‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 24 sur 45 · RÂPONSE AU DISCOURS DE M. ARNAULT · texte numérisé non relu

RÂPONSE AU DISCOURS DE M. ARNAULT

la perspective dramatique. Un jour, un vers d'Horace lui donna toute une comédie charmante et nouvelle sur la plus vieille des vérités. Jusque-là on avait coutume au théâtre de maintenir les caractères; c'était la règle. Il imagina de les bouleverser tous sous le vent de la fortune ; et il tira de cette inconstance même la leçon et ' Teffet dramatique : il fit les Marionnettes, puis les Ricth ehets. Car souvent une idée heureuse lui servait deux fois. Un passage de la Bruyère lui inspira la Petite Ville; et, comme son modèle, il avait deviné si juste dans les détails, qu'il fut accusé de satires personnelles par plusieurs petites villes à la fois.

Dans des temps si fertiles en révolutions. Picard ne put cependant s'élever jusqu'à la comédie politique : la liberté manquait toujours au talent. Mais, avec l'énergie d'un honnête homme , il donna plus d'une fois à la comédie morale cette austère franchise qui ne s'arrête pas aux ridicules et touche à des vices profonds et sérieux. Les tentations frénétiques de la cupidité , l'agiotage spéculant sur l'instabilité sociale , les calculs de la friponnerie cachant et préparant une banqueroute sous la magnificence d'une fête, trouvèrent en lui un accusateur qui devançait le magistrat: et, en attendant que la justice eût l'appui de la loi, il lui donna celui du talent et de l'opinion , nouveau ressort des £tats , puissance insaisissable, qui, formée par de libres discussions, devient, dans nos sociétés modernes, la première sauvegarde des droits publics et l'incorruptible mandataire de la vérité.

Après avoir rappelé le caractère moral des écrits de Picard, je ne dirai plus rien de son talent. Pour le juger dignement, pour apprécier cet art ingénieux et savant du poète comique, il faudrait que celui de nos collègues qui nous est rendu en même temps que vous. Monsieur, vous eût précédé , et que le brillant auteur des Deux

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Getidres, assis à cette place , se fût partagé avec vous l'éloge de Picard.

Seul , Monsieur, vous Tavez loué avec rexpérience du théâtre et la supériorité d'un goût exercé. D'ailleurs les succès de Picard et son heureux génie ne sont contestés par personne. Il n'y a point de théories diverses et de systèmes exclusifs sur la comédie, sans doute parce que l'on est indulgent pour ceux qui nous amusent. Peutêtre aussi , la comédie étant par ellenafiéme quelque chose de plus vrai que l'idéal tragique , il a été plus fiicile de s'accorder sur la fortme, ou plutôt de les admettre toutes. Ce n'a plus été une question de principes, mais de succès , et le poète comique applaudi des spectateurs a toujours été suffisamment classique pour eux. Là surtout, le théâtre change comme les mœurs qu'il exprime ; et le tableau est variable pour être fidèle.

Les altérations que le temps fait subir à l'idéal tragi* que, les rapports délicats entre la vérité simple et la poésie sont plus difficiles à marquer et à saisir. Heureux les talents qui plaisent à plusieurs époques I L'homme de goût et la foule admireront toujours le génie qui éclate dans le drame majestueux et passionné de nos grands poètes. Si quelque chose de plus libre , répandu dans les esprits, demande aujourd'hui des beautés nouvelles , la gloire de ces illustres devanciers n'en souffi'e pas. Innover habilement, ce serait encore suivre leur exemple. Tout grand artiste est novateur; le seul point, c'est d'innover par la création, et non par les systèmes.

Vous avez , Monsieur, dans vos ouvrages , tenté plus d'une fois, avec succès, et le dernier degré de la terreur tragique , et l'extrême simplicité , trop rare sur notre théâtre. La mâle énergie de votre Marins charma jadis le public et la cour de la monarchie vieillissante. Les imaginations, ébranlées par Ducis, virent avec efiroi le som-

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