveauté, qui reproduisait la ressemblance, et non pas l'i-

mitation des modèles. Dans son éloquence, dont les foi mes faciles et pures annonçaient une langue si polie, il avait mêlé quelque chose de poétique et d'élevé , qui rappelait les grands orateurs sacrés du dis-septième siècle. Ses vers, d'un tour noble, harmonieux, concis, se portaient naturellement sur les pensées religieuses; ils en recevaient l'inspiration. Majestueuse et rapide dans l'épitre où il a célébré l'éloquence des Livres saints, celte inspiration est attendrissante et naïve dans le poëme de la Chartreuse ; une tristesse pleine de douceur et de poésie anime cette espèce d'élégie : la mélodie des paroles s'y confond avec l'émotion de l'âme; et on croit entendre au loin quelques sons à peine affaiblis de la lyre de Racine.

M. de Fontanes travaillait avec soin ses beaux vers; un goût difficile l'a ramené sur plusieurs ouvrages de sa jeunesse, qu'il a refaits et embellis. Souvent il se plaisait à lutter contre les poètes de l'antiquité; et ses fragments de traduction sont des chefs-d'œuvre, dont il n'a pas toujours réclamé la gloire. Combien ne devait-on pas espérer que ses loisirs donneraient encore d'heureux fruits pour les lettres! il avait lu dans vos séances des odes, dont l'élévation et l'harmonie rappellent l'école de Rousseau. On savait qu'il avait souvent repris avec ardeur la composition d'un poëme sur la Grèce délivrée; sujet d'un favorable augure pour les amis de la gloire et des arts. Plusieurs chants étaient achevés avec cette perfection de détails, qu'il ne séparait pas de l'imagination poétique.

11 était plus que jamais préoccupé par la passion de l'étude et par la verve du talent. Cette impression répandait sur ses entretiens et dans tous les traits de son caractère un charme d'enthousiasme, de naturel et de bonté, qui lui était particulier. On voyait de toutes parts en lui l'homme supérieur et l'excellent homme. On voyait une âme, dont tous les sentiments étaient généreux et lapides

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