‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 30 sur 45 · RAPPORT SUR LA DÉMOCRATU AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA DÉMOCRATU AMÉRICAINE

battues , on est exposé à la facilité du lieu commun ; et il fallait aux jeunes concurrents beaucoup d'esprit et de talent, seulement pour n'être pas déclamateurs.

Ce mérite a frappé l'Académie dans quelques-uns des nombreux ouvrages envoyés au concours. Dans le n*" 34, portant pour épigraphe cette pensée de Cicéron : Le vrai eour<tge, c'est Vénergte combattant pour l'équité, elle a remarqué des exemples bien choisis et sentis avec âme, surtout l'exemple de Malesherbes, cet invariable apôtre de la liberté , mort martyr de la- royauté malheureuse ; Malesherbes, qui parcourut tous les degrés du courage civil, dans l'opposition , dans le ministère, dans la re* traite et sur l'échafaud. L'auteur l'a dignement loué.

Un autre discours plus méthodique et plus nerveux , le n^ 29 , s'est encore approché davantage de notre temps. On y touche aux passions de la veille et du jour; on y agite des noms qui appartiennent à la polémique plutôt qu'à l'histoire. Il a paru aussi que l'écrivain, malgré la précision habituelle de ses pensées et de son style, montrait quelque indécision de principes ; que, dans l'affectation d'un scepticisme un peu chagrin , il ne distinguait pas assez le courage civil de la passion politique , ou plutôt qu'il avait fait quelquefois du courage civil Une des formes de l'esprit de faction , au lieu d'y voir la vertu qui modère et surmonte les factions mêmes.

L'Académie mentionne honorablement ces deux discours.

D'autres mérites, et surtout une grande pureté de sentiment moral , une candeur qui n'est pas sans éloquence,, ont désigné pour le prix le n° 37, inscrit sous ces mots de M. Dupin : L'Hôpital est parmi nous le mo-^ dèle le plus parfait du courage civil. L'auteur est M. Pros per Faugère. , L'ouvrage forme un dialogue où paraît surtout le chancelier de l'Hôpital.

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Peut-être verra-t-on dans ce cadre , et surtout dans cette date , un moyen d'échapper à plusieurs difficultés du sujet , et de rejeter la leçon dans un lointain plus commode pour Tauteur et pour les juges.

Déjà , dans une autre année , un des concurrents avait traité la même question , en prenant pour interlocuteurs Cicéron et Brutus. C'était aussi remonter trop loin, et renoncer à la plus belle moitié du sujet, le monde moderne et chrétien , notre magistrature et nos communes.

Le jeune auteur qui s'arrête au chancelier de l'Hôpital garde une plus belle part. Il trouve , parmi les [fortes vertus d'un siècle orageux, d'éclatants modèles du courage civil, dans le guerrier, le ministre, le magistrat, le prêtre ; il a toutes nos passions politiques, sous la forme religieuse, et jusqu'à la république sous le nom d'hérésie. Il a la liberté à reconnsdtre et à défendre sous le nom de tolérance ; et s'il s'est privé de grands exemples plus récents, il y gagne, en revanche, cette impartialité d'éloge et de blâme , que le temps seul peut donner.

L'auteur, du reste , en appuyant sa fiction sur quelques circonstances historiques peu connues et bien choisies, a placé avec art le chancelier de THôpital en foce de Montaigne , l'homme de bien actif, le philosophe militant, près du rêveur paisible ; et alentour il a réuni , par de précieux détails, quelques noms oubliés qui méritent la gloire , et quelques vertus s'ignorant ellesmêmes, qui s'animent à la voix des deux sages.

Il a particulièrement fait sentir que le courage civil appartient à toutes les conditions comme à tous les temps; que ce n'est pas un ornement des grands jours , mais une vertu de pratique et d'usage, qui trouve partout sa place, et à laquelle chacun peut prétendre , depuis le juge de village jusqu'au roi : car le devoir est à la portée de tous.

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