DISCOURS DE RÉCEPTION
quents interprètes. La critique, en jugeant les autres, s'est instruite elle-même , et vous a donné d'ingénieux et habiles écrivains. Enfin , Messieurs, un goût plus simple, une diction plus vraie ont généralement animé la littérature.
Placé si haut dans le rang des orateurs et des poètes , M. de Fontanes concourut à cet heureux retour. La sévérité de son goût était d'ailleurs sans intolérance, comme sans jalousie. Enthousiaste du génie littéraire , il aima le talent et le succès des autres. On le vit dès lors s'empresser d'accueillir de grandes réputations naissantes, et mêler à d'ingénieux conseils des éloges donnés avec joie : on vît son amitié s'accroître par l'illustration de ses amis autant que par leurs périls, et jouir avec délices de leiu* gloire, en les défendant eux-mêmes avec courage. Noble caractère, véritablement formé pour les lettres, et rempli de cette générosité qu'elles inspirent! Je ne crains pas. Messieurs, de lui rendre cet hommage, au moment où je vais le montrer à vos yeux , renonçant aux loisirs de l'indépendance littéraire, et jeté dans les engagements du pouvoir et de la politique. Les lettres , qu'il honora , n'auront jamais à le désavouer.
La réputation de M. de Fontanes l'avait fait élire membre du Corps législatif; il fut nommé président de cette assemblée : et dès lors il se trouva placé dans une situation éminente et difficile, en présence du pouvoir qui régissait la France, et qui s'avançait d'un pas rapide à l'unité de l'empire et à la suprématie illimitée de la conquête.
Est-il besoin de rappeler, ou serait-il possible de taire quel était ce pouvoir? Que ce soit. Messieurs, un juste hommage à l'époque présente et à la sécurité du trône de caractériser librement , devant un tel auditoire , lliomme extraordinaire tombé de si haut. Telle est la profondeur immense de sa chute, qu'il est déjà sorti du
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siècle pour eotrer dans l'avenir, et qu'exposé du milieu de cette vie à l'impartialité de l'histoire, il encourt l'espèce d'affirout d'être jugé sans faveur et sans haine par l'univers que sa gloire désastreuse a si longtemps agité.
Orateur du Corps législatif, M. de Fontanes porta souvent la parole au milieu des triomphes du conquérant : son imagination avait été frappée de cette grandeur inat^ tepdue , dans l'ordre rapide où elle s'était successivenient manifestée sous ses yeux. Des bords du Nil un homme avait reparu , déjà célèbre par de grands succès dans les combats, illustré même par les revers d'une expédition lointaine et merveilleuse , habile à tromper comme à vaincre, et jetant sur son retour fugitif tout l'éclat d'une heureuse témérité. Sa jeunesse et son audace semblaient lui donner l'avenir. Ce luxa militaire <)e l'Orient qu'il ramenait avec lui comme un trophée , ces drapeaux déchirés et vainqueurs, ces soldats qui aviûent subjugué l'Italie, et triomphé sur le Thabor et au pied des Pyramides, toute cette gloire de la France qu'il appelait sa gloire , répandait autour de son nom un prestige trop dangereux che? un peuple si confiant et si brave. Il avait rencontré, il avait saisi le plus heureux prétexte pour le pouvoir absolu : de longs désordres à réparer. Son ardente activité embrassait tout pour tout enyahir. Génie corrupteur, il avait cependant rétabli les autels; funeste génie, élevé par la guerre, et devant tomber par la guerre, il avait pénétré d'un coup d'œil l'importance du rôle de législateur. Il s'en était rapidement emparé dans l'intervalle de deux victoires; et dès lors, au bruit des armes, il allait exhausser son despotisme sur les bases de la société qu'il avait raffermies. On n'apercevait encore que le retour de l'ordre et l'espérance de la paix. Les maux de l'ambition , l'onéreuse tyrannie d'une guerre éternelle, le mépris calculé du sang français, l'oppres-
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sion de touç Iqs droits publics se développèrent plus lentement , comme de filiales copséquence^ , qu'enfermait l'usurpation militaire, mais qu'elle n'avait P4S d'abord annoncées.
{!t cependant, Mes$iieinrs, quatre années s'écoulàrent a peine qu'un grand crime vint soiiiller cette puissance poUYelle, et marquer d'une tache ineffaçable le diadème qu'elle se hâtait de saisir. Ab I si de tyranniquea entraves n'avalent paç pesé dès lors sur les députés de la France, quelque voix salerait élevée sfuqs doute pour acçu^r cet odieux attentat! L'hbmn^e qui avait osé le commettre n'hésita point à solliciter l'approbation d'une assemblée qu'il tejifdt asservie; et cherchant, pour ainsi dire, à étouffer dftn^ une insolente publicité l'horreur du erime qu'il aurait voulu se cacher i^ lui-môme, il en fit donner solennellement avi$ à la chambre, parmi d'autres eom- XQUnications politiques.
En recevant cet étonnant message. M* de Fontanes, sur le seul point où la puissance coupable espérait une réponse, garda un silence sévère, image de la stupeur et de la consternation de la France ; mais une de ces fraudes auxquelles la force même s'abaisse , quand elle est injuste, lui offrit bientôt, l'occasion d'un désaveu plus expressif. Dans la publication légale d'un di$çour8 qui suivit de près ce funeste événement, on altéra les paroles de l'orateur ; on lui prêta une expression douteuse, qui pour vait paraître une Iftche excuse. Peut-on oublier quelle fut alors l'ardente réclamation de M. de Fontanes, sa persévérance à faire rétablir les vraies paroles qu'il avait prononcées , et enfin , Messieurs , l'injurieux errata que fut obligée de subir cette orgueilleuse grandeur, devant laquelle s'inclinait et se taisait l'Europe? Non , Messieurs!, que par ce récit je prétende louer M. de Fontanei^ : il n'avait satisfait qu'au devoir exact de l'honnête homme; mais ce devoir rempli absout noblement beaucoup de
louanges données en d'autres temps à Téclat de la vie^ toire, aux travaux commencés de la paix, et à Tespérance du bien public.
Ces louanges mêmes, vous le savez , furent toujours tempérées par de généreux conseils : et Tart de l'orateur semblait ennoblir jusqu'aux ménagements, qui servaient à rendre la vérité plus utile, en la rendant plus tolérable au vainqueur. Les étonnants succès d'une fortune qui croissait en prodiges comme en injustices, les impérieuses défiances d'un pouvoir qui crdssait en tyrannie n'altérèrent pas cette dignité de la parole : et, lorsque la conquête enveloppait chaque année de nouveaux États, lorsque la fortune de la guerre partageait les trônes aux lieutenants du nouveau César, lorsque l'Europe voyait avec eflfroi s'avancer sur elle cette dictature, heureusement impossible , puisqu'elle s'est brisée dans la main d'un si hardi capitaine, appuyé sur une si grande nation , alors. Messieurs, M. de Fontanes ramenait avec plus de persuasion et de force les idées de modération et de justice ; alors il plaignait les grandeurs déchues, les dynasties dépouillées : et ses éloquentes paroles devenaient , par leur générosité seule, une censure de l'orgueilleux abus de la victoire. Quand , du milieu de ces palais où Louis XrV, vainqueur aussi , avait fait admirer à l'Europe sa magnanime politesse, un homme, trop enivré du succès pour bien sentir la gloire , insultait , dans la reine de Prusse , par de hautaines calomnies la majesté du trône , de l'infortune et de la beauté , M. de Fontanes , interprète du sentiment public, devant l'orgueil de l'usurpation et de la conquête, releva les images abattues de la royauté malheureuse, et rendit un éclatant honneur à ces droits antiques et sacrés , qui ne dépendent pas d'une journée militaire et ne peuvent être abolis par la victoire.
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En gardant ce juste respect aux rois vsJncus par nos armes, M. de Fontanes, dans plusieurs occasions, ne défendit pas avec moins de noblesse la dignité du Corps législatif, dont chaque triomphe nouveau resserrait aussi les chaînes. Je parle de la dignité , Messieurs ; car, depuis longtemps , la liberté n'était plus. La jalousie du pouvoir s' augmentant chaque jour, elle en vint jusqu'à contester au Corps législatif le titre qu'il portait , et à déclarer que les députés de la France, sans mission et sans droit , n'occupaient que le quatrième rang dans les conseils du souverain. La réponse de M. de Fontanes est remarquable, Messieurs, et ne sera pas oubliée par l'histoire. Après l'avoir prononcée, il ne garda pas longtemps le privilège de parler au nom des représentants de la nation ; mais du moins il n'avait pas laissé avilir dans ses mains le faible et dernier simulacre de ces libertés publiques qui, plus tard, ranimées par l'excès de nos malheurs, devaient dans la même assemblée retrouver des voix généreuses pour avertir le despotisme de ses dernières fautes et commencer le salut de la France.
M. de Fontanes, dont le rare talent inspirait l'estime lors même qu'il pouvait déplaire , avait été appelé à la direction suprême de l'enseignement par un pouvoir qui savait habilement employer des hommes honorables dans l'intérêt de sa grandeur. Je ne serai démenti par personne, en disant, Messieurs, que ce choix parut alors à tous les pères de famille un heureux événement. M. de Fontanes avait une tâche consolante et laborieuse, beaucoup de mal à prévenir, beaucoup de mal à réparer. Que d'ordres rigoureux n'a-t-il pas adoucis ! quelle autorité salutaire n'a-t-il pas exercée ! Cette unité despotique qui enlevait les enfants à leurs familles, cet envahissement des esprits par l'éducation , furent heureusement corrigés sous la main prudente et paternelle deM. de Fontanes.
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y Uaiversité paissante reçut dans ses premières dignités académiques upe réunion d'hommes distingués, dont la plupart , Messieurs , appartenaient à vos rangs, M. de l'pntanes ne (it ou ne désigna que des choix estimable; il en arracha quelques-uns : le dernier chef de Técole religieuse qu'illustra Fénelon fut appelé dans le conseil de l'Université ; il y retrouva le peintre élégant et fidèle de Fénelon, et l'éloquent auteur de Y Essai sur le IJH-^ vorce. Des noms éminents dans les sciences naturelles et mathématiques, dos hommes distingués par la connaissance des lois , des écrivains célèbres y représentaient toutes les parties de l'enseignement.
A la même époque commencèrent, sous l'inspiration de M. de Fontanos, ces cours publics si favorables à la jeunesse, et où les sciences, la philosophie, l'érudition classique se glorifient d'avoir de dignes interprètes et de studieux élèves. De nouvelles chaires furent fondées; M. de Fontanes y nomma JDelille , et le brillant historien du xvuP siècle. Attentif à recueillir les sages traditicms des anciennes écoles , il remit aux mains de l'expérience et il surveilla lui*m.éme cette école Normale , d'où sont sortis tant de jeunes talents et de maîtres habiles, espoir de l'enseignement public.
Enfin , Messieurs , de^ hommes qu'une honorable opposition éloignait do toutes les carrières, des talents persécutés ou n^éconnus trouvèrent d^ins l'Université ce qu'elle doittoiyours offrir, la considération et l'indépendance. De vénéri^bles ecclésiastiquea furent protégés, défendus. L'Université devint un lieu d'asile : c'était le mouvement de cœur de M. de Fontanes. Les lettres, le malheur, étaient sacrés pour lui. D aimait le mérite ; l'espérance même du plus faible talent lui était précieuse; et si quelque jeune homme n'avait encore en sa faveur qu^l'apiour de l'étude, vous pouvez m'en croire, Mes-
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sietirs , il lui tendait la maih , il lui donnait du couirage et de l'appui. Mille exemptes ont attesté feette généreuse influenlce : et^ je ne crains pas de le dire , pendant cin(J ans radtninîstlratiioti de M. de Fontanes fut un biehfait public pour là religion , pour la morale, pour les lettres et pour la Jeunesse.
ttenfeiihé dans ses grandes et paisibles fonctions, M. de FotitaUies , saris participer aux événements politiques, vit s'accomplir la révolution qui brisait le jôiig appesanti de la France , et lui rendait enfin ses rois et sa liberté ; il partagea le vœu d(B la patrie. Combien cel esprit éclairé, cette imagihatibU amie des tt^dilions et des souvenirs , devait recevoii^ avec enthousiasme les fils de Lbuis XIV et de Henri tV, éproiivés par tarit d'infortunes , et rapportant sur le trône toutes les vertus dû malheur!
Vainement la Providence semblâ-t-Blle îse démentir, et permettra au monde de douter dé sa justite ; vainement le génie de la guerre , tout à coup rattimé , ttaversat-il le sol attristé de la France, pour disparaître, en laissant après lui les longs désastres dfe sbri retour d'un moment : M. de Fontanes resta fidèle à là liîausè qu'il avait embrassée. Il vit dans la royauté aiffermie malgré tant d'orages la sauvegarde de tout ce qiill aimait, !à paix, la morate, lés arts, tl aVaît cessé,. dès la première époque de la restauration , d'occuper à la tête dfe l'enseignement public cette grande place , à laquelle il manquera longtemps , et où il avait fait le bien que dans les mêmes circonstances aucun autre n'aurait pU faire : il n'avait plus l'ioceasiori dé parler à la jeunesse ce noble langage toujours si puissant sur elle. Miàis darts la chambre des pairs et dans vos séances , il fit pluls d'une Ibis entendre les sentiments qu'il avait daris le cœur, pour la monarchie et pour la France. On n'a point oublié le jour où , recevant parmi vous le défenseUir de Louis XVI , il
lai décerna ce- juste et éloquent éloge auquel la postérité pourra seule ajouter quelque chose.
La raison élevée de M. de Fontanes, non moins que sa loyauté, lui montrait dans Tinviolabilité du^ trône légitime une condition de l'ordre social en Europe : il pensait qu'après les violentes et profondes secousses qui avaient ébranlé tous les États, dans cette vieillesse des sociétés qui se confond avec leurs progrès , à ces époques où le monde inondé de systèmes et de soldats se débat entre deux puissances inégales, la spéculation et la force, il n'y avait de barrière contre les ravages de la force , et de sûreté pour la civilisation , que dans la reconnaissance d'un droit antérieur, qui servît à fixer, à consacrer les formes nouvelles de l'ordre politique, et fût la sanction de la liberté, comme la source du pouvoir.
Tel est, messieurs, l'inmiortel bienfait de la Charte. Tel est l'ouvrage accompli par le roi , par ce monarque fondateur qui paraîtra dans l'avenir tout ensemble l'auguste héritier et le chef nouveau de sa dynastie , juge éclairé des temps et des hommes, dont la haute modération est une supériorité de lumières autant qu'une vertu de cœur, et qui , de cette sphère impartiale où il est placé , jette un regard vigilant sur la France agitée sans péril dans le cercle régulier de la loi. Persécuté par la fortune comme Henri IV, il a montré la majesté dans le malheur, la sagesse dans le pouvoir et l'amitié sur le trône. Protecteur des arts comme Louis XIV, il fait plus que les protéger, il les cultive , il les éclaire ; et son règne leur ouvre une époque de paix et d'indépendance où la dignité morale des institutions doit élever le talent, où la tribune doit inspirer les lettres , où l'éloquence doit s'agrandir par la défense du trône et de la liberté publique. Quelle gloire pour un souverain. Messieurs, après des révolutions si funestes et si longues , de préparer ce