RAPPORT SUR LA VIE DE PIB VU
mourant, il se souvenait encore de lui, et le trouva fidèle, comme un secours qui ne vient pas de la terre. Rome demeura Fasile de la famille proscrite du grand homme déchu. Pie VU lui* môme, près du terme de ses longs jours, proféra des paroles de douleur et de paix sur la fin cruelle de Napoléon , sur cette expiation prématurée de tant de gloire ; et ces deux Ames ont pu se trouver ensemble devant Dieu.
Certes, Messieurs, il n'est pas, dans les annales de nos jours, d'épisode plus instructif et plus moral. L'historien qui a choisi ce sujet, M. Artaud , en avait conçu la grandeur ; et il a recueilli toutes les notions originales qui peuvent la mettre en lumière. S'il n'est pas toujours impartial (et il faut l'être, même à l'égard de la force , surtout quand elle n'est plus), s'il a le tort d'être quelquefois moins gallican que Bossuet, et plus romain que Pie VU , son livre n'en offre pas moins une touchante lecture, animée sans cesse par les paroles et par la douce et noble physionomie du vertueux pontife.
L'esprit religieux et moral porté dans l'histoire , d'autres écrivains l'appliquent à l'étude même des maux et des besoins actuels de la société ; et c'est une des intentions que voulait surtout favoriser le fondateur de nos prix. Chaque année, l'Académie reçoit et juge des ouvrages où la philanthropie se mêle à la statistique , pour proposer d'importantes réformes. Ces ouvrages, ne fussent-lls que des essais ou des recueils d'expériences, méritent l'encouragement public.
Dans un temps où la législature, après avoir adouci les peines portées par la loi , doit s'occuper encore de ceux qui les subissent , l'Académie a distingué avec intérêt l'ouvrage de M. Marquet-Yasselot, d'un homme préposé depuis longtemps à la surveillance d'un vaste établissement de détention , dont il semble avoir fait une école
pénitentiaire. Son livre , V École des condamnés , nous offre les conférences mêmes du directeur de la prison avec ceux qu'il garde , et qu'il tâche de guérir. On éprouve un sentiment de respect, en voyant une vie si complètement dévouée à des devoirs si tristes ; et, d'après les témoignages les plus certains, on ne peut que bénir un travail qui a porté des fruits salutaires dans le séjour du crime, et qui a été récompensé par le bien qu'il a produit, avant de l'être trop faiblement par des médailles et des éloges.
L'Académie devait remarquer également, cette année, le travail de MM. Terme etMonfalcon, sur une question que l'éloquence d'un poëte illustre a portée récemment à la tribune nationale. Les Enfants trouvés , cette déplorable imperfection de nos sociétés modernes, qui a remplacé une barbarie atroce des sociétés antiques , ont inspiré de savantes recherches et des projets de réforme à deux hommes appelés par leurs fonctions à s'occuper de ce devoir public, dans une grande ville du royaume. Leurs vues, précises et sévères , ne s'accordent pas toujours avec celles qui s'offrent à la première inspiration du talent et du zèle : et cependant leur charité , plutôt éclairée que rigide , est tendre au malheureux , indulgente pour la faiblesse. En montrant, dans une belle introduction, ce que le christianisme a fait pour humaniser la société , ils indiquent tout ce que la civilisation peut faire encore pour éclairer l'emploi et perfectiotmer les bienfaits de la charité même. Cet ouvrage mérite d'être lu partout ; mais la justice qu'il obtient ici sera doublement sentie dans la ville de Lyon , où on connaît nonseulement le livre de MM. Terme et Monfalcon , mais les vertus qui leur ont servi, pour ainsi dire , à le composer, leur zèle assidu près des malheureux , et leur infatigable activité d^administrateur et de médecin dans la direction de deux grands établissements de charité.