AU DISCOURS DE M. DAGIER
éprouva cependant touftes les contradictioas qu'en* traîne cette liberté salutaire. Sur un sol incertain et mouvant , il marcha sans défiance et sans intérêt personnel , n'hésitant jamais à s'engager luimême pour ce qu'il croyait la justice. Peut-rêtre sa loyauté , vive et sans détour, ne s'armait-elle pas assez contre les chances compliquées d'une forme de gouvernement difficile et nouvelle. Ces attaques variées , ces rapides évolutions des partis^ ces brusques changements dans les amitiés et dans les haines , qui sont les accidents naturels de la guerre politique, et les stratagèmes de la tribune, étonnaient sa vertu. D'ailleurs , messieurs , dans cette admirable constitution politique où les pas* sions mêmes tournent à l'intérêt commun, où l'ambition ennoblie par le combat et la publicité devient le droit légal du talent , pour conserver long- temps le pouvoir, il faut en être jaloux , il faut l'aima avec pajssion , et le défendre comme une conquête : mais l'ame désintéressée de M. de Richelieu pouvait-elle éprouver ce sentiment exclusif ? Un péril de l'état et du trône , l'occasion d*un di^cile dévouement , de royales douleurs à consoler, voilà les seuls motifs qui kiomphaient de sa modeste indifférence pour les honneurs , et le forçaient d'accepter le pouvoir. Mais le danger s'^oignait-il , les temps devenaient-ils plus calmes et meilleurs , cette ame généreuse se détachait de
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la puissance y à mesure qu'elle y Voyait un autre intérêt que celui d'un grand devoir et d'un sacrifice. Il lui semblait que sa tache finissait au monaent où elle aurait pu flatter l'orgueil et l'ambition.
Je n'essaierai pas de pénétrer plus avant dans le secret de ce noble cœur. Ce droit n'appartenait qu'à l'amitié éloquente qui s'est fait entendre à là Chambre des Pairs , avec une si grande autorité de douleur et de talent. Pour nous , il nous suffit de rappeler ce qui frappait tous les yeux, ce qui formait le caractère public de M. de Richelieu, cette probité imposante et simple, qui, dans les plus hautes affaires , devient une puissance , ce mépris de la richesse , si naturel en lui qu'il ne semblait pas même une vertu, ce zèle actif pour la France , ce dévouement si pur, si désintéressé pour l'auguste dynastie de nos rois, ce respect religieux pour le roi fondateur de la Charte, cet empressement à montrer que l'immortel auteur de nos libertés en était le sage et constant défenseur, et qu'il les protégeait comme le monument de sa gloire , et l'héritage immuable de son peuple.
Il nous suffit surtout, messieurs, de rappeler ce mouvement de consternation publique , ce deuil profond qui suivit la mort si soudaine de M. de Richelieu , et honora ses ftmérailles. Dans
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cette vie de notre siècle, où rintérêt et Fambition occupent tant de place , dans nos jours agités et distraits par tant d'événements , parmi tant d'émotions qui passent si vite , ce n'est pas un faible titre d'honneur, que ces témoignages public d'intérêt sur la perte d'un homme , et ces regrets unanimes autour d'un tombeau. Le pouvoir n'était plus là; il ay^it cesSé même avant la. mort;: les engagements de la politique n'avaient plus où se prendre : il n'y avait plus ni calculs ni espérances : il n'y avait que des souvenirs , de la justice et de la douleur. C'était l'honnête homme que l'on pleurait; c'était l'ami loyal de son prince et de son pays , le Français fidèle , l'homme juste ^ éclairé , généreux , à qui l'on reridait un tardif,^ mais universel hommage.