‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 12 sur 72 · L AFFICHE DU PRLNCE JÉRÔME NAPOLÉON · texte numérisé non relu

L AFFICHE DU PRLNCE JÉRÔME NAPOLÉON

Gambetla avaient menés à la victoire, grâce à leur union patriotique et à des concessions mutuelles. Dans Tancienne Chambre, on comptait 394 républicains et 141 réactionnaires : la nouvelle comptait 457 républicains (réserve faite des 10 députés des colonies} et 90 réactionnaires dont 45 bonapartistes. Il y avait 204 députés nuance union républicaine,168 de gauche républicaine, 46 d'extrêmegauche et 39 du centre gauche. Gambelta, dont le fief électoral (20* arrondissement de Paris) avait été divisé en deux circonscriptions, et qui s'était présenté dans les deux, fut élu dans la première circonscription, et mis en ballottage dans la seconde : il s'était désisté par une lettre du 25 août qui consacrait sa rupture avec les intransigeants, dont les clameurs préméditées avaient étouffé sa voix à Gliaronne, dans la réunion publique du 17 août. Quant à M. Jules Ferry, il avait été élu dans Tarrondissement de Saint- Dié par 7 323 voix contre M. Revel (1 251 voix), et M. Ghampy (239 voix.)

Le rapport sur son élection fut présenté à la Ghambre par M. Léon Ghiris dans la séance du 31 octobre (J. off. du \" novembre 1881.)

L'afficho da prince Jérôme Napoléon. — Le ministère dn 21 téTrier 1883. — L'affaire des Princes.

L'année 1883 s'était tristement ouverte au milieu de l'immense émotion qu'avait causée la mort de Gambetta (31 décembre 1882). Après avoir refusé de subir la direction exclusive et un peu autoritaire de l'éloquent patriote dont le grand ministère n'avait duré que quelques mois (du 14 novembre 1881 au 27 janvier 1882), la Ghambre s'était complu à une sorte d'état anarchique, fait de contradictions et d'incohérences. M. de Freycinet (président du Gonseil du 30 janvier au 29 juillet 1882) avait laissé péricliter entre ses mains le rôle du pouvoir exécutif, en se traînant à la remorque d'une majorité inconsistante. D'une part, il avait igourné la revision, faute de pouvoir en trouver la formule; d autre part, il avait laissé voter la suppression du principe de l'inamovibilité de la magistrature (amendement Douville-Maillefeu, 5 juin 1882) auquel on substituait le principe de l'élection; puis, dans cette absence complète de direction, la majorité républicaine avait reconnu elle-même rim possibilité de réaliser cette réforme, en refusant, le 9 juin, d'adopter les mesurés transitoires que proposait la commission pour réorganiser le personnel judiciaire. Sur la question de la mairie centrale, les tergiversations du chef du cabinet avaient été encore plus lamentables : rien ne put décider M. de Freycinet, sénateur de la Seine, à dire comment il comprenait Vorganisalxon nouvelle qu'il s'était engagé à donner dès le 4 mars 1882 à la municipalité parisienne. A cet égard, la Ghambre tira le ministère

d'embarras, en rejetant, par 241 voix contre 161, Tordre du jour pur et simple que réclamait M. Goblel, et en votant Tordre du jour Devès-Gasimir Périer qui, par 256 voix contre 153, écartait nettement a la création d'une mairie centrale ». Enûn, dans Tordre de la politique extérieure, le vote déplorable du 29 juillet 1882, qui nous chassait de TÉgypte, au profit de l'Angleterre S était la conséquence fatale de la mollesse de M. de Freycinet qui n'avait pas cru devoir accepter Tautorisatiou d'agir à Suez, si le Parlement n'en prenait pas Tiniliative ; et il avait ajouté qu'il ne la sollicitait pas « de crainte de paraître avoir un dessein préconçu » {séance du {^juillet), — Le ministre avait laissé M. Clemenceau s'armer de celte déclaration du chef du cabinet : <c Je ne crois pas qu'il y ait lieu d'intervenir, dans Tétat de l'Europe » pour arracher à la Chambre un vote d'abdication qui comblait les vœux de l'Angleterre.

Le cabinet Duclerc (7 août 1882-29 janvier 1883) ne put qu'assister impuissant aux suites de celle abdication de la France en Egypte et à l'effondrement de son prestige extérieur.

Profilant de l'humiliation infligée au pays par ses propres représentants et du désarroi de Topinion publique, le prince Jérôme Napoléon crut le moment opportun pour rentrer en scène et, dans un manifeste placardé le 16 janvier 1883 sur les murs de Paris, où il faisait le procès des Chambres et accusait notre politique étrangère « d'avoir été lâche et inepte en Egypte » il réclama un plébiscite, pour nommer le chef de l'État. Le Gouvernement lit arrêter Tauteur de ce manifeste et la Chambre, après avoir adopté, dans la séance du 16 janvier, un ordre du jour deconflance, prononça l'urgence sur une proposition de M. Floquet qui interdisait le territoire de la France et de ses colonies à tous les membres des familles ayant régné sur la France. C'était là une situation singulière, car, en vertu de la loi sur la presse de 1881, l'affichage d'un manifeste était parfaitement licite sans autorisation préalable, et la destruction des placards du prince Napoléon semblait d'une légalité douteuse, de telle sorte que l'irritation de la Chambre risquait de frapper les princes d'Orléans, à raison de l'incartade d'un Bonaparte. Il devint bientôt difficile au faible ministère Duclerc d'arrêter le courant des propositions comminatoires des républicains radicaux qui, comme MM. Balluc et Lockroy, réclamaient la radiation immédiate des princes-ofOciers sur les cadres de l'armée, tandis que la Justice, journal de M. Clemenceau, demandait Texpulsion des banquiers israélites, de MM. de Rothschild notamment. Le projet déposé au nom du cabinet par M. Fallières, ministre de l'intérieur, tendait à autoriseï* et non à obliga" le Gouvernement à expulser par décret les membres d'une famille royale « dont la présence serait de nature à compromettre la sûreté de l'État ». Un autre projet, déposé par M. Devès, garde des sceaux, modifiait la loi sur la presse en réta-

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