LA CRISE OUVRIÈRE
M. Haëntje!(S. — Les salaires ont baissé de 30 à 40 p. iOO. M. LK Président. — N'interrompez donc pas, monsieur Haëntjens I M. Haëntjens. — C'est pour ne pas prendre la parole, monsieur le président! {Rumeurfi,)
M. LB Président du conseil. — Quant à la crise qui sévit sur rindustrie si parisienne du mobilier, elle est grave, et le Gouvernement en est très préoccupé; il estime, en eflfet — et il n'a pas attendu le conseil bienveillant de M. de Baudry dAsson pour être de cette opinion {Rires approbatifs à gauche) — il estime que le rôle d*un gouvernement démocratique n'est pa$ seulement de maintenir Tordre dans la cité, mais qu'il a, vis-àvis des masses laborieuses, desdevoirsde haute tutelle auxquels la République ne faillira pas. [Applaudissements à gauche et au centre.)
Il est, messieurs, divers moyens de venir en aide à une Industrie souffrante ; nous les avons déjà examinés. Il y a d'abord du travail à trouver : ainsi, nous allons mettre en adjudication un certain nombre d'entreprises d'ameublement considérables qui dépendent de l'État ; nous espérons que la Ville de Paris nous aidera dans cette voie, et qu'elle voudra prochainement, très prochainement, mettre en adjudication les travaux, si importants, qui se rattachent à l'Hôtel de ville. Nous allons mettre en adjudication immédiate les travaux, qu'on pouvait ajourner, de l'ameublement de l'hôtel des Postes, qui sont également un travail considérable; nous ferons de même pour l'ameublement du lycée Lakanal, à Sceaux. Nous espérons faire mieux encore. [Très bien! très bien ! à gauche.)
Il y a, messieurs, une autre question grave, d'une portée générale et permanente, qui pèse sur la situation des ouvriers parisiens : c'est la question des loyers, la question des petits logements, des logements d'ouvriers; nous l'avons étudiée, et nous prenons l'engagement de vous apporter, à votre retour, non point de vaines promesses, non point des demandes de crédits, qui, sous forme d'assistance, sont des palliatifs insufflsants... [Applaudissements à gauche et an rentre, — Rumeurs rt droite) ... et d'ailleurs repoussés par le sentiment des classes ouvrières à Paris, mais des solutions pratiques, des solutions dignes de la République et de la France.
Nous vous prions, sous le bénéfice de ces deux considé-
rations, de repousser la demande d'urgence. [Nouveaux applaudissements à gauche et au centre,)
Malgré riasistance de M. de Baudry d'Asson, la Chambre consultée se prononça contre l'urgence de la proposition. La Chambre put s'ajourner pour les vacances de Pâques pleine de confiance dans la fermeté du ministère qui avait prévenu par sa vigilance les désordres annoncés pour l'anniversaire du i8 Mars, et lait repousser, par 384 voix contre 84, la demande d'amnistie présentée par M. Henri Maret en faveur des condamnés de Montceau-les-Mînes et de Lyon, tout en mettant à l'élude les moyens pratiques d'assurer du travail aux vrais ouvriers. Partout éclatait la satisfaction du pays de se voir enfin gouverné !
Situation budgétaire. -~ La conyersion.
Le désir, fort honorable d'ailleurs, que le gouvernement républicain avait manifesté depuis 1878 de faire marcher de front les grands travaux publics, l'amortissement et les dégrèvements, avait entraîné un développement un peu inquiétant du budget ordinaire. Les désastres de l'Année terrible, en créant la nécessité de faire face à une dépense de o milliards et demi, sans parler des 1 200 millions jugés indispensables pour la reconstitution des armements et du matériel militaire, ni de la dette de 1 500 millions contractée envers la Banque de France, s'étaient traduits par l'émission d'un capital nominal de 6 milliards 800 millions de rentes 5 p. 100, et par des impôts correspondant aux arrérages de la dette publique.
Telle était cependant la solidité financière du pays que ces impôts, évalués à 720 millions, avaient produit 1 028 millions, grâce à la progression normale de la prospérité des années 1874 à 1876. Mais cette prospérité même avait poussé les cabinets successifs à se lancer, non sans imprudence, dans la voie des dépenses plus ou moins productives, combinées avec des dégrèvements d'impôts. Puis les mauvaises récoltes, le phylloxéra, la crise agricole étaient venus, causant une perte énorme aux fortunes particulières. Les exercices 1882 et 1883 s'annonçaient comme devant se régler par des déficits de 250 ou 300 millions.
L'exposé des motifs du budget de 1883 constatait que la dette flottante atteignait le chiffre de 2 milliards, et l'on prévoyait, pour celui de 1884, un déficit de 350 à 400 millions. On n'en était plus au programme financier de M. Léon Say : « Ni conversion, ni émission, ni rachat, » et l'on ne pouvait pas poursuivre indéfiniment le système des emprunts en 3 p. 100 amortissable pour solder les travaux publics. Le ministre des finances, M. Tirard, pour alléger les embarras du Trésor, avait déposé, le 19 avril 1883, à la reprise de la session, un projet de loi tendant à la conversion des rentes 5 p. 100
en 4 i/2 p. iOO, dont le Gouverneinenl espérait un bénéfice d'environ 34 millions, somme insuffisante, pour équilibrer le budget, même en portant aul recettes 35 raillions à provenir des remboursemeuls éventuels des compagnies de chemins de fer; et le budget extraordinaire n'avait pas été déposé, le 3 mars, avec le budget ordinaire, parce qu'on attendait Tissue des négociations entamées avec les compagnies de chemins de fer pour mettre à leur charge tout ou partie des frais de construction des lignes nouvelles.
Un grand débat s'engagea le 23 avril 1883 à laChambre sur le projet de conversion du 5 p. iOO, et le ministre des finances en exposa leconomie*. Le lendemain le baron de Soubeyran critiqua vivement l'opération projetée, et s'éleva contre les emprunts de 7 à 800 millions par an, sous forme de rente amortissable ou toute autre, pour exécuter le programme Freycinet par les soins de l'État et non par le concours de l'industrie privée, ce qui aurait entraîné une majo-* ration de dépenses d'au moins 30 à 35 p. 100.
La conclusion de l'orateur, c'est qu'il fallait que l'État renonçât à exécuter lui-même les travaux publics, et qu'on arrivât promptement à signer les conventions avec les compagnies de chemins de fer pour arrêter le budget extraordinaire. Après un hors-d*œuvre de MM. de Baudry d'Âsson et Paul de Cassagnac sur les traitements des fonctionnaires de la République, auxquels le rapporleur, M. Naquel, opposa les traitements des gros fonctionnaires du second Empire, M.Âllain- Targé développa un amendement de M. Lockroy, tendant à convertir le 5 0/0 en tilres 3 0/0, portant jouissance du 16 août 1883, à raison de 4 fr. 50 p. 400 pour 5 francs de rente jusqu'au 16 août 1893, et de 4 fr. de renie après celte date. Un coupon supplémentaire serait attaché pendant dix ans aux nouveaux titres 3 p. 100.
Combattu par le ministre des finances, M. Tirard, cet amendement fut rejeté par 324 voix contre 81.
D'autres propositions de M. Laroche-Joubert, de M. Sourigues ne furent pas plus heureuses, et l'arlicle 1*' du projet fut adopté par 388 voix contre 94. Puis, de nombreux députés montèrent à la tribune pour demander l'affectation du produit de la conversion à des dégrèvements en faveur de l'agriculture. M. Gaudin réclamait 20 millions (rejeté par 247 voix contre 143.) M. de la Rochefoucauld voulait qu'on remit aux établissements de bienfaisance, détenteurs de 5 p. 100, des titres de rentes 4 i/2, représentant un revenu égal à celui dont ils jouissaient en 5 p. 100. (Rejeté également, par 363 voix contre 98.)
La séance, suspendue à sept heures, fut reprise à huit heures et demie, pour la discussion de l'article 2. M. de Douville-Maillefeu demanda la suppression de cet article, qui suspendait l'exercice du droit de remboursement de l'État pour les nouvelles rentes 4 1/2 pendant un délai de dix années, à courir du 16 août 1883.
L'orateur soutint que les députés futurs pourraient supprimer ce