REPONSE AD DISCODRS DE H. ARN&ULT
bre dénoùmeot de vos Yénitiens ; et votre tragédie de Guillaume de Nassau, écrite dans la solitude et l'exil , sans ornements, sans pompe théfttrale , est empreinte de naturel, par le caractère même des vertus qu'elle retrace. Dans Germanitms, vous avez tenté avec hardiesse un de ces grands sujets de l'histoire romaine, que l'éloquence de Tacite avait d'avance élevés jusqu'à la poésie, et où ce grand modèle soutient et désespère l'imitateur.
Après avoir parcouru la difficile carrière frayée par les mdtres immortels de notre scène tragique , vous avez essayé , Monsieur, celle de toutes les formes poétiques, où des souvenirs inimitables doivent le plus intimider le talent : vous avez ^t des fables. Dans le pays de la Fontaine, avait-on le droit de faire encore des fables? Votre exemple en est la preuve. Vous avez trouvé à cueillir dans ce champ moissonné. Là, où nulle comparaison n'est possible, une part d'originalité vous est acquise. Vos fables ont un caractère à vous. Elles sont, j'en conviens , quelque peu satiriques. En les lisant , "" "" "'^ criera pas à chaque page -. Le bonhomme! m:
toujours : l'honnête homme , dont l'ftme est g droite , lors même que son esprit se blesse et fable eut, de tout temps, ses hardiesses, et cl légorie pour voiler l'épigramme. Les vôtres, é époques bien diverses, dans le bonheur et dans l'adversité , ont , avec un trait commun de malice , des nuances variées par l'imagination et le sentiment. L'invenUon en est souvent heureuse , le style rapide. Elles vous donnent une place là où il semble que personne ne pouvait plus en obtenir.
Le même tour d'esprit, la même raison piquante se retrouve dans vos mélanges de littérature. Ce sont d'ingénieux essais qui ont occupé pour vous l'intervalle de plus sérieux travaux. Car vous avez entrepris hi lâche
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difficile d'écrire lliîstoire, et même rhistoire contemporaine. Ici, Monsieur, les souvenirs de votre vie se mêlent à ceux de votre talent; et je n'essaierai ni de les taire, ni de les éluder. Quels contrastes, que d'événements prodigieux entre l'époque où, jeune et poète , vous suiviez à Malte le vainqueur d'Italie partant pour la conquête d'Egypte, et celle où l'ancien dominateur de l'Europe , mourant captif à Saint-Hélène, vous léguait un don testamentaire trop fort pour sa succession appauvrie, et inscrivait votre nom sur une page funèbre qui doit le con* server à jamais.
Avant le dernier moment de ce grand drame historique, dont les scènes furent dispersées sur tant de points du monde, votre imagination fortement émue avait essayé de les réunir dans un récit complet et détaillé. Depuis votre retour en France, vous aviez commencé et presque achevé l'histoire de celui qui survivait encore à sa grandeur et à sa chute. Peut-être, dans cet ouvrage, riche de souvenirs et de tableaux , avez-vous été quelquefois l'historiographe du conquérant vaincu; peut-être avez-vous flatté sa défaite, comme d'autres ont flatté ses triomphes. Mais le souvenir de tant de gloire, même embelli par le talent, ne peut désormais donner ni crainte ni regret à personne. Chaque jour la vérité se dégage des partialités contemporaines , et se réfléchit avec plus d'éclat dans le lointain lumineux de l'histoire. Un nouveau monde social a commencé. La guerre , détournée de rOccident, pèse sur les extrémités barbares de l'Europe orientale. La France ne gouverne plus les nations par ses décrets et par ses armes ; mais elle leur offre encore un grand spectacle dans le laborieux progrès de ses libertés combattues. Jouissons cependant du bonheur de vivre et de penser sous de sages institutions, plus fortes que les passions qui voudraient les détmire ou les altérer.