‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 20 sur 45 · DU COURS D'ÉLOQUENCE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DU COURS D'ÉLOQUENCE FRANÇAISE

De 1824.

Messieurs ,

Au moment de reprendre avec vous ces libres entretiens sur la littérature et Téloquence , où votre goût éclairé corrige et supplée mes paroles , j'ai besoin de vous offrir , dans un ordre plus régulier , avec des expressions plus précises, les premières vues et les divisions générales du sujet qui doit nous occuper. Ce sujet , Messieurs , est grand , quoique vulgaire et traité tant de fois. C'est l'histoire morale d'une époque fameuse, dont le génie domina longtemps l'Europe , et qui nous a laissé des monuments aussi durables que le monde civilisé. C'est le tableau de la France embellie de toute la splendeur des arts , élevée au plus haut point de gloire dans les lettres et dans les armes , fière sans être libre, et faisant servir à l'illustration d'un grand roi cette surabondance de rares talents, dont elle fut enrichie sous son empire. Louis XIV a donné son nom au xvii* siècle; et la

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postérité, flatteuse ou reconnaissante, comme les contemporains, a maintenu cette suzeraineté de la puissance sur le génie. Tel est, Messieurs, le premier caractère de l'époque célèbre que nous avons réservée, comme le digne objet d'une étude à part et sans mélange. Mais d'abord, afin de mieux entendre les'grands génies de cet âge mémorable , essayons de rendre à Louis XIV la place qu'il occupa dans l'imagination de ses peuples et des peuples rivaux. L'histoire des mœurs explique celle des lettres. Les événements , la gloire , les illusions , les croyances d'un siècle sont le seul commentaire vivant et perpétuel des chefs-d'œuvre qu'il a vus naître.

Nous avons pu le remarquer de nos jours ; les élèves des arts , les disciples de la statuaire et de la peinture , ne croyaient faire qu'une étude insuffisante des monuments du ciseau antique ou de la palette de Raphaël , lorsqu'ils les voyaient réunis dans nos murs , où cependant la victoire les avait amenés : il manquait à ces trésors la lumière de l'horizon rcmiain. Il leur manquait les lieux , les souvenirs , le contraste des ruines. En possédant les ouvrages , il fallait encore chercher l'inspiration sous le ciel d'où jadis elle était descendue. Ainsi , Messieurs , pour connaître la grande école littéraire du xvn*' siècle , pour la sentir, et non la copier, il ne faut pas en regarder les formes et les couleurs Réparées de la vie contemporaine qu'elles imitaient; il Ëiut voyager par nos souvenirs dans cette France d'autrefois ; il faut reconstruire en idée l'imposant édifice social où se plaçaient tant de chefs-d'œuvre, revoir les pompes, les prospérités , les ruines de cette immortelle époque , et respirer l'atmosphère de gloire et d'enthousiasme qui se répandait autour d'un roi conquerant, éclairé, magnanime, dont les courtisans même étaient souvent de grands hommes.

Veuillez donc, Messieurs, embrasser par la pensée cette

période historique , qui s'étend depuis la mort de Mazarin jusqu'à celle de Louis XIY. Réunissez dans cet espace tant d'actions glorieuses, tant de succès mémorables, des Ëtats envahis, des provinces conquises et gardées, des flottes victorieuses , de grands monuments fondés , et , malgré de funestes revers , un descendant de Louis XIV placé sur un trône étranger. Voyez cette foule de généraux habiles, d'hommes d'Ëtat, d'hommes de génie, qui se succèdent sans interruption , pendant un demi-^iècIe , pour ne manquer jamais au choix du souverain. Condé avait défendu l'enfance de Louis XIV; Villars et Ven* dôme soutiennent sa vieillesse. Bossuet et Fénelon élèvent ses fils et les enfants de ses fils. Pendant une longue prospérité , il est grand de la gloire de ses sujets ; et , quand la fortune l'abandonne , quand ses appuis se brisent , quand sa race est près de s'éteindre , il montre une âme héroïque , porte avec fermeté le poids de l'empire et des revers , et meurt le dernier des hommes illustres de son règne , comme pour annoncer que le grand siècle était achevé.

Certes , Messieurs , ce tableau n'est pas sans ombres ; cette gloire ne fut pas sans mélange et sans erreurs. Louis XIV a recueilli plus qu'il n'a fait peut-être. Le génie de notre nation fermentait depuis plusieurs siècles, au milieu des restes de la barbArie , et du chaos de la guerre civile. Il était mûr pour enfanter de grandes choses ; et toutes les forces du courage , de l'intelligence et du talent , semblaient , par un mystérieux accord , éclater à la fois. Mais cette active fécondité de la nature fut réglée , pour ainsi dire , par la fortune et les regards d'un homme. L'ordre et la majesté se montrèrent en môme temps que la vigueur et la richesse ; et le souverain parut avoir créé toutes les grandeurs qu'il mettait à leur place. L'enthousiasme s'accrut par cette illusion; et l'idolâtrie

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des cours devint , pour la première fois , Tinspiration du génie.

Qu'elles sont brillantes , en effet , ces vingt premières années du gouvernement de Louis XIY I Un roi plein d'ardeur et d'espérance saisit lui-même ce sceptre qui , depuis Henri le Grand , n'avait été soutenu que par des favoris et des ministres. Son àme , que Ton croyait subju* guée par la mollesse et les plaisirs , se déploie , s'affermit et s'éclaire , à mesure qu'il a besoin de régner. Il se montre vaillant, laborieux , ami de la justice et de la gloire : quelque chose de généreux se mêle aux premiers calculs de sa politique. Il envoie des Français défendre la dirétienté contre les Turcs , en Allemagne , et dans l'Ue de Crète; il est protecteur avant d'être conquérant; et, lorsque l'ambition l'entratne à la guerre , ses armes heureuses et rapides paraissent justes à la France éblouie. La pompe des fêtes se mêle aux travaux de la guerre , les jeux du carrousel aux assauts de Yalenciennes et de Lille. Cette altière noblesse , qui fournissait des chefiB aux factions , et que Richelieu ne savait dompter que par les échafauds , est séduite par les paroles de Louis , et récompensée par les périls qu'il lui accorde à ses côtés. La Flandre est conquise ; l'Océan et la Méditerranée sont réunis ; de vastes ports sont creusés ; une enceinte de forteresses environne la France ; les colonnades du Louvre s'élèvent ; les jardins de Versailles se dessinent ; l'industrie des Pays-Bas et de la Hollande se voit surpassée par les ateliers nouveaux de la France ; une émulation de travail , d'éclat, de grandeur, est partout répandue ; un langage sublime et nouveau célèbre toutes ces merveilles , et les agrandit pour l'avenir. Les épttres de Boileau sont datées des conquêtes de Louis XIY ; Racine porte sur la scène les faiblesses et l'élégance de la cour ; Molière doit à la puissance du trône la liberté de son génie ; la Fontaine

lui-même s'aperçoit des grandes actions du jeune roi , et devient flatteur pour le louer.

Mais un ordre social , où tout semblait animé par un homme et fait pour sa gloire , pouvait-il assez inspirer Téloquence , cette altière élève des. révolutions et de la liberté? C'est là, Messieurs, que nous apparaît le trait distinctifdu siècle de Louis XIY, l'esprit religieux , non ce faux zèle , cette pieuse imposture , dont Molière protégé par Louis XIY vengeait la société ; mais un esprit grave et sincère , nourri par la méditation et l'étude , illustré souvent par de touchants sacrifices, puissant même au milieu des faiblesses et des vices, et porté dans quel* ques âmes jusqu'à la vertu la plus sublime. Là , conune on l'a dit souvent , s'était réfugiée la liberté , soit que par la véhémence d'Arnauld et l'immortel génie de Pascal elle combattît d'astucieux ennemis, soit que, revêtue d'un sacré caractère , elle humiliât et instruisît l'orgueil du pouvoir absolu. Tous les esprits étaient occupés de ces débâts, attentifs à ces leçons. La magistrature avait perdu la grande autorité qu'elle eut dans le xvr siècle : réduite au soin de la justice , elle n'opposait plus de résistance , ni même de plainte ; elle était encore un exemple de probité antique ; elle n'était plus la sauvegarde des libertés que ses pères avaient défendues ; et Lamoignon avait le profond savoir, et la vertu , mais non le patriotisme d'un l'Hôpital et d'un Mole. C'était donc à la religion qu'il appartenait de faire entendre son langage ; et elle devenait le plus magnifique ornement de ce règne, dont elle était la seule barrière. Toutes les grandeurs du siècle se pressaient humblement autour d'elle. Respectée dans les cœurs , avant même d'être victorieuse par la parole , elle avait ses racines dans les mœurs publiques. Louis XIY, la première fois qu'il entendit Bossuet , jeune encore , fit écrire au père de l'éloquent apôtre , pour le féliciter

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d'avoir un tel fils ; il avait compris que Torateur de son siècle était né. Cette voix devint la consécration la plus imposante de toutes les grandes solennités de la mort ; die s* anima dans ses superbes mépris pour le monde , par le spectacle même d'une cour éclatante et voluptueuse. Dans les palais de Versailles , au milieu des fêtes triomphales de Louis XlV, ces accents de la muse hébndque , ces graves enseignements de la religion retentissaient avec plus de terreur ; et lorsqu'une reine malheureuse , une princesse parée de jeunesse et de beauté , un héros longtemps vainqueur, un ministre vieilli dans Tégoïsme du pouvoir, avaient cessé de vivre , ce mélange de splendeur et de néant , cette magnificence si triste , cette pompe si vaine, consternaient les âmes, avant mémo que l'orateur eût parlé.

Mais si le règne de Louis XIY favorisait particulièrement ce genre d'éloquence , son goût juste et noble , son amour naturel du grand et du beau , ne devaient pas exercer moins d'influence sur toutes les formes que prit alors le génie littéraire. Ce génie devint grave , élégant et poli. Tout, dans les inventions de l'art , fut modelé sur les exemples de point d'honneur chevaleresque , de dignité sévère , de bienséance pompeuse , qui brillaient autour du souverain ; et , dans les sujets empruntés à l'histoire , la vérité des peintures souffrit souvent de cette préoccupation involontaire de l'écrivain et du poète. Racine, élève des Grecs , réfléchit dans l'éclat de ses vers l'élégance de son siècle, encore plus que la simplicité du théâtre d'Athènes. Fénelon se souvint des triomphes du jeune roi , en retraçant la gloire et les fautes de Sésostris. Aussi rien ne fut plus original, plus sincère, plus marqué d'un cachet nouveau que cette littérature imitée et quelquct(Âs transcrite de l'antiquité. La liberté du pinceau se retrouva jusque dans les copies qui semblaient le plus

fidèles ; et la Fontaine fut le plus original des poètes, en croyant imiter Phèdre.

C'est le second caractère qui nous frappe dans le xvii' siècle ; l'imitation y fut indépendante et créatrice. On a dit souvent de nos jours que le siècle de Louis XIY manqua d'une littérature indigène et nationale ; qu'il ou^ blia les traditions des vieux âges modernes , pour copier des modèles antiques ; qu'il ne fut pas la produdicm naïve et spontanée de notre sol et de notre dioiat ; qu'il nous laisse beaucoup à faire et presque tout à reoom<mencer.

Ces théories ingénieuses et encourageantes sont , je le crains , démenties par l'histoire de l'esprit humain dans tous les âges , et par l'étude du siècle qui nous occupe. Toutes les nations, dans les premiers essais d'une enfance rude et sauvage , ont marqué leurs mœurs , leurs passions, leurs habitudes, par quelques chants grossiers, que la curiosité d'un siècle savant peut, longtemps après, recueillir avec enthousiasme , et commenter par des paradoxes. Mais la pierfection dans les ouvrages de Tesprit , une imagination sage et forte , une éloquence majestueuse et naturelle , l'alliance du goût et du génie , ne se trouvent qu'après de longs efforts et des essais divers. L'imitation n'est souvent qu'une voie plus rapide pour parcourir ces degrés , auxquels l'esprit humain est assu^ jetti. Ainsi les Romains , recueillant le génie des Grecs , atteignirent tout à coup dans les arts une grandeur égale à celle de leur empire ; ainsi la nouvelle Italie ralluma , dès le XIV siècle , cette flamme éteinte ; ainsi la France passa , dans quelques années , de la rudesse et de la bar barie à cette magnificence gracieuse et naturelle qui dis tingue les heureux génies du xwv siècle.

Nous sommes venus tard dans l'univers. Nous ne pouvons secouer le souvenir des âges qui nous ont précédés ;

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mais , parmi ces âges , les uns furent brillants d'imagination et d'enthousiasme ; les autres , incultes et grossiers. £royez-vous qu'aujourd'hui cette littérature , qui cherche les inspirations dans les ruines et les hasards de la barbarie, soit plus naïve et plus vraie que celle qui s'animait à k lumière des chefs-d'œuvre antiques? On n'échappe pas à la loi de Timitation , en choisissant par caprice l'objet qu'on imite. La barbarie elle-même est un modèle. Que rartiste contemple l'Apollon du Belvédère , on les dieux informes de l'Inde , il reçoit une impression qui lui est étrangère ; il modifie sa pensée par ses regards ; il devient imitateur. Mais l'imitation des chefs-d'œuvre a cet avantage , d'élever notre esprit vers ce type î^jléal de grâce et de beauté, qui est la vérité dans les arts. L'imitation , ou plutât l'émulation des chefs-d'œuvre est un libre travail de la pensée ; elle se confond avec l'image étemelle du grand et du beau ; elle n'est vraie qu'en devenant une création nouvelle ; et l'on peut dire en ce sens qu'elle disparaît et s'efface dans sa perfection même. Mais imiter la barbarie n'est qu'un effort matériel , dont la préméditation seule détruit la vérité.

Les grands écrivains du siècle de Louis XIV avaient reçu du siècle précédent l'exemple d'étudier l'antiquité ; mais l'enthousiasme du goût remplaça pour eux l'idolâtrie de l'érudition. Élevés au milieu d'une civilisation qui s'épurait et s'ennoblissait chaque jour, ils ne se réfugiaient plus tout entiers dans les souvenirs et dans l'idiome des Romains , comme avaient fait autrefois quelques hommes supérieurs lassés de la barbarie de leurs contemporains : ils étaient , au contraire , tout modernes par la pensée , tout animés des opinions , des idées de leur temps ; seulement leur imagination s'était enrichie des couleurs d'une autre époque, d'une civilisation, d'un culte , d'une vie différente des temps modernes. Ils rap^

portaient de ce commerce avec les Hébreux , les Grecs , les Romains , quelque chose d'étranger, une grâce libre et fière qui se mêlait h Toriginalité native de Tesprit français. Les diverses couleurs des différents âges de l'antiquité dominaient en eux , suivant Finclination particulière du génie de chacun. Racine et Fénelon respiraient rélégante pureté, la douce mélodie des plus beaux temps d'Athènes ; ils choisissaient même parmi les Grecs ; ils avaient le goût et Tàme de Virgile. Bossuct , d'un génie plus vaste et plus hardi , confondait la mâle simplicité d'Homère, la sublime ardeur des prophètes hébreux , et l'imagination véhémente de ces orateurs chrétiens du IV* siècle , dont la voix avait retenti au milieu de la chute des empires et dans le tumulte des sociétés mourantes. Massillon était inspiré par l'élégance et la majesté de la diction romaine dans le siècle d'Auguste. Fléchier imitait l'art savant des rhéteurs antiques. La Bruyère empruntait quelque chose à l'esprit de Sénèque. Madame de Sévigné étudiait Tacite ; et cette main délicate et légère , qui savait décrire avec des expressions si vives et si durables les scandales passagers de la cour, saisissait les crayons de l'éloquence et de l'histoire pour honorer la vertu de Turenne. Quelquefois une idée perdue dans l'antiquité devenait le fondement d'un monument immortel. Bossuet avait entrevu dans saint Augustin et dans Paul Orose le plan , la suite , la vaste ordonnance de son Histoire universelle; et maître d'une grande idée indiquée par un siècle barbare , il la déployait à tous les yeux, avec la majesté d'une éloquence pure et sublime. Mêlant ainsi les lueurs hardies d'une civilisation irrégulière et la pompe d'une société polie , il était à la fois Démosthènes , Chrysostome , TertuUien , ou plutôt il était lui-même; et des sources fécondes où puisait son génie, rassemblant les eaux du ciel et les torrents de la mon-

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tagne , il faisait jaillir un fleuve qui ne portait que son nom.

Vive expression des mœurs modecaes, et reproduction originale de l'antiquité dans ses âges divers, voilà donc, Messieurs , les deux caractères distinctifs et dominants que nous présente le génie du xvii* siècle , et que nous fierons surtout ressortir. L'empreinte éclatante que Louis XIV a laissée sur cette époque fera pour nous partie de la vérité nationale, telle que la France la sentit alors. Cette bonne foi d'un peuple avec lui-même , cette conscience naïve de ses travaux , de sa gloire , qui formait alors le patriotisme de la France , nous expliquera l'influence que sa littérature, ses arts, sa civilisation obtint sur les autres peuples , et l'admiration qu'elle inspira même à ses ennemis. C'est dans les écrits presque contemporains que nous devons en chercber la trace et l'aveu , pour compléter la rapide image de cette grande époque : un poète anglais , un zélateur ardent des institutions et de la gloire de son pays, le célèbre Thompson, au milieu d'un poème à la liberté, n'a pu se défendre de consacrer im magnifique hommage à Louis XIV, dont il maudissait d'ailleurs les conquêtes au nom de l'humanité, et surtout au nom de l'Angleterre. Permettez-moi de citer ce témoignage poétique, et pourtant sérieux et sincère. Si la voix du poète n'est pas trop affaiblie dans une prose timide , vous aimerez ce langage d'un étranger, d'un ennemi , qui , dans sa jalouse admiration , parlait comme l'Europe.

« Voyez-vous , dit-il , ce monarque qui , séduit par tt l'enivrement du pouvoir et par son orgueil , rêva sans « succès une domination illimitée? Pendant que ses ar- « mées appelaient toute l'Europe sur le champ de bâti taille, pendant qu'il prodiguait tant de trésors et de « sang , alors même , comme dans les loisirs fortunés de

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« la paix , que de momimmits publie»^ que de créations u nouvelles ont embelli son royaume ! quelle scienee a « brillé de toute parti quel foyer de gànie s'est aUumé ! « Ce n'est pas à moi ^ de peindre oes magnifiques ave* « nues ouvertes dans son empire , oes édusea qui re^ « poussent les fiots , cet immense eanal qui traverse les n montagnes et réunit les mers ; ce déme qui reteutit de «i la douce toîx de TenCuiee sauvée du besoin al des « mains homicides de la honte ; et cet autre pahda où ia

• valeur tranquille raconte ses ndbles exptoîts ; cette « terre, enfin, où Téléganoe sociale aime à s'arrâl^r» libre « des mœurs feroucbea du moy^Ei àge^ et de la fureur « gothique et sanguinaire du duel ; cette Yille emheUie, « qui voit par degrés l'ordre le plus parfût régner dans sas n murs avec la magnificence, la grâce et la joie dé* «cente.

« Que les bardes fiançais racontent comment lea arts « honorés, et la science bteie par une de^tiqu^fiTSiir « fleurirent avec tant d'édat, loin de la liberté^ leur mira; « comment Boileau rétabKt le goût antique ; comment h « grande àme des Rooiauis, par les accents de Coomeilia,

• fi(t trembler le théâtre ; comment , dans la bouche de « Racine, la yoîx plus puissante, quoique phis douce, « de la Grèce fidèle à la nature, exprima tM8 les seorato « du oeeur ; comment le théâtre de lloUèret ehasle et fé- « gulier, embelli d'un spirituel bon sens et d*inie gii^ \ «native, fut la vie elicHsiteie; eemnentt, ékvéàdepU' « blics honneurs , le savoir se répandit diM ^ bvtUaal « lycées ; l'émulation s'anima pour la gloire plus que « pour de feibles réconaf^isee ; et comment ht langue ^ des Français obtint ce qm Iwva annes n'^vaieikt pu «« conquérir.

* Voir à la fin du Discours, imés Ac

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« Qaib montrât là peinture venant de Rome ftvec le « Poussin ; qu'ils disent que le plus majefllueux des arts , « la sculpture , fille de la Grèce , jeta sur les climats du « Nord un regard favorable, et fit naitre Girardon ; qu'ils « oélèbrent cette prodigue magnificence qui fécondait • les déserts, ces palais soudainement élevés, ces ton^ « taines jaillissant parmi d'arides ombrages , ces forêts « transformées en jardins majestueux ; cet art délicat , « qui > tressant avec une laine soyeuse des fleurs , des « feuillageB, serpente sur les murs embellis du palais, « et , par l'éclat des tissus , égale les merveilles du pin- « ceau.

«< O Louis 1 ces lauriers qu'a tait croître la rosée de tes « bi^&its ceindront ta tête , dans l'avenir , d'une verte « couronne , tandis que les vains honneurs d'une injuste « guerre seront détestés et perdus dans l'oubli. »

Ce règne , si bien loué par l'admiration et même par les reproches du poète anglais , devint le modèle et l'envie de l'Europe. Notre sijget nous entraînera donc natu>« rellement à suivre, chez les nations les plus célèbres du XVII* siècle , l'influence du génie de la France dans les productions de leurs arts. L'Angleterre, si jalouse de son originalité , qui lui semble une partie de son patriotisme , prouva deux fois cet ascendant du siècle de Louis XIY . La littérature du règne de Charles II fût souvent la copie servile et incorrecte tout ensemble de nos grands écrivains ; de même que la cour licencieuse et imprudente du monarque anglais imitait , par une frivole corruption , les plaisirs et la noble urbanité de la cour de France. Le règne de la reine Anne, au contraire, le siècle des Pope, des Addison , des Congrève , des Tillotson , des Swift, fera briller k nos yeux un beau reflet de cette lumière qui avait éclairé nos grands écrivains. Nous retrouverons en eux cette école classique de l'antiquité et de

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la France , marquée d'un caractère d'originalité nationale , mais fidèle aux grandes lois du naturel et de la raison.

La Belgique et la Hollande , à cette même époque , avaient reçu, non-seulement les arts de la France, mais des milliers de Français frappés par d'injustes lois et qui se vengeaient en s'exilant; ils répandirent au loin notre idiome; et quelques-uns , par leurs écrits, n'étaient pas indignes de la gloire de ce beau règne , que trop souvent ils outragèrent. L'Allemagne, si savante dans son originalité, si respectable et si sincère dans ses efforts , l'Allemagne qui , de nos jours , fait encore dans les arts de si profondes études pour devenir naïve , imitait exclusivement la littérature française , mais sans être inspirée par cet exemple : elle avait besoin , pour son réveil , d'être touchée parla puissante imagination de Shakspeare. Toutefois, l'homme de génie qu'elle avait alors produit, Leibnitz, était en communication de hautes pensées avec Bossuet ; et sa métaphysique se rapprochait des grandes vues de Descartes et de Mallebranche.

L'Italie , toujours ingénieuse , mais n'ayant ni philosophie, ni liberté, ni gloire, et n'éprouvant plus cette hardiesse d'enthousiasme que la renaissance des arts avait excitée dans le xvr siècle , avait les yeux fixés sur la France. Ses académies* avaient retenti des panégyriques de Louis XIV; et, plus tard, son harmonieux Métastase efiéminait l'élégance de Racine. L'Espagne, que l'avénement d'un fils de Louis XIY avait un peu soulagée des fers

' Le marquis de Zampiéri remit à Louis XIV un volume qui renfermait les panégyriques du roi de France , prononcés dans douie villes d'Italie. Les hommages de ce genre furent innombrables, et ils attestaient un sentiment général d'admiration qu'avaient excité les grandes actions de ce prince et la splendeur littéraire de son règne.

DISCOURS D*OaVBRT0RK. ttt

de l'inquisition, languissait sans émulation et sans génie, se défiant des arts et des conseils de la France. Toutefois, son plus célèbre écrivain, Feyjoo, était formé par la raison éloquente du ilniv siècle.

Que si maintenant , Messieurs , nous recherchons les eflTets de cette influence dans notre propre pays, nous la retrouvons partout visible et salutaire. Les plus grands esprits du xviii* siècle^ au milieu du changement des mœurs et du progrès de la société, se sont rapprochés de ces types éclatants et vrais que leur avait transmis le siècle précédent. Cette empreinte est marquée dans Voltaire , Montesquieu , Rousseau , Buffon ; elle se mêle à leur originalité , et caractérise une branche nouvelle de cette famille de grands génies ; ils ont leurs traits distincts et leur libre physionomie ; ils ont leurs erreurs , leurs fautes ; un d'eux surtout a trop souvent reproduit et augmenté la corruption de son siècle ; un autre l'a trop souvent égaré par des chimères ; mais ils tiennent, par plus d'une ressemblance , à ces grands hommes dont ils sont la postérité. Buffon et Montesquieu conservent une gloire, non pas plus grande, mais plus irréprochable.

Ainsi, Messieurs, l'éloquence s'élevait à des beautés originales , toutes les fois qu'un homme supérieur lui trouvait un nouveau domaine. En effet, le seul obstacle à cette décadence qui menace une littérature enrichie par des chefs-d'œuvre, c'est de maintenir la pureté des formes primitives, et d'inventer une nouvelle occasion de les placer heureusement ; c'est de garder la tradition du goût dans le style , et de porter toute l'innovation sur le choix du sujet et des pensées principales ; c'est de mépriser cette imagination étroite qui ne travaille que sur des mots, falsifie les pensées pour en varier l'expression, et singulftise les choses communes afin de les rajeunir ; c'est, enfin, d'encourager cette imagination inventive que

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la scienoe éclaire, que le sentiment inspire, et qui, par«courant d'un vaste regard le monde politique et moral , aperçoit toujours quelque place à remplir, quelque mo* nument à élever. L'écrivain qui répète ce qu'on a dit est condamné au mauvais goût : par quel autre artifice déguiserait-il son impuissance? Il n'y a que les vues neuves qui rcyeunissent le style, sans blesser le goût. Un sujet neuf n'est pas un sujet bizarre. Une vérité simple et fé^ conde , négligée par les premiers génies d'une littéra-* ture , un point de vue que le progrès de la civilisation a changé , une réunion d'idées dont l'enchaînement ne se fait sentir que depuis qu'elles ont été successivement exprimées , quelquefois un détail des mœurs oublié par sa naïveté même, quelquefois aussi les grandes découvertes que l'esprit humain a foites dans les sciences les plus étrangères à l'éloquence : voilà les trésors qui suffisent au talent, et qu'il sait découvrir^ par l'instinct même qui lui apprend à les approprier à son usage. Alors la nouveauté des choses qu'il aperçoit, ou des rapports qu'il établit, lui permet je ne sais quelle nouveauté d'éloquence qui sort du sujet même, et qui, n'étant pas un effort du style, mais un besoin de la pensée , enrichit la langue , sans la corrompre , et multiplie non pas les principes , mais les applications du goût.

Jamais le monde moral n'offirit un plus grand spectacle que de nos jours. On ne vit en aucun temps de plus grands appareils de puissance et de force matérielle ; et jamais les opinions, les idées ne commandèrent avec tant d'«npire. D'un bout de l'Europe à l'autre, les hom* mes sont travaillés du besoin de se refiaire des principes, pour retrouver des appuis; et les erreurs^ du paradoxe, épuisées comme celles du préjugé, rejettent les esprits vers des vérités insurmontables, puisqu'elles oift survécu à tous les excès et à toutes les tyrannies. En même temps

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sont tombées les barrières qui séparaient les nations; et les idées de chaque peuple agissent sur tous les autres. Dans cette communauté , et il faut le dire , dans cette instabilité d'opinions, quel vaste champ serait ouvert à la raison éloquente qui ferait le discernement de toutes les idées que deux siècles ont jetées dans le monde, qui n'éviterait aucune lumière, ne craindrait aucune vérité ; mais qui , sachant que jamais vérité ne s'est introduite sans un cortège d'erreurs , mettrait son étude à faire un dioix , et à poser des bornes au milieu de cet immense et incertain héritage de l'intelligence européenne , pendant qu'elle est encore la dominatrice du monde I

Dans cette Europe moderne, où tant de nations éclairées à la fois se sont renvoyé la lumière, l'âge de civilisation de chaque peuple a, pour ainsi dire, duré plusieurs siècles, et passé par l'épreuve de plusieurs décadences.

Beaucoup de vérités morales , ayant été combattues , ont besoin d'être raffermies : beaucoup de vérités sociales, ayant été poussées à l'excès, ont besoin d'être éclaircies, et défendues contre Tabus qui les a profanées et qu'on leur impute à elles-mêmes.

Voilà la tâche d'un moraliste éloquent ; ce n'est pas de reeréer l'entendement humain , suivant l'expression fastueuse d'un philosophe : c'est de le suivre, et de dominer les lumières générales par la justesse des vues, véritable et dernière supériorité, lorsque tout le monde est éclairé.

Elles sont loin sans doute les mœurs profondément religieuses qui , dans le xvii* siècle, avaient porté si haut la prédication évangélique, qui donnaient tant d'autorité k l'enthousiasme , et favorisaient une éloquence particulière au génie moderne , et surtout à celui de la France. Mais ne voit-on pas combien cette tiédeur de sceptieisme, qui fatigue aujourd'hui les âmes, pourrait exciter de pathétique et d'éloquence, et quelles sources vives et

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fécondes jailliraient du rocher frappé par une main puissante?

Ce ne serait plus ce raisonnement impérieux , cette confiante et sublime ardeur de Bossuet. Renouvelée par le changement universel , Téloquence apostolique aurait un nouveau langage , de nouvelles preuves , une autre victoire. Et combien l'entière abolition de Tintolérance, combien cette fraternité chrétienne, qui domine par-des^ sus les rivalités des sectes, et n'oublie que la Grèce, n'offriraient-elles pas de vues grandes et nouvelles? Sans rien perdre de sa sainte rigueur, la chaire chrétienne étendrait à la fois le cercle de ses idées et celui de son empire ; toujours conciliatrice et bienfaisante, elle serait plus évangélique et plus persuasive que jamais.

Ce ne sont pas ici des conjectures étrangères à l'histoire de Téloquence. D importe de montrer que la carrière est encore ouverte; que l'éloquence, si longtemps cultivée par l'heureux génie de la France, n'est pas menacée de cette stérilité malheureuse, et de ce faux goût impuissant que suit bientôt la barbarie.

La littérature des sophistes et des rhéteurs a toujours appartenu à des époques d'esclavage et d'abaissement moral. Il est dans la nature de l'éloquence d'exister par la grandeur des sujets dont elle s'occupe. Que de nouvelles mœurs politiques ouvrent un horizon d'idées nouvelles; l'éloquence n'a plus besoin de dénaturer les choses pour les rajeunir. La nouveauté du sujet lui rend la simplicité, et la simplicité lui rend la grandeur. Qu'un esprit de justice et de loyauté se répande; que des intérêts sacrés soient défendus; la force, la vérité du langage viendra d'elle-même, pour exprimer une noble conviction , pour soutenir une noble cause.

Ainsi, Messieurs, tout ce qu'il y a de grand et de noble, la philosophie, les lettres, les arts se lient natu-

DISCOUIS D^OUYBRTUBB. iiS

rdlement aux libres institutions que possède la France ; elles sont pour notre patrie ce grand et paisible renouveOement dont un peuple a besoin après de longs orages. Dans un discours tout rempli du pompeux souvenir de Louis XIV , nous n'hésitons pas à proclamer cette idée, et la reconnaissance qu'elle inspire pour les sages et bienfaisants héritiers du grand Roi. Il n'est aucune renommée qui fasse pâlir la gloire de ces princes équitables et protecteurs des libertés de leur sujets. Quand la postérité lira les prodigieuses révolutions de notre <ige, quand elle verra le génie de l'usurpation et de la guerre ébranlant tous les trônes de l'Europe , changeant et donnant les États , et brisé lui-même par la force, unique loi qu'il ait voulu reconnaître ; quand elle verra le triomphe du droit légitime consacré par l'établissement inviolable d'une Charte de liberté, elle admirera, non pas les conquêtes infructueuses du glaive, mais les bienfaits durables de la justice et de la paix.

Rendons hommage, Messieurs, au souverain qui a marqué son heureux avènement par le retour de la plus vitale des libertés publiques, et réconcilié toutes les opinions par Tenthousiasme commun qu'il leur inspire. En affermissant le pacte social , il partage la gloire inappréciable de son auguste fondateur; il ouvre, avec lui, cette ère nouvelle de la France. Monarque aimable et vénéré , sa religion est le sceau de sa parole ; il tient de Henri IV ces grâces du cœur auxquelles on n'échappe pas ; il a reçu de Louis XIV l'amour éclairé des arts, la noblesse du langage, et cette dignité qui frappe de respect, et qui pourtant séduit. Sa haute faveur accueille et ranime nos savants; sa justice, et nous lui en rendons grâce, les suit et les protège * sur la terre étrangère ; son

* Voir à la fin du Discours, note B,

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humanité vivante et populaire visita les retraites de In souffiwioe, oomme Louis XIV dotait les hcspioes de la gloire; ses paroles semblent un bienfiiit public, paroe qu'elles sont toiqoun rexpression de cette Ame française et royale, qui veut régner par les lois, qui met sa grandeur à les respecter» et mesure son pouvoir sur les espérances el les institutions de son peuple.

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