CABINET FERRT, DU 31 FÉVRIER
M. LE Président du conseil. — « Sans parler de la magistrature, — qui vient de faire un grand pas.., »
A r extrême-gauche. — Un grand pas en arrière ! M. JoLiBOis. — La commission elle-même a donné sa démission ! M. LE Présidknt. — Laissez M. le président du Conseil poursuivre sa lecture.
M. LE Président du conseil, reprenant. — « Sans parler de la réforine de la magistrature, qui vient de faire un grand pas, et qu'il est de Thonneur du Parlement de mener à terme, — ni de la loi municipale, sur laquelle Taccord sera facile, croyonsnous, entre le Gouvernement et les Chambres, — ni des lois militaires, qui tiennent, comme Tarmée elle-même, la première place dans nos communes préoccupations... (Irès bien ! très bien I) — la Chambre amis à son ordre du jour la loi relative aux récidivistes... [Très bien! très bien /), attendue si impatiemment par le pays, et les propositions de loi relatives aux caisses de retraite pour la vieillesse et aux sociétés de secours mutuels [Très bien/ tf^s bien /), propositions qui, avec la loi sur les syndicats professionnels, marqueront d'un caractère particulier l'œuvre de cette législature. » [Très bien ! très bien!)
M. Larochb-Joubert. — Et les réformes sociales et fiscales ?
' M. LE Président du conseil. — « De notre côté, messieurs, nous vous présenterons très prochainement le budget ordinaire de 1884... [Très bien I très bien!) ([MX devra être réglé par les Chambres, comme il Ta été parle Gouvernement sur le principe de la plus stricte économie. [Nouvelle approbation,)
« Nous allons ouvrir les négociations avec les grandes Compagnies de chemins de fer... [Exclamations sur divers bancs), dans le ferme espoir qu*il en sortira des conventions équitables, respectueuses des droits de TËlat, et qui faciliteront Texécution des grands travaux publics, sans charger à Texcès notre crédit. [Très bien ! très bien!)
c< Nous vous apporterons également, dans un bref délai, la suite des mesures destinées à compléter Inorganisation du protectorat français en Tunisie. [Vifs applaudissements, — Bruit à droite), convaincus que cette organisation nous permettra de réduire rapidement, dans des proportions considérables, les charges de loccupation.
A droite. — Et Madagascar ?
M. LE Président du conseil. — « Messieurs, la politique extérieure de ce cabinet, comme celle do tous ses prédécesseurs depuis douze ans, ne peut être qu'une politique de paix. La paix est le premier besoin et Tinstinct profond de toute grande démocratie. Mais une politique paciHque n'est pas nécessairement une politique inactive. (7rès bien! très bien/)
« Partout, dans toutes les questions où nos intérêts, où notre honneur sont engagés, nous voulons, nous devons maintenir à la France le i*ang qui lui appartient. {Applaudissements,)
« C'est précisément pour conservera notre patrie son autorité morale et son crédit parmi les peuples qu'il importe de donner à l'Europe le spectacle d'un gouvernement plus sûr de son lendemain, mieux aimé contre les factions, quelles qu'elles soient {Nouveaux applaudissements), d'une administration forte et respectée, d'une République parlementaire reposant sur ces trois choses essentiellement françaises : le bon sens, le travail et l'amour du progrès. » (Applaudissements répétés.)
LUnterpellation Jolibois à la Chambre. — 2A février 1883.
M. Jolibois ayant immédiatement demandé à interpeller le Gouvernement sur la déclaration qu'il venait de faire « qu'il userait de droits supérieurs pour défendre la République », cette interpellation fut fixée au 2i février, ainsi qu'une autre de M. Laisant, abandonnée par son auteur et reprise par le prince de Léon, le baron Reille et le comte Lanjuinais, sur les mesures que le Gouvernement comptait prendre à l'égard des membres de familles ayant régné en France qui occupaient des emplois dans l'armée.
An début de la séance de la Chambre en date du 24 février <, M. Jolibois, à l'appui de son interpellation, demanda brièvement au président du Conseil ce qu'il fallait entendre par ces mots de la déclaration ministérielle :« Si la République rencontrait quelque jour des conspirateurs sérieux, elle trouverait dans son droit supérieur, etc., les pouvoirs qui n'ont jamais fait défaut à un gouvernement i-égulier. » L'orateur ajouta qu'en dehors du droit écrit, on ne pouvait soutenir qu'il y eût un prétendu droit innomé, permettant à l'arbitraire et au caprice ministériels d'intervenir et de se substituer à la légalité.
M. Jules Ferry répondit ainsi qu'il suit :