‹ Discours et mélanges littéraires (volume 2)Chapitre 4 sur 31 · LOG · texte numérisé non relu

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U^ gouverner* C'était l'obj^ où «e portait natu-» relleoptent aon esprit, H s'en occupa toujours dans le calme de la solitude et dans les loisirs de la vie privée. Les fureurs de la guerre civile trouble** rent quelquefois son rq>os; et sa modération^ comme il arrive toujours , ne put lui servir de sauvé-garde. Cependant ces orages mêmes ne dé-* truisirent pas son bonheur.

C'est ainsi qu'il ooula ses jours dans le sein des <^ocopations qu'il aimait, libre et tranquille, élevé par sa raiscm au^-dessus de tous les chagrins qui ne venaient point du cœur, attendant la mort sans la craindre , et voulant qu'elle le trouvât oc-* €upé à bée fier son jardin, et nonchalant d'elle.

Les Essais y ce monument impérissable de la plus saine raison et du plus heureux génie , ne in-* rent pour Montaigne qu'un amusement Êicile, un jeu de son esprit et de sa plinne. Heureux l'écrivain qui , rassemblant ses idées comme au hasard , et s'entretenant avec lui-même , sans songer à la postérité , se fait cependant écouter d'elle! On lira toujours avec plaisir ce qu'il a produit sans effort. Toutes les inspirations de sa pensée, fixées à jamais par le style, passeront aux siècles à venir. Quel fut son secret ? il s'est mis tout oitier dans ses ouvrages. Il jouira donc mieux que personne de cette immortalité que donnent les lettres , puî»» qu'en lui seul l'homme ne sera jamais séparé de

DS MOITTAIGNE. Sq

rédivam , ^ que son caractère ne sera pas moins immortel que son talent.

Montaigne 9 te croyais* tu destiné à tant de gloire ? et n'en serais-tu pas étonné ? Tu ne par* lais que de toi , tu ne voulais peindre que toi ; cependant tu Sus notre historien. Tu retraças , non les formes incertaines et passagères de la société^ mais l'homme tel qu'il est toujours et partout. Tes peintures ne soi^t pas vieillies après trois siècles; et ces copies , si fidèles et si vives , toujours eu présence de l'original qui n'a pas changé , conservant toute leur vérité ^ n'ont rien perdu de leur éclat , et paraissent même embellies par l'épreuve du temps. Ta naïve indulgence y ta franchise et ta bonhomie ont cessé depuis long-temps d'être en usage : elles ne cesseront jamais de plaire; et tout le raffinement d'un siècle civftisé ne servira qu'à les rendre plus curieuses et plus piquantes. Tes remarques sur le cœur humain pénètrent trop avant pour devenir jamais inutiles. Malgré tant de nouvelles recherches et de nouveaux écrits, elles seront toujours aussi neuves que profondes. Pardonne-moi d'avoir essayé l'analyse de ton génie, sans autre titre que d'aimer tes ouvrages. Ah! la jeunesse n'est pas faite pour apprécier dign^ent les leçons de l'expérience , et n'a pas le droit de parler du coeur humain qu'elle ne connaît pas. J'ai senti cet obstacle : plus d'une fois j'ai

4o MlOGS DS MONTAIGNE.

voulu biiser ma plume , me défiant de mes idées , et craignant de ne pas assez entendre les choses que je prétendais louer. La supériorité de ta raison m'effrayait, ô Montaigne! Je désespérais de pouvoir atteindre si haut. Ta simplicité, ton aimahle naturel, m'ont rendu la confiance et le courage : j'ai pensé que toi-même , si tu pouvais supporter un panégyrique , tu ne te plaindrais pas d'y trouver plus de bonne foi que d'éloquence , plus de candeur que de talents

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