V. YOfficiel (lu 7 mare
de M. Ribot ; il essaya de mettre en contradiction avec lui-même M. Jules Ferry, qui avait combattu en 1881 le principe même de la revision, et avait affirmé à Épinal que les élections ne se feraient pas sur le terrain de la revision. Toutefois, Torateur reconnut que H. Jules Ferry, en 1883 comme sous le cabinet Freycinet, réclamait Tajournement de la revision. M. Clemenceau pensait que le Sénat voterait la re vision quand le Gouvernement lui demanderait de la voter, d'autant plus qu'il n'y avait pas plus de 90 députés demandant la suppression du Sénat. Mais on comptait 300 députés révisionnistes, et il fallait saisir l'occasion favorable d'aboutir. Le Sénat ne pouvait indéfiniment résister à la volonté nationale. Pourquoi le ministère dit-il :« Il faut attendre ? » Qui sait quels événements se produiront avant le début de l'année 1885? Il convenait de mettre le pays à l'abri des révolutions et des crises en lui donnant une Constitution non plus monarchique, mais fondée sur le complet exercice de la souveraineté nationale. On devrait procéder comme en Angleterre où la Chambre des lords ne résiste jamais longtemps aux lois que la Chambre des communes lui renvoie à plusieurs reprises. M. Clemenceau se prononçait pour une politique d'agitation qui, suivant lui, était u l'action réglée » et Tordre véritable, la vie démocratique des pays libres. En écoutant la voix du pays, on éviterait le retour des crises violentes, car « il y a des hommes pour qui l'attente est douloureuse et cruelle », et l'orateur de l'extrêmegauche termina par ces mots : « Sous la monarchie, on disait : « Le Roi a failli attendre. » Faites que, dans la République, nul n'ait, à un moment donné, raison de dire : « J'ai trop attendu. »
M. Jules Ferry répondit à M. Clemenceau par le discours qui suit' :
Discours du 6 mars 1883, à la Chambre.
M. JuLKB Ykruy, président du conseil, ministre de rinstruct'ion publique et des beaux-arts. — Messieurs, les honorables membres de ce côté de la Chambre {V orateur désigne la gauche), qui semblent préoccupés de l'heure tardive, peuvent se rassurer. Je n'ai pas l'intention de suivre l'honorable M. Clemenceau dans le domaine de la politique générale, qu'il a tout entière embrassée...
M. Clemenceau. -— Après vous!
M. LE Président du conseil. — J'ai le dessein de prendre dans son discours les idées, les propositions — il y en a deux —
]. Voir VOfficiel du 7 mars 1883.
qui tendent à obtenir de la Chambre qu*elie vote la prise en considération de la résolution relative à la revision.
Tout le discours de H. Clemenceau, si Ton en élague tout ce qu*il a dépensé d'éloquence, de gr&ce, d'érudition politique, peut tenir dans ces deux propositions : <c La revision est possible à cette heure; elle serait impossible dans dix-huit mois. » Je n'hésite pas à qualifier ces deux propositions de véritables paradoxes politiques. (Trèt bien! très bien/)
La revision est possible à cette heure. C'est l'opinion de M. Clemenceau. Il connaît mieux que nous les sentiments du Sénat, il lit au fond des cœurs, il a des moyens à lui (Oh! oh!) de sonder les consciences, et il est tellement sûr de ce que pense le Sénat, à Tendroit de la révision, qu'il nous a confessé tout à l'heure qu'il avait empêché ses amis de courir à un échec certain en la demandant devant l'autre Chambre. (Aires à gauche et au centre.)
Un membre à V extrême-gauche. — Il n'a pas dit cela !
M. LE Président du conseil. — La revision est possible aujourd'hui, a dit M. Clemenceau, parce qu'aujourd'hui le Sénat se voit offrir des garanties qu'il n'aurait pas plus tard, ou qu'il n'avait pas auparavant. Des garanties? on n'a pas dit lesquelles. Je ne crois pas, dans tous les cas, que le discours que vous venez d'entendre soit accueilli par le Sénat comme une de ces garanties indispensables, préalables à toute revision, car ce discours se résume tout entier en une seule pensée, en un seul vœu, en une seule théorie : l'abolition radicale du Sénat.
M. Vernhes. — Ce n'est pas exact!
M. LE Président. — Monsieur Vernhes, veuillez faire silence.
M. LE Président du conseil. — N'est-ce pas le procès fait à l'institution elle-même, non seulement au Sénat, issu de la Constitution de 1875, mais à toute espèce de seconde Chambre, que cette théorie du conflit qui a tenu une si grande place dans le brillant discours de mon honorable contradicteur? Ne l'avezvous pas vu relever un à un tous les désaccords qui ont pu se produire entre les deux Assemblées, et les envelopper tous dans ce mot dur, excessif de conflit, mot qui n'est nullement conforme, messieurs, nia la vérité des choses, ni au sentiment des intérêts
J. Ferat, DUeourt, VI. 8
publics, et qui n'est véritablement pas à sa place dans un vrai langage politique. {Humeurs sur plusieurs bancs.)
Je dis, messieurs, que ce mot n*est pas d'un bon'Jangage politique, à supposer, bien entendu, que Ton veut défendre, que l'on veut améliorer, que Ton veut reviser la Constitution fondée sur le système des deux Chambres. Je sais bien que ce n'est pas le sentiment de l'honorable M. Clemenceau, qui tient pour la Chambre unique, mais c'est assurément le sentiment de la magorité, de la presque unanimité, et je pourrais dire, sans m'avancer beaucoup, de l'unanimité absolue du Sénat.
Eh bien, quand on veut tenir compte du sentiment des deux Chambres, quand on veut maintenir le principe de la dualité des Assemblées législatives, je dis qu'il est d'une mauvaise politique d'appeler conflit toute espèce de désaccord.
Ainsi, parce qu'il y a dissentiment entre la Chambre et le Sénat sur une seule disposition de la loi des syndicats professionnels, vous vous êtes écrié que le Sénat a fermé la porte des réformes devant le suffrage universel ; qu'il repousse en masse les lois de liberté, qu'il repousse en bloc tous les progrès économiques.
N'est-ce pas là la preuve d'une profonde injustice? Comment! vous relevez un à un tous ces dissentiments qui se sont produits, depuis cinq ans, dans notre histoire parlementaire. Mais^ messieurs, c'est l'histoire de tous les pays qui vivent sous une Constitution fondée sur deux Chambres. On a souvent cité le mot spirituel de M. Thiers, qui disait : « Je vais prendre deux députés républicains, je les mettrai dans deux Chambres séparées, et, dès ce jour-là, ils ne seront plus d accord. » {Rires et applaudissements.)
M. DE Baudry d'Asson. — Voilà Tunioa républicaine! Oui, messieurs, applaudissez !
M. LB PuiisiDBNT DU CONSEIL. — Quant à moi, messieurs, qui suis profondément attaché au système de gouvernement qui repose sur les deux Chambres, quant à moi qui suis sincèiement convaincu que la dualité des Assemblées est le seul moyen de faire fonctionner le régime parlementaire ; quant à moi qui crois, d'autre part, qu'il est impossible d'établir autre chose en France, si l'on veut un gouvernement libre, qu'une République
parlementaire, je tiens que ce système est pour nous et la vérité politique et le salut. Et je m'étonne de voir un esprit aussi distingué et aussi souple que Thonorable M. Clemenceau tellement préoccupé et hanté par la passion de la Chambre unique qu*il ne peut pas faire Teffort nécessaire pour accepter un seul instant la théorie des deux Chambres. Cette théorie suppose nécessairement, à un moment donné, un dissentiment enti*e les deux assemblées! Et qui les départage alors? C'est Topinion, messieurs ! {Applaudissements au centre.)
M. Eugène Delattre. — L'opinion est avec nous !
M. LB Président du conseil. — Vous représentez, fort injustement à mon gré, TAssemblée qui siège au Luxembourg comme une Assemblée de conflit, comme un « Sénat-obstacle », obstacle qu'il faudrait, avant tout et toute affaire cessante, faire disparaître du terrain politique; là, dites-vous, là est le péril, là est Tennemi I
Messieurs, permettez-moi de vous dire que vous méconnaissez rhistoire récente de la seconde Chambre.
Vous citez à grand bruit, vous retracez sous de sombres couleurs tous les désaccords qui ont existé entre la Chambre des députés et le Sénat... (Très bien! très bien! au centre et à gauche)... mais vous oubliez les réformes importantes qui ont abouti par leur accord et par leur entente cordiale I [Applau^ dissements à gauche et au centre.) Vous oubliez que cette politique de transaction entre les deux Chambres que nous préconisons ici, suivie par la grande majorité républicaine de cette Assemblée, a permis d'accomplir la plus grande réforme qui ait été faite dans ce siècle, la plus difficile à obtenir : vous oubliez que le Sénat a voté Técole laïque, la séparation de récole et de TËglise, dans l'absolue acception du mot. [Applaudissements.)
M. Clemenceau. — On enseigne le catéchisme dans vos écoles !
M. LE Président du conseil. — Et pourquoi, messieurs, Ta-t-il votée, cette loi scolaire qui a fait votre honneur et qui fera notre force? C'est parce qu'il a senti que l'opinion la lui imposait, et parce que, au retour dés élections de 1882, il s'est trouvé une majorité toute faite pour accepter la réforme pleine,
entière, radicale, qui est sortie de la grande consultation du suffrage universel. Eh bien, je dis qu'après un tel exemple, il n'est pas permis d'apporter ici ce que j'appellerai la théorie du désespoir. Oui, c'est une théorie de désespéré que vous avez apportée à cette tribune , mon honorable contradicteur : car , d'une part, vous avez déclaré que la revision serait impossible dans dix-huit mois, et, d'autre part, vous avez soutenu cet autre paradoxe qu'elle est possible actuellement {Oui! oui! à gauche), tandis que, pour les gens de bon sens, à l'heure qu'il est, elle est impossible. Je vous répète que vous êtes un révisionniste désespéré et désespérant. {On rit.)
M. Camille Pellbtan. — Vous êtes un révisionniste résigné !
M. LE Président du conseil. — Quant à moi, qui ne désespère ni du bon sens du Sénat, ni du sentiment politique de cette Chambre, car il faut cette alliance pour ouvrir ces grandes assises d'où sortiront les réformes constitutionnelles nécessaires... (Applaudissements au centre), je ne puis m'empécher de faire remarquer à la Chambre combien le discours qu'elle vient d'entendre est de nature à peu avancer la revision.
Je l'appelais un discours de découragement. Je me trompe: c'est plutôt un discours très encourageant pour ceux qui ne veulent pas de la revision. Car, s'il y a au Sénat, et vous n'en doutez pas, un parti de la résistance à la revision, ce parti entendra et lira avec grand plaisir les déclarations, les démonstrations que vous avez apportées à cette tribune pour établir que la revision à la fin de 1884 est une chimère. Je dis que, si le parti de la résistance à la revision, dans le Sénat, était comme vous convaincu que, vers la fin de 1884,1a revision sera impossible, voire argumentation ne pourrait que doubler ses forces pour le pousser à y résister actuellement. {Rumeurs sur divers bancs à gauche et à droite,)
Mais, messieurs, Thonorable M. Clemenceau est, au fond, si peu sûr de la vérité de cette proposition, qui est un des points principaux de son discours, à savoir que la revision est possible aujourd'hui, qu'elle peutétre demandée avec efficacité au Sénat, — il en est, dis-je, si peu sûr, qu'après nous avoir dit qu'il avait détourné ses amis de faire une tentative vouée à un échec infaillible, il estimait que c'était à l'initiative gouvernementale
de se saisir de la question et de la porter devant l'autre Chambre. £h bien, messieurs, nous en sommes désolés ; il nous faut répéter ce que nous avons déjà eu Thonneur de dire h la Chambre. Pour faire une œuvre de cette importance il faut y croire, il faut en croire le succès possible ; nous n'y croyons pas.
Un membre à r extrême-gauche, — Vous le désirez.
M. LE Prébidsnt du cx)K8bil. — Nous ne croyons pas qu'il soit possible de faire la démarche dont M. Clemenceau nous fait rhonneur de nous charger. £t nous lui disons : « Si vous êtes si convaincu, allez*y vous-même, monsieur Clemenceau. [Applaudissement à gauche et au centre.) Prenez les affaires. »
M. GiiLLOT (Isère). — Cela viendra peut-être.
H. LB Président du conseil. — « Allez soutenir au Sénat une politique qui est la vôtre, mais ne nous demandez pas de nous faire au Sénat les organes et les défenseurs de cette politique, qui est précisément le contraire de nos idées. »
L'honorable M. Clemenceau a dit avec beaucoup de raison que la questton ministérielle jouait ici un rôle absolument secondaire.
Oui, messieurs, vous avez devant vous des hommes qui ne cherchent nullement â tirer des circonstances difficiles qui les ont amenés à la direction des affaires je ne sais quel droit de vous faire violence, d'exercer sur vos esprits une pression illégitime ou excessive, et de se poser en ministère nécessaire.
Cela est bien loin de notre pensée; nous n'avons aucun dessein de ce genre.
Il n'y a pas, messieurs^ de ministres nécessaires, à aucun moment de la vie du Parlement, et nous en sommes si convaincus que nous avons voulu, au début de notre administration, — qui ne peut durer que par votre confiance, — vous poser des questions nettes, claires, et vous mettre en présence d'une politique simple et loyale. [Applaudissements au centre.)
Messieurs, vous prononcerez, et, si vous croyez, comme l'honorable M. Clemenceau s'est étudié à le démontrer ou du moins à le faire paraître dans une partie de son discours, que cette revision que nous vous avons exprimé le désir de tenter dans le délai que j'ai indiqué, avec votre aide et par l'action
lis DISCOURS DE JULES FERRY.
(l'un gouvernement stable, durable, fort... [Oh! oh! à V extrêmegauche), et avec le concours de Tautre Chambre... [Applandhsements au centre et à gauche) y si vous croyez que tout cela n'est qu'une comédie...
Un membre à l'extréme-gauche. — Absolument! ( Vives protestations et cm ; A l'ordre! à f ordre!)
M. LE Président. — Je rappellerais Tinterrupteur à Tordre si je le coanaissais.
M. TiE Président du conseil. — Si vous croyez qu'en vous disant qu'il convient d'ajourner la revision dans l'intérêt de la revision elle-même... {Exclamations sur divers bancs à gauche et à droite), nous avons le dessein de l'enterrer, de l'effacer du programme des réformes à accomplir; si vous croyez que nous avons falsifié la vérité en venant hier à la tribune vous déclarer solennellement devant la France comment nous entendions la revision dans les éventualités de l'avenir, oh! alors, n'hésitez pas à nous renverser d'un vote vengeur. [Exclamations ironiques à droite, — Applaudissements au centre,)
M. Loi'is GriLLOT (Isère). Je demande la parole. M. Geobges Roche. — On peut se tromper sur Favenir sans encourir le reproche de falsifier la vérité.
M. LE Président du conseil. — Et si vous éprouvez un doute, si vous ne croyez pas à notre entière bonne foi, si notre loyauté politique et parlementaire n'est pas à vos yeux un fait acquis...
M. Louis Glillot (Isère). — Mais non! ce n'est pas votre bonne foi que nous mettons en doute. (Bruit.)
M. LE Président du conseil. — ... Si vous ne croyez pas à noire entière bonne foi, si notre loyauté politique et parlementaire n'est pas à vos yeux un fait acquis..., si vous n'y croyez pas, vous voterez contre nous. Nous ne voulons ici que les voix des républicains qui nous estiment assez pour croire à notre bonne volonté, pour croire aux promesses que nous avons faites. (Bravos au centre et sur un certain nombre de bancs à gauche,)
M. Clemenceau. — Ce n'est pas votre bonne foi que nous avons mise en doute, c'est votre clairvoyance.
M. Vernhes. — Vous vous trompez, voilà tout, [Bruit prolongé.) . M. LE PrésidejNT. — Veuillez faire silence.
M. LE Président du conseil. — Si vous doutez ou de notre loyauté ou de notre clairvoyance, ne nous laissez pas une minute de plus sur ces bancs; mais, s*il y a dans cette Chambre une m^yorité ayant conflance dans le ministère, qu'elle le dise, et qu'elle le dise sous la forme que nous lui demandons de donner à ce témoignage de ses sentiments, envolant pour le rejet de la prise en considération. {Applaudissements répétés et prolongés au centre et à gauche, — Aux voixf aux voix!)
Le débat se termina : 1' par une déclaration de M. Achard, faite an non d*un certain nombre de ses amis politiques, qui portait que, tout en désirant « laisser le cabinet faire Tépreuve de ses procédés gonvernementaux », ce groupe de députés radicaux ne pouvait se rallier à la demande d'ajournement; 2*" par une autre déclaration de M. Antonin Dubost, au nom d'un groupe de députés plus opportunistes, qui se prononçait pour le refus de la prise en considération demandée par le minist^re, afin « de procurer au Gouvernement la istabilité indispensable à la bonne marche des affaires publiques, et d'arriver ainsi plus sûrement à une revision constitutionnelle ». Puis, M. Sadi Garnot et plusieurs de ses collègues déposèrent Taraendement suivant aux conclusions de la commission : « La Chambre, confiante dans les déclarations du Gouvernement relatives à la revision des lois constitutionnelles, déclare qu'il n'y a pas lieu de prendre en considération les propositions de MM. Barodet et Andrieux. »
Le président du conseil ayant déclaré se rallier « avec recon» naissance » à la rédaction de M. Sadi Carnot « qui ne faisait qu'accentuer encore la confiance accordée au Gouvernement », M. Rouvier demanda la division, parce qu'un certain nombre de ses collègues et lui-même ne voulaient pas subordonner la prise en considération de proposition sur la revision à une question de confiance envers le Gouvernement.
M. Jules Ferry remonta à la tribune et présenta les explications qui suivent :
M. LE Président bu conseil. — Messieurs, je monte à la tribune pour faire plus de clarté encore.
J*ignore si le règlement impose la division, et je ne sais pas si M. le président, en vertu de son autorité suprême, puisque lui seul peut interpréter le règlement, va proposer à la Chambre le vote par division; je tiens seulement à dire que, pour le Gouvernement, les deux parties de la résolution sont entièrement liées, absolument connexes, et qu'il ne pourrait accepter un vote de confiance sur la première partie et un vote de défiance
m DISCOURS DE JULES FERRY.
sur la seconde partie de la résolution proposée. [Applaudissements sur un grand nombre de bancs. — Bruit.)
M. Rouvier ayant maintenu sa demande de division, le président mit d^abord aux voix le premier paragraphe de l'amendement Garnol : « I^ Chambre, conOante dans les déclarations du Gouvernement relatives à la revision des lois constitutionnelles. » Il fut adopté par 332 voix contre <32.
La seconde partie « ... déclare qu'il n'y a pas lieu de prendre en considération les propositions de MM. Barodel et Andrieux » obtint 297 voix contre 199, et Je vote sur l'ensemble de l'amendement donna 304 suffrages au ministère contre 166.
Discours du 9 mars 1883, au Cercle National.
Battue à la Chambre et en présence d'une majorité compacte qui ne permettait pas un relour oHensif, Textrème-gauche essaya de provoquer l'agitation dans la rue et d'exploiter les souffrances réelles de la classe ouvrière que la crise du bâtiment réduisait à un chômage momentané.
De là le meeting du 9 mars sur l'esplanade des Invalides, que la police dispersa aisément, et le pillage de quelques boulangeries dans la journée du 9 mars. M. Paul de Cassagnac ayant transformé, ie lendemain, en interpellation une question de M. Deluns-Montaud sur ces désordres. Tordre du jour pur et simple, demandé par le Gouvernement, fut adopté par la Chambre, et ie scrutin donna 391 voix contre 0, la droite et une partie de Textrême-gauche s'étant abstenues.
Le jour même du meeting des Invalides, M. Jules Ferry prononça, dans un banquet que lui offrit le Cercle National, un remarquable discours où il exposa ses vues politiques. Le voici :
Messieurs, chers collègues, chers concitoyens, et j'ose ajouter, chers amis, — car c'est, j'imagine, le privilège de celte table presque familiale de peimettre à notre parole des libertés qu'elle n'aurait pas ailleurs; ~ il y a bien des raisons pour que je me sente le cœur rempli d'une émotion sincère, au moment où je me lève pour répondre au toast, si spirituel et si cordial, de mon cher et honorable ami M. Foucher de Careil. Je suis bien ému de l'accueil que vous me faites, car j'en sens tout le prix. Je ne puis oublier, en effet, que le Cercle National, si bien constitué, si bien organise d'après la pensée fondamentale qu'indiquait tout à l'heure son honorable vice-président, une pensée d'union entre les républicains, et qui s'est ouvert aux
DISCOURS AU CERCLE NATIONAL. lU
républicains des deux Chambres, aux républicains de Tadmi* nislration et aux républicains de dehors, n'appartenant ni aux Chambres ni à Tadministralion, pour marquer avec plus de précision et plus d*éclat la grande unité du parti républicain Je ne puis oublier, dis-je, que ce cercle, que ce cenlre d'union républicaine n'a pas prodigué cetle sorte de consécration, permettez-moi le mot, dont je me sens, à cette heure, si profondément honoré.
Il ne Ta donnée que deux fois : d'abord, à l'homme, éminent entre tous, qui représente, pour la France et pour l'Europe, cette grande chose qui fait notre force : la République rassurante.
Il l'a reçue ensuite, celte consécration amicale, celui qui s'est assis à celte table, à cette même place que j'occupe, et qu'il me semble y voir encore Oui, j'étais là, il m'en souvient ; j'assistais à ce banquet, où une foule enthousiaste et nombreuse — plus nombreuse encore qu'aujourd'hui, car les représentants desnationalHés étrangères avaient tenu à y prendre leur place ~ accueillait et fêtait Gambetla, c'est-à-dire le vainqueur des dernières et décisives batailles républicaines, c'est-à-dire rimage superbe et vivante de la République triomphante, triomphante sous son commandement, triomphante sous sa parole puissante et vengeresse...
. Messieurs, si je réveille ici ce noble, ce douloureux souvenir, ce n'est pas seulement pour raviver des regrets impérissables, pour déplorer une fois de plus la fragilité infinie des choses humaines, pour dire aussi, sans doute, que nul ne le remplacera, parce que nul n'eut jamais l'âme aussi grande, mais pour attester, en même temps, les grands devoirs qui s'imposent à ceux qui ont pris après lui le dépôt de la République, comme ces coureurs antiques se passant, l'un après l'autre, le flambeau qui représentait les destinées de la Patrie. Ceux-là, messieurs, tiennent à le dire et ils peuvent se rendre à eux-mêmes ce témoignage, que ce que voulait ce grand orateur, cette grande intelligence et cette grande âme, ce qu'il voulait, c'est ce que nous voulons nous-mêmes et ce que nous tâcherons de faire après lui : c'est un gouvernement dans la République.
On peut, messieui-s, — la chose est déjà de mode et se dit couramment, il n'y a pins à y revenir, — on peut nous qualifier de ministère autoritaire et de ministère de résistance. Voilà
in DISCOURS DE JULES FERRY.
bien la formule et Taffaire est entendue : nous sommes doréna-^ vant, à tout jamais, baptisés ministère autoritaire et ministère de résistance.
Ministère autoritaire, messieurs... Et pourquoi pas?
Cela dépend du genre d'autorité que nous voulons exercer, et à moins de soutenir que l'idéal d'un ministère est de ne pas avoir d'autorité, il faut bien reconnaître qu*un ministère autoritaire qui puiserait uniquement son autorité dans le consentement sans cesse renouvelé, sans cesse mis à l'épreuve des deux Chambres, n'aurait rien de commun avec Tautorité sous sa forme odieuse et tyrannique, que la France a malheureusement subie.
Un ministère autoritaire est même un ministère qui tient moins à l'autorité qu'un autre, puisqu'il ne se dérobe à aucune question, puisqu'il aime à s'expliquer franchement sur toutes choses, et qu'il est tout prêt à quitter l'autorité, s'il n'est plus d'accord avec ceux qui la lui confèrent.
Je ne veux pas dire que le fond d'un ministère autoritaire ainsi compris, ce soit une espèce d'affectation de mauvaise humeur, de mauvais caractère, et comme une habitude de mettre, pour ainsi dire, son portefeuille au bout de toutes ses affaires. Oh ! cela, messieurs, ce serait la caricature du ministère autoritaire. Un ministère autoritaire, tel que je le comprends, c'est-à-dire représentant l'autorité des Chambres, est tenu de considérer qu'en politique, et surtout en politique parlementaire, la belle humeur est une force et un devoir.
Il faut donc être de bonne humeur... Ah ! messieurs, je vous assure que ce n'est pas toujours commode, par le temps qui court ! Je ne sais pas ce que penseraient des difficultés de l'heure présente ceux qui nous ont précédés, il y a quarante ans, dans la bataille parlementaire. Je crois que, il y a quarante ans comme aiiyourd'hui, les ministères étaient fort attaqués, qu'ils étaient diffamés et outragés ; et je me rappelle toujours un mot de l'illustre M. Thiers : « Les journaux, la presse, disait-il, je ne m'occupe pas de tout cela : je suis un vieux parapluie sur lequel il pleut depuis cinquante ans ! »
Moi, messieurs, je suis un parapluie moins vieux, mais j'ai déjà reçu beaucoup d'averses. Je vous assure que je ressens peu les outrages de la presse. Le ton de la polémique s'est certai-