SUA L ORAISON FUNÈBRE. 2 I
siasme de l'un se prend au ciel, et se nourrit d'images et de poésie ; l'autre ne quitte pas la terre , et fait sortir toute son éloquence des intérêts et des passions humaines. L'un est inspiré par Homère, l'autre formé par Thucydide. L'un est un prophète, l'autre un citoyen. Bossuet, simple aussi ( un grand homm^ peut - il ne pas l'être ? ) prodigue cependant; les pompes du langage et de l'harmonie. Son imagination émue s'enchante elle-même de la sublime magnificence de ses paroles. Démosthènes , plus simple , ^ besoin , avant tout , d'avoir quelque chose à réfuter, quelqu'un à combattre, ou à convaincre. Son génie plus sérieux ne s'anime que par le raisonnement et la passion. Ce n'est donc pas chez lui que l'on pouvait attendre des modèles du genre d'éloquence que Bossuet a porté dans l'oraison funèbre , et qu'il doit tout ensemble à son culte et à son génie. Au reste, cet éloge des guerriers morts à Chéronée , soit qu'on le donne ou qu'on l'ôte à Démosthènes dont il porte le nom , renferme encore des traits remarquables. Il me paraît difficile que ce soit l'ouvrage d'un rhéteur. On y sent cette élévation des beaux temps de la Grèce. Je croirais même reconnaître Démosthènes dans le passage où l'orateur, en célébrant le courage des guerriers, fait ressortir l'utilité véritable de leur sacrifice , en dépit des reverS qui le suivirent : « Il
« faut, dit-il, quand le combat s^engage, que les « uns soient vaincus , les autres vainqueurs. Mais « je n'hésite pas à dire que , des deux côtés , ceux a qui meurent au champ de bataille ne sont pas « compris dans la défaite , et ont tous également a la victoire. Pour ceux qui survivent , Thonneur « du combat se décide comme le veulent ks « dieux ; mais ce qu'il importait de faire pour « l'obtenir, tout homme mort à son rang Fa fait ; a et , si les ennemis n'ont pas envahi notre terrice toire , la cause en fut dans la vertu de ces guer- « riers. Après les avoir éprouvés corps à corps , « l'ennemi ne voulut point entreprendre une lutte « nouvelle contre les concitoyens de ces mêmes a hommes , sentant bien qu'il allait trouver des « courages semblables , et qu'il n'était pas sûr de « rencontrer la même fortune! »
Les dernières paroles de ce discours ne sont pas d'un ton moins fier et moins élevé ; elles s'adressent aux parents des morts , suivant la forme un peu monotone de ces éloges funèbres. « Il est « douloureux pour un père, pour une mère, de se « voir enlever leurs enfants , et de perdre les noup- <c riciers de leur vieillesse. Mais il est beau de- voir « ces mêmes fils obtenant de la patrie d'immortels « hommages , un glorieux souvenir , et honorés « par des sacrifices et des fêtes, comme les dieux. « Il est cruel pour les fils de perdre l'aiîpui de
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« leur père ; mais il est beau pour eux d'hériter « de la gloire paternelle. Dans ce partage , ce qui « est affligeant vient de la Divinité, à laquelle « nous devons céder par la loi de notre nature: a mais ce qui est honoraliie et beau vient du choix « des hommes qui ont voulu noblement mourir.
<c En rappelant ces pensées , je n'ai point cherché « à parler beaucoup, mais à dire des choses vraies. « Pour vous, après avoir pleuré, et rempli le de- « voir de la justice et de la loi, retirez-vous. »
Pour ne point laisser incomplète cette revue de l'éloquence grecque dans un genre oùses formes furent trop peu variées , nous ne pouvons oublier un discours de l'orateur Hypéride, ce célèbre avocat de Phryné , qui montra , dans sa vie politique, le même courage que Démosthènes, et mourut comme lui. Quinze ans après la défaite de Chéronée , les Athéniens , animés par le zèle de leurs orateurs, ayant essayé de délivrer la Grèce, tombée du joug d'Alexandre dans les mains d'Antîpater, le général et beaucoup de citoyens d'Athènes furent tués dès le commencement de cette guerre. Hypéride prononça leur éloge dans la cérémonie accoutumée des funérailles publiques. On conçoit combien ce dernier effort de la Grèce pour revivre à la liberté , cette dernière libation du sang athénien pour la patrie commune, devaient inspirer le généreux orateur. Mais que
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« faut , dit-il , quand le combat s'engage , que les a uns soient vaincus , les autres vainqueurs. Mais » je n'hésite pas à dire que , des deus côtés , ceux « qui meurent au champ de bataille ne sont pas « compris dans la défaite , et ont tous également « la victoire. Pour ceux qui survivent , l'honneur « du combat se décide comme le veulent les « dieux ; mais ce qu'il importait de faire pour « l'obtenir, tout homme mort à son rang l'a fait; « et, si les ennemis n'ont pas envahi notre terri- « toire , la cause en fut dans la vertu de ces guer^ « riers. Après les avoir éprouvés corps à corps , « l'ennemi ne voulut point entreprendre une lutte « nouvelle contre les concitoyens de ces mêmes a hommes , sentant bien qu'il allait trouver des a courages semblables , et qu'il n'était pas sûr de H rencontrer la même fortune ! »
Les dernières paroles de ce discours ne sont pas d'un ton moins fier et moins élevé ; elles s'adressent aux parents des morts , suivant la forme un peu monotone de ces éloges funèbres. <( Il est a douloureux pour un père, pour une mère, de se « voir enlever leurs enfants , et de perdre les noiir- « riciers de leur vieillesse. Mais il est beau devoir fils obtenant de la patrie d'immortels , un glorieux souvenir, et honorés Tifices et des (êtes, comme les dieux.
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a leur père; mais il est beau pour eux d'hériter o de la gloire paternelle; Dans ce partage, ce qui « est affligeant vient de la Divinité, à laquelle « nous devons céder par la loi de notre nature: a mais ce qui est honoi-aWe et beau vient du choix « des hommes qui ont voulu noblement mourir.
« En rappelant ces pensées , je n'ai point cherché u à parler beaucoup, mais à dire des choses vraies. « Pour vous, après avoir pleuré, et rempli le de- « voir de la justice et de la loi, retirez-vous. »
Pour ne point laisser incomplète cette revue de l'éloquence grecque dans un genre où ses formes furent trop peu variées , nous ne pouvons oublier un discours de l'orateur Hypéride, ce célèbre avocat de Phryné, qui montra, dans sa vie politique, le même courage que Démosthènes, et mourut comme lui. Quinze ans après la défaite de Chéronée , les Athéniens, animés par le zèle de leurs orateurs, ayant essayé de délivrer la Grèce, tombée du joug d'Alexandre dans les mains d'Antipater, le général et beaucoup de citoyens d'Athènes furent tués dès le commencement de cette guerre. Hypéride prononça leur éloge dans la cérémonie accoutumée des funérailles publiques. On conçoit combien ce dernier effort de la Grèce pour revivre à la liberté, cette dernière libation du sang athénien pour la patrii devaient inspirer le généreux orateu
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a faut, dit- il, quand le combat s'engage, que les « uns soient vaincus , les autres vainqueurs. Mais « je n'hésite pas à dire que , des deux côtés , ceux « qui meurent au champ de bataille ne sont pas « compris dans la défaite , et ont tous également « la victoire. Pour ceux qui survivent , l'honneur « du combat se décide comme le veulent les « dieux ; mais ce qu'il importait de faire pour « l'obtenir, tout homme mort à son rang l'a fait ; « et , si les ennemis n'ont pas envahi notre terrice toire , la cause en fut dans la vertu de ces guer- « riers. Après les avoir éprouvés corps à corps , a l'ennemi ne voulut point entreprendre une lutte « nouvelle contre les concitoyens de ces mêmes <c hommes , sentant bien qu'il allait trouver des « courages semblables , et qu'il n'était pas sûr de « rencontrer la même fortune! »
Les dernières paroles de ce discours ne sont pas d'un ton moins fier et moins élevé ; elles s'adressent aux parents des morts , suivant la forme un peu monotone de ces éloges funèbres. « Il est « douloureux pour un père, pour une mère, de se « voir enlever leurs enfants, et de perdre les nour- « riciers de leur vieillesse. Mais il est beau de voir « ces mêmes fils obtenant de la patrie d'immortels « hommages , un glorieux souvenir , et honorés « par des sacrifices et des fêtes, comme les dieux. « Il est cruel pour les fils de perdre l'appui de
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« leur père ; mars il est beau pour eux d'hériter a de la gloire paternelle. Dans ce partage , ce qui « est affligeant vient de la Divinité, à laquelle « nous devons céder par la loi de notre nature: a mais ce qui est honoraUe et beau vient du choix « des hommes qui ont voulu noblement mourir.
« En rappelant ces pensées , je n'ai point cherché « à parler beaucoup, mais à dire des choses vraies. « Pour vous , après avoir pleuré , et rempli le dece voir de la justice et de la loi, retirez-vous. »
Pour ne point laisser incomplète cette revue de l'éloquence grecque dans un genre où ses formes furent trop peu variées , nous ne pouvons oublier un discours de l'orateur Hypéride, ce célèbre avocat de Phryné , qui montra , dans sa vie politique, le même courage que Démosthènes, et mourut comme lui. Quinze ans après la défaite de Chéronée , les Athéniens , animés par le zèle de leurs orateurs, ayant essayé de délivrer la Grèce, tombée du joug d'Alexandre dans les mains d'Antipater, le général et beaucoup de citoyens d'Athènes furent tués dès le commencement de cette guerre. Hypéride prononça leur éloge dans la cérémonie accoutumée des funérailles publiques. On conçoit combien ce dernier effort de la Grèce pour revivre à la liberté, cette dernière libation du sang athénien pour la patrie commune, devaient inspirer le généreux orateur. Mais que
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nous reste-t-il de ces sentiments et de cette éloquence? un fragment recueilli au hasard par un scholiaste du moyen âge. Il semble une répétition des idées que nous avons déjà traduites ; mais il est peu connu , et porte cette empreinte d'antique simplicité , que Ton ne saurait trop étudier. -
ce II est difficile , disait en terminant l'orateur , « de consoler ceux qui sont frappés de telles af- « flictions. La douleur ne s'apaise ni par la raison, « ni par la loi. Le naturel de chacun et son degré « d'attachement pour celui qui n'est plus , voilà « les bornes de la tristesse. Toutefois il faut pren- « dre courage , modérer son deuil autant qu'on « le peut , et penser non-seulement à la mort de « ceux que l'on a perdus, mais à la vertu dont « ils nous ont transmis l'exemple ; leur sort est « moins digne de regrets que leurs actions ne sont a dignes de louange». S'ils n'ont pas joui d'une (c vieillesse toujours soumise à la mort, ils ont oc acquis une gloire sans mélange et un inaltérable « bonheur. Parmi ces guerriers , les uns sont « morts sans postérité ; leur gloire répandue dans « la Grèce sera pour eux comme une immortelle « famille ; les autres ont laissé des enfants : la « bienveillance de la patrie servira de tutrice et c( de gardienne à ces orphelins. Du reste, si la « mort est un néant comme celui qui a précédé la « naissance, ils sont tous désormais affranchis dçs
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« maladies , de la douleur et des autres misères « qui assiègent la vie humaine. Si , au contraire , « et comme nous le croyons, après la mort le « sentiment subsiste, ainsi que la justice divine, « sans doute ceux qui ont travaillé pour, la gloire « des dieux , obtiendront de la divinité le plus * heureux partage. »
Cette coutume de célébrer par un hommage public les guerriers morts dans chaque bataille ne fut point connue des beaux siècles de Rome. Cicéron essaya d'en donnerl'exemple à une époque où les soldats, détachés de la patrie, n'étaient plus que des instruments passagers d'oppression , que se disputaient quelques chefs ambitieux. Dans la dernière de ses Philippiques il fait une espèce d'éloge funèbre des guerriers de la légion de Mars qui avaient péri dans un combat contre Antoine. On voit qu'il essayait d'encourager par l'admiration et la louange un patriotisme devenu trop rare, et qui bientôt allait disparaître sous le triumvirat. Mais un tel discours prononcé dans le sénat n'avait rien du caractère de ces fêtes funèbres qui devaient être si puissantes sur l'imagination des Grecs.
Rome, anciennement aristocratique, avait de tout temps réservé la solennité de l'éloge funèbre pour les grands, pour les hommes fameux et même pour les femmes d'une illustre naissance.
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Ces éloges se prononçaient sur la place publique, du haut de la tribune aux harangues. Cicéron parle avec peu d'estime de ces premiers monuments , dont rien ne s'est conservé jusqu'à nous. César, étant questeur , prononça devant le peuple romain les éloges funèbres de sa tante Julia , et de sa femme Cornélie, Dans le premier de ces discours , il avait rappelé l'illustration de sa famille par des expressions remarquables , que Suétone nous a transmises. « Julia ma tante , disait- « il , descend des rois par sa mère ; du côté pa- « ternel sa naissance remonte jusqu'aux dieux. « Les Marcius auxquels appartenait sa mère tirent a leur origine et leur surnom du roi Ancus, et a les Jules , dont notre famille fait partie , descente dent de Vénus. Il y a donc dans notre sang et « la sainteté des rois qui sont le premier pouvoir ce parmi les hommes, et la majesté religieuse des « dieux qui commandent aux rois. »
Un tel langage semble indiquer assez que ces éloges , surtout lorsqu'ils s'adressaient à de grands noms plutôt qu'à des vertus et à des services , étaient devenus dans Rome une sorte d'étiquette pompeuse assez voisine du caractère que l'oraison funèbre a prit quelquefois dans nos temps modernes. Mais ces éloges pouvaient avoir une bien autre importance , lorsqu'il s'agissait d'honorer Ja mémoire d'un citoyen dont les actions répon-
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daient à quelque sentiment populaire. César, gé«néreux dictateur, aussi sûr et aus^ fier peut-étrç de son éloquence que de son pouvoir, réfuta, par des écrits , les éloges funèbres que Cicéron et Brutus avaient consacrés à la gloire de Caton. Mais , sans doute , il n'aurait pas permis aux deux orateurs de prononcer ces éloges à la tribune^ devant le peuple romain. Suivant les occasions ^ en effet, cette éloquence du panégyrique, séparée de tout sentiment religieux et toute pleine de passions , pouvait devenir une arme puissante et terrible. En prononçant l'éloge funèbre de César, Antoine recommença l'esclavage de Rome.
Ces grands effets de l'éloquence cessèrent avec la liberté , dont ils avaient préparé la ruine. L'usage des éloges funèbres toujours conservé jC^s Rome ne fut plus qu'une vaine pompe . soumise aux précautions du pouvoir absolu. Le droit de prononcer de tels discours était, réservé à certains magistrats. L'empereur lui-même faisait ordinairement l'éloge public de son prédécesseur. Ainsi, Néron fut le panégyriste de Claude. Cependant les empereurs trouvèrent plus sur de se faire louer de leur vivant. On sait quelle profusion de panégyriques marqua la décadence de la littérature grecque et romaine , et comment la philosophie vint quelquefois ennoblir un genre d'éloquence avili par la bassesse et la servilité. Thomas,
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(c faut, dit-il, quand le combat s'engage, que les ce uns soient vaincus , les autres vainqueurs. Mais ce je n'hésite pas à dire que , des deux côtés , ceux « qui meurent au champ de bataille ne sont pas « compris dans la défaite , et ont tous également a la victoire. Pour ceux qui survivent , l'honneur « du combat se décide comme le veulent les « dieux ; mais ce qu'il importait de faire pour c( l'obtenir, tout homme mort à son rang l'a fait ; <c et , si les ennemis n'ont pas envahi notre terrice toîre , la cause en fut dans la vertu de ces guer- « riers. Après les avoir éprouvés corps à corps , c( l'ennemi ne voulut point entreprendre une lutte « nouvelle contre les concitoyens de ces mêmes a hommes , sentant bien qu'il allait trouver des ce courages semblables , et qu'il n'était pas sûr de « rencontrer la même fortune! »
Les dernières paroles de ce discours ne sont pas d'un ton moins fier et moins élevé ; elles s'adressent aux parents des morts , suivant la forme un peu monotone de ces éloges funèbres. « Il est « douloureux pour un père, pour une mère, de se c( voir enlever leurs enfants , et de perdre les noupt< riciers de leur vieillesse. Mais il est beau de voir a ces mêmes fils obtenant de la patrie d'immortels « hommages , un glorieux souvenir , et honorés « par des sacrifices et des fêtes, comme les dieux. « Il est cruel pour les fils de perdre l'appui de
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« leur père ; mais il est beau pour eux d'hériter « de la gloire paternelle. Dans ce partage , ce qui « est affligeant vient de la Divinité, à laquelle « nous devons céder par la loi de notre nature: a mais ce qui est honoralile et beau vient du choix « des hommes qui ont voulu noblement mourir.
« En rappelant ces pensées , je n'ai point cherché « à parler beaucoup, mais à dire des choses vraies. « Pour vous, après avoir pleuré, et rempli le de- « voir de la justice et de la loi , retirez-vous. »
Pour ne point laisser incomplète cette revue de l'éloquence grecque dans un genre où-ses formes furent trop peu variées , nous ne pouvons oublier un discours de l'orateur Hypéride, ce célèbre avocat de Phryné , qui montra , dans sa vie politique, le même courage que Démosthènes, et mourut comme lui. Quinze ans après la défaite de Chéronée , les Athéniens , animés par le zèle de leurs orateurs, ayant essayé de délivrer la Grèce, tombée du joug d'Alexandre dans les mains d'Antipater, le général et beaucoup de citoyens d'Athènes furent tués dès le commencement de cette guerre. Hypéride prononça leur éloge dans la cérémonie accoutumée des funérailles publiques. On conçoit combien ce dernier effort de la Grèce pour revivre à la liberté, cette dernière libation du sang athénien pour la patrie commune, devaient inspirer le généreux orateur. Mais que
« dèles serviteurs , tous ceux qui avaient recueilli « ses dernières paroles étaient présents à ses fu- « nérailles. Non loin, de vieux sold|[ts, compa- <c gnons de ses vibtoires , pleuraient , appuyés sur « les mênaes armes qui triomphèrent de l'Europe* « Au bruit de la cérémonie funèbre, le monde (K avait suspendu ses spectacles et ses jeux; les « hommes du siècle étaient accourus sous ces a voûtes religieuses ; le riche et le pauvre , le <K sujet et le prince, instruits ensemble à cette ce école de la mort qui égale toutes les conditions , oc offraient les mêmes vœux , s'humiliaient dans <c la même poussière; et, partageant les mêmes <x craintes et les mêmes espérances , pressaient de « leurs genoux les pavés de ce temple , couvert a d'antiques épitaphes et des promesses d'une vie « nouvelle. Les arts avaient orné de toute leur c( pompe le mausolée qui renfermait les augustes « dépouilles. Au-dessus , on croyait voir planer «c encore Famé du héros attentive aux hommages « de la France. De cette scène imposante , Bos- « suet , chargé de gloire et d'années , élevait ses « accents pathétiques , et tous les coeurs étaient a ébranlés. A peine avait-il fait entendre sa voix, « que ce temple, environné de crêpes, semblait a devenir plus sombre. Cette voix sublime redouc( blait la majesté du sanctuaire et des terreurs a du tombeau. Tantôt l'homme inspiré contem-
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<c plait,avec un sombre abattement, le cercueil a où tant de gloire était renfermée ; tantôt il se « tournait avec confiance vers l'autel de celui qui « promet l'immortalité. Toutes les tristesses de la « terre et toutes les joies, du ciel se peignaient a tour à tour sur son front, dans ses regards, dans « sa voix , dans ses gestes et dans tous ses mouce vements. £n arrachant des larmes au specta- « teur, il pleurait lui-même ; et sans cesse ému de ce sentiments contraires , s'enfonçant dans les proa fondeurs de la mort et dans celles de l'éternité, « mêlant les consolations à l'épouvante , il proa clamait à la fois le néant et la grandeur de <x l'homme , entre un tombeau prêt à l'engloutir, « et le sein d'un Dieu prêt à le recevoir. »
Tel est , en effet , le spectacle imposant que présente l'oraison funèbre chez les chrétiens. Telles sont les puissantes inspirations que l'orateur trouve dans la religion de ses auditeurs et dans la sienne. Toutes les fois que ces ressorts de pathétique ont été maniés par un homme supérieur, l'éloquence soutenue d'un semblable secours a dû produire de grands effets. On doit cependant avouer que tous les sujets ne prêtent pas une égale force au développement de ces idées rdiigieuses. La puissance de la mort et l'horreur du tombeau , si frappantes quand il s'agit de la mort et du tombeau d'un roi , semblent s'affaiblir I. i5