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ments à mesure qa'ils se présentent , et ne montrer son héros qu'autant que les faits le lui découvrent à lui-même. Mais en même temps , pour mettre dans ses discours l'ordre véritable , c'està-dire l'unité , il se fait une idée dominante d'où il part 5 et à laquelle il revient , renfermant toute son éloquence dans le cercle d'une grande vérité religieuse. Cette méthode exige à la fois beaucoup de force et de goût , pour remplir le cadre , et pour n'en point sortir. L'usage des divisions , au contraire , semble une ressource inventée par la faiblesse. On croirait que l'orateur, dans l'impuissance de saisir son héros tout entier, est obligé de l'examiner en détail. D'ailleurs, l'application de cette méthode n'est jamais parfaitement exacte; les différentes parties empiètent souvent l'une sur l'autre. Il faut que le panégyriste se surveille attentivement , pour ne point placer une vertu avant son rang. Les divisions paraissent-elles ingénieuses et bien observées, la justesse même de cette symétrie décèle l'artifice oratoire , et détruit cet air de franchise et de vérité qui sied si bien à réloge.
Mascaron et Fléchier, faisant chacun l'oraison funèbre de Turenne , ont tous deux divisé ce sujet si vaste et si riche. Le héros n'en paraît pas plus grand; et les orateurs en sont moins naturels. Il est aisé , d'ailleurs , de remarquer lé différent ca-
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ractère , et le mérite opposé des deux panégyristes.. L'ouvrage de Fléchier est le chef-d'œuvre d'un art qui s'élève jusqu'au génie. Celui de Mas- , caron semble l'ébauche brillante du génie , souvent égaré par un faux goût. Mascaron donne plus de prise à la censure ; il est moins soigné que Fléchier, et , comme lui , il tombe dans l'alfectation. Il a tous les défauts de son rival, et d'autres plus choquants, parce qu'ils sont bizarres. Mais quelquefois il s'élève , il s'anime ; alors il est grand , et montre une ame éloquente ; sa diction même s'épure , e^ paraît avoir quelque chose de naturel , d'énergique et de précis , qui n'exclut pas l'élégance , et vaut mieux que l'harmonie. Fléchier doit beaucoup à l'heureux choix de son texte ; Mascaron est gêné par le sien. Cet usage de donner un texte à l'oraison funèbre n'existe pas chez les pères de l'église ; c'est une invention des siècles barbares, qui souvent a fourni au talent d'heureuses inspirations.
L'oraison funèbre , pour vaincre la monotonie inséparable de la louange , a besoin d'être animée par un sentiment profond. Ainsi , toutes les combinaisons qui supposent plus de raisonnement que de chaleur doivent être rejetées. Si l'usage a consacré l'emploi d'un texte religieux, il faut subordonner cette nécessité même à l'effet oratoire , en y cherchant l'expression d'un sentiment, et
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non pas la matière d'une division. Le texte de Fléchier, le texte non moins célèbre de la Rue , sont des cris de douleur qui retentissent dans l'arae des auditeurs. Le texte de Bossuet, dans l'oraison funèbre de Henriette, est un appel imposant fait du haut de la chaire chrétienne à tous les princes de la terre qui doivent s'instruire à l'école de la reine d'Angleterre malheureuse et résignée ; mais le texte de Mascaron n'est qu'une froide citation à laquelle , par un effort pénible et maladroit , Torateur rattache toute l'ordonnance de son discouni. Si Fléchier reste au-dessus de Mascaron, cette prééminence, balancée par quelques désavantages particuliers , n'égale pas , sans doute , la prodigieuse supériorité de Bossuet sur Bourdaloue , dans une lutte semblable. Ici les différences sont trop fortes pour laisser place à la comparaison. Bossuet marche comme les dieux d'Homère, qui en trois pas sont au bout du monde. Bourdaloue se traîne avec effort dans une carrière étroite , qu'il peut à peine fournir. Si l'on cherche , par l'examen attentif des deux ouvrages , à se rendre compte de cette prodigieuse inégalité , on la trouve encore plus étonnante , et le génie de Bossuet paraît plus inconcevable. Car il ne faut pas s'y tromper; le discours de Bour^ daloue renferme des beautés nombreuses et d'un ordre supérieur; la pensée est forte et grave; le
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style , sans l'orner beaucoup , la soutient par une expression énergique et simple. Il y a peu d'images , mais cette brièveté pleine de vigueur qui est le premier mérite de l'écrivain, après le talent de peindre. Il faut dire avec Fénélon : c'est Touvrage d'un grand homme qui n'est pas orateur. Il faut apprécier la hauteur divine de l'éloquence , puisque tant de qualités précieuses ne la donnent , ni ne la remplacent. Ah ! l'éloquence est quelque chose de plus que la science de penser et d'écrire. Le génie même n'a pas toujours droit sur elle ; c'est un don à part , un privilège unique. Si quelquefois elle se montre et se déclare là où vous l'attendiez le moins , souvent aussi elle manque dans l'ouvragie où elle serait le plus nécessaire , dans l'homme que ses talents et ses études en rendaient le plus digne. Je ne m'étonne pas que le célèbre Antoine ait cherché toute sa vie un homme éloquent, et n'ait rencontré que des hommes diserts. Cicéron n'était pas né ; et Rome , ainsi que la Grèce , malgré la perfection des lettres et l'abondance des grands talents , n'a produit qu'un seul orateur. Il semble que la France, qui succède à la Grèce et à Rome, ait été plus heureuse.
Massillon avait le génie de l'éloquence , l'imagination , le mouvement et le pathétique ; mais la prédication est le seul genre où il déploie ces
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hautes facultés de l'orateur. Dans l'éloge funèbre, il ne se retrouve pas tout entier, et reste au-dessous de son art et de lui-même. Cette douceur persuasive , cette touchante insinuation , qui le rendaient si puissant sur Famé des pécheurs, n'ont pas assez de force pour le récit des grands événements. L'orateur qui retraçait avec tant de vérité .les vains calculs et les troubles cruels des consciences égarées, dessine faiblement les caractères. Il connaît bien ce fonds de faiblesse et de corruption qui se cache dans le cœur de tous les hommes ; mais il ne saisit pas avec force , il n'exprime pas avec énergie les vertus humaines qui séparent le héros de la foule des autres hommes. On sait que l'oraison funèbre de Louis XIV commence par un trait sublime ; le discours n'est pas indigne d'un tel début. Mais on y trouve en général plus d'élocution que d'éloquence. L'orateur tâche de transporter dans son style la majesté extérieure et la décoration éclatante qui entouraient le trône de Louis XIV. Cette pompe de style , n'empêchant pas la rigueur des censures , parsdt dictée par une sorte de bienséance, plutôt qu'inspirée par l'enthousiasme. Il semble que le panégyriste ait cru devoir à la dignité du Roi de ne le blâmer que dans un langage magnifique.
Dès-lors tout cet appareil oratoire étonne, impose, éblouit, mais ne parle pas à l'ame. On a
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félicité Massillon du courage qu'il a montré en adressant de dures vérités à la cendre d'un grand monarque. Peut-éti'e, s'il eût été moins sévère, s'il eût oublié quelques fautes et quelques malheurs, s'il eût paru sentir plus vivement la gloire, sans abdiquer le droit de la juger, il se serait montré plus éloquent, et n'eût pas été moins utile. Car si l'éloge des hommes illustres a pour objet d'exciter l'émulation en honorant la vertu , il ne faut pas craindre d'agrandir ce qui est déjà grand, et de faire briller le modèle, pour imposer plus de devoirs aux imitateurs.
Il semble que Massillon, quel que soit son génie comme orateur et comme écrivain , a moins bien connu que Fléchier le véritable caractère de l'oraison funèbre , et qu'il reste dans ce genre audessous du panégyriste de Turenne çt de Lamoignon. Fléchier n'est pas assez goûté de nos jours ; on s'est trop accoutumé à ne voir en lui qu'un adroit artisan de paroles. Par une injustice assez commune, la qualité dominante de son talent a passé pour la seule; et, par une fausse doctrine, cette qualité, précieuse en elle-même, n'a paru mériter qu'une médiocre estime. On a pensé que, si l'art de choisir les mots, l'emploi de tours heureux, des constructions savantes, enfin tous les secrets de l'élégance et de l'harmonie, formaient un titre de gloire aux commencements de
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notre littérature et de notre langue , ce mérite , d'abord personnel à l'écrivain, djevait s'affaiblir et se perdre à mesure que la langue elle-même se perfectionnait, cultivée par des mains habiles et soigneuses. Mais on aurait dû se soutenir combien la décadence est près de la perfection. Ces écrivains, long-temps admirés comme créateurs de notre langue, en sont aujourd'hui les conservateurs : leur usage a changé d'objet ; mais il n'a rien perdu de son prix. Ils servirent autrefois à dégrossir, à former un idiome inculte et barbare ; seuls aujourd'hui ils peuvent maintenir et défendre ce même idiome, si souvent attaqué par l'affectation et la bizarrerie. Ce qui déprave la langue , dit Voltaire , déprave bientôt le goût. Ainsi , dans la littérature, les idées tiennent au style; et l'art de penser n'existe qu'avec l'art d'écrire : c'est indiquer assez le mérite de Fléchier, et l'utilité que présente l'étude attentive de ses ouvrages, où des pensées ingénieuses et nobles se produisent toujours sous les véritables formes de la langue française , qui sont la grâce et la dignité.
Les défauts que nous avons remarqués dans l'oraison funèbre de Louis XIV, en même temps qu'ils annoncent la décadence du genre, marqueiit déjà le passage d'une époque à l'autre. Le dixhuitième siècle, d'un esprit plus libre et plus hardi, faisant succéder la manie du blâme à celle de ré-
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loge , goûta peu l'exagération du panégyrique. L'influence de quelques écrivains plus ingénieux qu'éloquents, affaiblit l'admiration pour les grandes beautés de l'art oratoire ; la raison froide , et surtout la finesse, prévalurent. Ce n'est pas le temps de la haute éloquence : l'oraison funèbre fut cultivée sans talent et sans gloire. Dans la suite il s'éleva, pour la remplacer, une autre éloquence plus appropriée au goût du siècle, et qui semblait promettre de nouvelles beautés , l'éloquence des éloges académiques. Je ne veux pas répéter ici toutes les censures que l'on a faites du style de Thomas, mais examiner le système de cet orateur. Fortement attaché à la manière philosophique, il a voulu conserver tous les avantages et tous les effets de l'éloquence purement oratoire; en même temps qu'il affectait le ton sentencieux et sévère, il a prodigué les mouvements et les hyperboles plus qu'aucun rhéteur; il semble qu'il avait besoin de figures outrées pour ranimer la sécheresse didactique. On doit le plaindre de cette erreur de goût; né avec du génie pour l'éloquence, peutêtre un faux principe a-t-il souvent nui à la perfection de' ses ouvrages. La philosophie, que Cicéron représente comme si nécessaire à l'orateur, n'est certainement pas celle qui rend trop souvent le style de Thomas lourd et monotone; ou du moins l'usage différent qu'en ont fait les deux
orateurs , produit des effets très-opposés : elle soutient l'un; et l'autre en est surchargé.
Le premier ouvrage de Thomas montre bien les efforts qu'il faisait pour atteindre à la haute éloquence , et pour y rappeler son siècle. L'éloge de Maurice , comte de Saxe , se rapproche de l'oraison funèbre par la pompe du style et la vivacité des mouvements. La mort récente du héros attendrissait l'orateur, et donnait à ses paroles ce ton de douleur et de regret, qui n'est plus permis dans réloge d'un grand homme mort depuis un siècle. L'orateur parlait à la France , encore remplie de la gloire de Maurice; sa voix s'élevait au milieu du deuil de la patrie; il renouvelait une de ces douleurs qui, commençant à peine à se calmer, redeviennent aisément plus sensibles et plus vives. Aussi nous apprenons que cet ouvrage produisit d'abord le grand effet attribué à l'éloquence; il fut populaire. Tout le monde l'entendit; il intéressa tous les cœurs. Les mêmes observations pourraient, j usqu'à un certain point , s'appliquer à l'éloge du Dauphin. Mais les éloges de D' Aguesseau , de Sully, de Descartes , retombèrent dans tous les défauts d'un genre incertain , qui dédaigne de s'abaisser jusqu'à la simplicité historique, et n'a pas droit d'emprunter les formes de l'éloquence passionnée. L'exagération s'y trouve, sans être excusée par l'enthousiasme; les longs détails de sciences,
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de politicjue et d'économie, y répandent une sorte de froideur. Ce défaut est un inconvénient du genre , autant qu'un tort de l'écrivain. Le plus célèbre et le dernier ouvrage de Thomas en est une preuve nouvelle. A mesure qu'il se rapproche de l'oraison funèbre , son éloquence devient plus naturelle et moins pénible ; et , malgré le défaut d'une supposition souvent forcée , l'éloge de Marc-Aurèle est demeuré le plus beau titre de son auteur. L'intérêt , si rare et si faible dans les éloges académiques , est ici touchant et soutenu , et ne se refroidit qu'à l'endroit où l'orateur suspend la vivacité du récit , en y mêlant un abrégé des Pensées de Marc-Aurèle. Pour les grands hommes qui ne furent pas nos contemporains , nous n'avons qu'une espèce d'éloge, l'histoire. L'éloquence , qui vit de passions excitées par des objets présents , ne peut être assez variée pour soutenir l'orateur ; et l'emphase et la monotonie deviennent d'inévitables écueils.
Les grands écrivains sont, il me semble, ceux de tous les grands hommes que l'éloquence académique peut célébrer avec le moins d'inconvénients et le plus de succès. Leurs écrits restent toujours devant nos yeux , pour entretenir notre enthousiasme, et justifier nos éloges. Qu'importe que l'écrivain n'existe plus depuis un siècle? son génie le rend encore présent à tous les hommes
dignes de lire ses ouvrages ; son génie est également contemporain de tous les siècles assez éclairés pour l'entendre. Si même , comme on Ta souvent remarqué , le talent des écrivains supérieurs n'est bien senti , bien jugé que long-temps après eux, par une génération nouvelle; si, plus ils s'éloignent de nous, mieux ils sont dans leur point de vue , la distance des temps favorise le panégyriste ,* et même devient nécessaire pour la force et la vérité de l'éloge ; mais ce genre peut-il donner de grandes beautés oratoires? n'est- il pas trop voisin de la critique pour s'élever à l'éloquence? Une heureuse chaleur peut sans doute passer des ouvrages d'un grand écrivain dans le style de son admirateur ; il est même difficile de parler froidement de ces beautés sublimes qui nous ravissent d'enthousiasme. Si Timpression est exacte, elle est vive. Pour analyser l'éloquence d'un grand écrivain , il faut écrire éloquenmient soi-même. Mais ces beautés qui naissent ainsi à l'occasion de beautés plus hautes , ces traits heureux inspirés par le besoin de faire sentir des traits plus heureux encore , ne peuvent jamais avoir qu'un mérite inférieur et secondaire. C'est toujours un livre sur un livre; c'est le rhéteur ingénieux examinant l'écrivain sublime. Les plus remarquables productions de ce genre sont renfei'mées dans un ordre de perfection bornée , et
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ne peuvent jamais atteindre à la haute éloquence, ni se placer au rang des monuments oratoires- de notre littérature.
Ainsi , l'éloge académique est loin d'avoir remplacé l'oraison funèbre ; tour à tour exposé à d'énormes défauts, ou réduit à de froides et médiocres beautés, il ne présente sous les deui^ rapports qu'une dégradation de la véritable éloquence , de cette éloquence à la fois haute et simple , sans fard et sans enflure , brillante de son éclat naturel. Le sublime des pensées et d'images, où triomphaient les orateurs antiques , se trouve également hors de la portée du rhéteur ampoulé, et du dissertateur ingénieu^. C'est le reproche que nous devons faire au dix-huitième siècle, d'avoir laissé dégénérer l'éloquence, en même temps qu'il vit naître une foule d'ouvrages où elle brille du plus grand éclat. Voltaire parut la négliger, et surtout ne pas en avoir besoin ; Montesquieu la jugea quelquefois avec un injuste dédain , affectant de ne pas la distinguer du faste des grands mots ; et dans ses écrits il ne put en faire qu'un emploi nécessairement borné par la précision sévère qui convient au langage de la politique et des lois. Enfin , Buffols et Rousseau , qui la couvrirent de tant de gloire , en la transportant sur un domaine nouveau , durent , en quelque sorte, décréditer son ancien usage. Ainsi, ce I. 18
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même siècle, qui produisit tant de pages éloquentes , où l'expression des sentiments et la peinture des objets sont portées aussi loin que l'art de la parole peut s'élever ; le siècle qui vit naître Buffon et Rousseau , ne peut s'honorer d'aucun chef-d'œuvre oratoire ; il a des auteurs éloquents , et pas un orateur: au reste, c'était sans doute une inévitable destinée.
A Rome , quand Tacite écrivait, il n'y avait déjà plus d'orateurs. Pline avait beau se déclarer l'imitateur de Cicéron , et même se persuader qu'il ressemblait à Démosthènes ; ce n'était qu'un écrivain piquant, délicat et spirituel. Avant Pline, Sénèque, ennemi d^ l'éloquence de Cicéron, n'avait été qu'un philosophe rhéteur qui, répétant toujours son idée , lui trouve enfin, une expression ingénieuse et brillante. Nous voyons dans le dialogue des orateurs, qu'un siècle après Auguste, on s'était déjà fait une nouvelle manière, que Cicéron était rejeté comme trop simple et trop négligé ; et que les pointes et les antithèses régnaient au barreau. Qùintilien déplore la corruption de l'art dont il enseignait les règles trop oubliées , et demande vainement qu'il se forme des orateurs. Enfin , le déclamateur Pétrone plaint le sort de l'éloquence , perdue par la recherche et l'exagération. Cependant , alors même les lettres avaient encore de grands hommes. L'histoire et
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la critique étaient cultivées avec le plus grand éclat : c'est dans le caractère de l'éloquence qu'il faut chercher U cause de ce dédin prématuré»
L'éloquence est surtout ennanie de l'affectation et de la subtilité ; et l'on sait que ces défauts ne peuvent être entièrement évités par les écrivains qui vienn^at après de grands et de nombreux modèles. Dans le second siècle d'une littérature » on peut encore écrire avec force , avec art , avec génie; mais il est une certaine fleur de naturel que l'on chwcherait en vain : elle ressemble à <%tte candeur du premier âge , à cette vivacité naîvedespremiers sentiments, qui, dansl'homme, n'a qu'un moment très*court , et ne se retrouve plus : les idées deviennent plus composées; mais elles sont moins vraies. Cette espèce de révolu* lion dans l'art d'écrire n'est pas également défa* vorable à tous les genres : c'est l'époque dea ouvrages pensés avec profondeur, et avec une sorte de hardiesse. Gomme presque toutes les idées premières ont été enlevées, les auteurs font plus d'efforts pour innover encore; ils ont souvent besoin du paradoxe. Le grand nombre de pensées déjà connues , qui nécessairement rentrent dans leurs ouvrages, les oblige aussi à chercha la nouveauté des tours ; quel que soit leur génie , ils travaillent souvent sur des mots , ils prennent une inanière, ils s'occupent de l'effet d'un trait
isolé; ils ont beaucoup de sentences et d'épigrammes. I^a majesté de Téloquence ne peut s'accommodèr de toutes ces recherches ; elle ne peut souffrir la concision affectée. Les orateurs disparaissent , et font place aux penseurs hardis et aux écrivains ingénieux.
Ce qui nous reste à dire de l'oraison funèbre * confirmera ces réflexions. L'éloquence , une fois sur son déclin , n'a plus eu de retour. Quelques hommes de talent ont essayé de la relever à la fin du dix-huitièmé siècle ; mais ils n'ont pu lui rendre ces deux qualités distinctives , le naturel et la grandeur. L'abbé de Boismont manqua surtout de la première, et souvent abusa de l'autre. L'évêque de Senez , avec moins de force et d'éclat , moins de verve oratoire , eut un mérite continu d'élégance et de pureté , qui permet de proposer ses ouvrages à la jeunesse. C'est un orateur faible, mais un bon écrivain. Il n'impose point à l'esprit par la grandeur des pensées religieuses : son imagination est trop faible pour soutenir le sublime de l'Écriture, et le faire heureusement
* Cet essai , fott ëtenda pour ce qui concerne les modèles antiques , derait être court sitr les modernes. Thomas > La Harpe , Maury, semblaient ayoir tout dit. Et récemment un de nos plus éle'gants ccrivains et de nos meilleurs critiques, M. Dussault, a, tout ensemble , renouvelé et dpuisé le sujet dans son beau trarail sur les oraisons funèbres de Bossuet et de Fléchier.
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passer dans son style ; mais il dédaigne les petites recherches d'une élocution fardée ; il est pur, simple et vrai ; il ne lui manque de l'éloquence que les parties les plus hautes ; il peut instruire , et il n'égarera point : à ce titre ses ouvrages méritent d'être luis. En effet , après avoir admiré la hauteur de la pensée humaine dans les plus magnifiques modèles du plus beau de tous les talents , et du plus difficile de tous les arts , puisqu'il faut descendre, en quittant Bossuet, ne nous arrétons du moins que sur ces ouvrages où la sagesse remplace l'inspiration ; et si nous ne pouvons plus espérer le sublime , cherchons toujours la raison et le goût.
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