DISCOURS DE RÉCEPTION
comme les instincts mêmes du talent. Jamais on no réunil à plus de vivacité une tolérance plus aimable. Personne ne concevait mieux toutes 1rs opinions désintéressées et sincères. Personne n'appréciait davantage la fidélité à d'autres amitiés < | ne la sienne. Mais surtout quelle grâce et quel feu dans ses discoius, lorsqu'il parlait des grands modèles de notre admirable littérature! quel sentiment délicat ! quelles ingénieuses applications de leurs beautés! quelle mémoire éloquente!
Pardonnez, Messieurs, ce langage; il n'y a pas longtemps que la voix de M. de Fontanes était encore tout animée de cette chaleur et de cet enthousiasme. Même après la première atteinte d'un mal funeste, ses amis l'ont vu libre d'inquiétude, rendu tout entier à la vie, revenant à ses souvenirs de littérature et d'éloquence, et l'âme ardente, attentive, récitant quelques vers de nos grands poètes, dont son imagination était sans cesse entretenue. 11 allait publier un de ses premiers ouvrages qu'il avait revu avec tout l'effort et toute l'expérience du talent, et qui devait soutenir une honorable rivalité. Son imagination était tout occupée de ces heureuses et paisibles idées qu'inspirent les lettres. Hélas! l'ouvrage, qu'il venait d'achever, devait paraître trop tard pour lui-même; et cet heureux retour vers les poétiques inspirations de sa jeunesse avait été son dernier adieu à la vie! Une entière sécurité de quelques heures fut suivie d'un danger sans espérance ; et, au milieu des promesses divines de la religion, ses dernières pensées obscurcies des ombres de la mort n'eurent que peu de temps pour s'arrêter sur la douleur de sa respectable épouse, et de sa fille qu'il léguait en mourant à l'auguste intérêt du roi.
Perte cruelle pour l'amitié, pour les lettres, et surtout pour ceux à qui M. de Fontanes accordait cette estime invariable et cette active bonté que rien ne remplace dans
la vie ! Puissent du moins les regrets publics s'attacher longtemps aune si honorable mémoire, et récompenser ainsi ce beau caractère dont toutes les vertus étaient des mouvements de cœur, et ce beau talent qu'on doit admirer comme un modèle de goût et d'élévation, ou plutôt qu'il faut pleurer maintenant, puisqu'il était l'expression et la vive image de celui que nous avons perdu , de cette âme si bienveillante, si généreuse, si supérieure à l'envie, et si naturellement passionnée pour tout ce qu'il y a de grand et de bon sur la terre.
RÉPONSE Al' DISCOURS DE M. DACIER. 183