‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 36 sur 49 · RÉPONSE AU DISCOURS DE M. FOUR1ER · texte numérisé non relu

RÉPONSE AU DISCOURS DE M. FOUR1ER

mière société savante du monde, après avoir perdu et Lagrange et Laplace.

Plus contesté par L'injustice, le bienfait des lettres se montre surtout dans ces écrivains d'un esprit libre et sage qui se servent du talent, pour éclaircir et pour rendre populaires les vérités sociales.

Voilà, Monsieur, le caractère (pie vous avez remarqué dans les ouvrages de M. Lemontey. Ce peintre original, et Quelquefois satirique, écrivait surtout pour être utile aux hommes. C'est la pensée qui se cache à demi sous les loi nies spirituelles ou capricieuses, dont il amuse ses lecteurs.

Nourri d'études variées, avocat et publiciste, un des travaux de sa jeunesse avait été consacré à la défense des protestants opprimés encore par les lois. 11 resta fidèle à ce noble engagement; il soutint toujours les idées de réforme sociale et d'humanité, l'abolition de l'esclavage, la tolérance religieuse, la liberté civile, l'enseignement populaire, tous ces principes, enfin, que le génie, d'abord, hasarde dans les livres, et que le temps introduit lentemenl dans les lois.

Plus fait pour la méditation et l'étude (pie pour les es de la vie publique, M. Lemontey, cependant, ne se montra pas sans distinction dans cette assemblée législative qui, pressée entre toutes les théories et toutes les violences, disparait elle-même et s'efface devant la grandeur de ce qui la précède, et la terreur de ce qui la suit.

Vous avez rappelé, Monsieur, dans quelle déplorable épreuve il donna des marques d'une pitié devenue courageuse. Sa modération ne le fut pas moins. Éclairé par un esprit droit, il lutta pour les principes invariables de la justice, contre les excès de la force et les décrets de l'aoarchie; el quand la raison fut trop faible, il se relira, sans la trahir.

Lorsque des temps plus calmes invitèrent les esprits à la culture des lettres, M. Lemontcy tourna ses regards vers l'histoire, pour y étudier les causes du spectacle qu'il avait vu. Éloigné des affaires, il occupait seulement une de ces places de censeur des théâtres que l'on peut remplir avec prudence, et que l'on perd quelquefois avec noblesse. Mais son active sagacité et ses curieuses recherches découvraient dans l'histoire ce que la pratique même des affaires n'enseigne pas toujours.

Tel est surtout le mérite des piquants mémoires qu'il avait préparés sur le dix-huitième siècle. Après d'éloquents écrits, son ouvrage semblerait encore instructif et nouveau.

En partageant votre vœu, pour que les lettres et la France ne soient pas privées d'un si précieux travail, on doit regretter que M. Lemontey ne l'ait pas fait paraître lui-même. La vérité mérite bien que l'on s'engage un peu pour elle et qu'on la dise de son vivant. Il ne faut pas imiter ces Romains, dont parleTacite, qui n'avouaient leur pensée que par testament.

On ne connaît encore de l'important ouvrage de M. Lemontey que la préface, c'est-à-dire l'essai sur la monarchie de Louis XIV. Dans le siècle dernier, le vénérable abbé de Saint-Pierre avait été banni de l'Académie pour quelques jugements un peu libres sur le gouvernement du grand roi. De nos jours, tout le monde compta parmi les titres académiques de M. Lemontey un ouvrage, où ce règne immortel est décrit avec une sévérité quelquefois trop amère. Tels sont les privilèges que l'histoire acquiert en vieillissant. Cette rigoureuse analyse de la gloire, cette critique en détail d'une domination si brillante plaisent à l'esprit par un contraste qui n'est pas quelquefois sans affectation et sans injustice.

Du reste, comme vous le remarquez, Monsieur, l'ingé-

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