‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 27 sur 72 · V. VOfficiel du 2 août · texte numérisé non relu

V. VOfficiel du 2 août

UNTERPELLATION GAILLARD. 165

accepter que Tordre du jour pur et simple. [Applaudissements sur divers bancs au centre et à gauche. — Mouvement prolongé,)

M. Ribot, visiblement irrité par rinlervention du chefdii cabinet, répliqua qu'il adressait au Gouvernement non une injonction de nature à blesser sa fierlé, mais une invitation qui répondait au sentiment de la presque unanimité de la Chambre, et il (U une allusion assez vive « aux personnages graves, investis de hautes fonctions judiciaires qui, au lieu de rester sur leurs sièges à la Cour de cassation, se livrent à des démarches compromettantes pour la dignité de la magistrature». Il visait ainsi M. Cazot, premier président de la Cour de cassation, qui devait se présenter dans le même canton que le substitut d'Orange, et qui, d'ailleurs, avait retiré sa candidature. M. Charles Floquet ayant appuyé Tordre du jour de M. Ribot, M. Jules Ferry réclama en ces ternïes le vole de Tordi-e du jour pur et simple, qui fut voté par 265 voix contre 177 :

M. LE Présidext du conseil. — Messieurs, il me semble que mes déclarations avaient été parfaitement claires; et le doute qui parait subsister dans Tesprit de Thonorable M. Floquet ne s'explique pas à mes yeux. J*ai dit, de la façon la plus positive, que le Gouvernement présenterait à la Chambre un projet de loi sur les incompatibilités parlementaires prises dans leur ensemble. Voilà ce que j ai promis au Sénat, voilà ce que j'ai répété ici, et, sous le bénéfice de cette promesse, je dis et je répète à la Chambre que le Gouvernement ne peut accepter que Tordre du jour pur et simple. [Interruptions sur divers bancs à gauche et à droite. — Marques d'approbation sur d'autres bancs à gauche.)

La session fut déclarée clause le lendemain et se terminait sous l'impression d'une série de succès politiques du Gouvernement.

Le cabinet pendant les Tacances parlementaires.

L'avenir souriait à la République et au Gouvernement. Les élections pour le renouvellement de la moitié des conseils généraux, qui eurent lieu les i2 et i9 août 1883, furent un grand succès, et donnèrent 133 sièges de plus aux républicains. Quelques jours après (24 août) la mort du comte de Ghambord privait les légitimistes de leur chef : le parti réactionnaire clérical était décapité et les jérômistes refusaient toute alliance avec lui. Les faclions hostiles en furent réduites à exploiter les embarras causés à M. Grévy et au ministère par la grossière insulte que des bandes de gamins adressèrent au roi d'Espagne, Alphonse XII, lors de son passage à Paris, le

22 septembre, au retour d*une visite à Tcmpereur d'Allemagne qui fut signalée par des incidents de nature à froisser notre fierté nationale. Les manœuvres de M. Wilson, gendre du président de la République, et Tattitude étrange du général Thibaudin, ministre de la guerre, poussèrent M. Jules Ferry à prendre des mesures énergiques. Il exigea que M. Wilson renonçât à la direction politique de la Petite France^ et remplaça le général Thibaudin par le général Campenon. Les intransigeants jetèrent feu et flammes; ils publièrent un manifeste très violent où le président du conseil fut accusé de complicité avec une prétendue conspiration orléaniste, et présenté comme un courtisan de l'Allemagne.

DiBConrs du 13 octobre 1883, à Rouen.

Le président du Conseil * et M. Haynal, ministre des travaux publics, ayant consenti, sur la demande des représentants du Havre, à venir visiter les travaux dece port, les députés de Rouen ne manquèrent pas de prier à leur tour les ministres de s*arrét^r dans leur ville. C'est ainsi que M. Jules Ferry fut amené à préciser, dans le banquet que lui offrirent le maire, M. Ricard, et la municipalité de Rouen, les grandes lignes de la politique intérieure qu^il se proposait de suivre, réservant pour le Havre Texposé de ses projets sur la politique extérieure :

Voici ce discours :

« C'est à moi, messieurs, que revient la lâche difficile de répondre au nom de ce Gouvernement que Ton vient de combler d'éloges. Je suis profondément reconnaissant de tant de choses délicates adressées par M. le maire de Rouen au cabinet que j'ai Thonneur de présider et aux collaborateurs éminents qui m'ont accompagné dans ce voyage. Mais, tout d'abord, je dois remercier M. le préfet de la Seine-Inférieure de l'hommage qu'il a rendu, au nom de la population tout entière, au chef de TÉtat, à celui qui représente, dans Tordre républicain, le principe de la stabilité républicaine ( Vifs applaudissements), à celui qui n a jamais outrepassé la limite, parfois difficile à déterminer, du droit qu'il tient de la Constitution, et qui, lorsqu il sort de la réserve el qu'il intervient en personne pour résoudre une difficulté qu'il n'a pas fait naître, montre à tous avec quelle dignité, avec quelle majesté sereine un chef d'État républicain sait, quand il le faut, réparer les erreurs d'une foule incons-

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