Voir le Temps du 15 octobre
ciente. (Très bien! très bien! — Applaudissements prolongés!) « Je dois aussi remercier du plus profond de mon cœur M. le maire de Rouen des choses qu'il a dites à mon adresse ; j*en suis vivement touché, et ce que je remarque en ce moment, c*est que M. le maire de Rouen n apas dit un mot de politique. J'en suis très satisfait, je Tavoue, car c*est une grande douceur, pour ceux qui sont aux prises avec les amertumes quotidiennes de la politique, de se trouver, comme aujourd'hui, au milieu d'amis sincères, de républicains dévoués, incontestés et incontestables, qui estiment que la République n*est pas l'agitation perpétuelle, et qu'elle peut être parfois le repos dans la confiance mutuelle, dans la recherche des intérêts généraux de la patrie, dans le culte des grandes choses qui constituent, en réalité, la vraie politique. Oui, messieurs les membres de la municipalité rouennaise, vous excellez dans cette politique pratique, dans cette politique progressive que vous avez faite ici ; vous continuez à faire de la bonne politique scolaire, de la bonne politique économique, c'est-à-dire de la politique démocratique et républicaine. [Adhésion générale et applaudissements,) Oui, il y a heureusement autre chose dans la vie politique que les querelles violentes des partis ; il y a autre chose que les personnalités outrageantes : il y a une œuvre commune qui s'accomplit par l'accord des esprits justes et sages, il y a dans la vie publique les grandes choses et les petites. Les petites choses, ce sont les luttes mesquines, les passions du jour. Les grandes choses, ce sont les œuvres durables dont nous parlions tout à l'heure et que vous avez su réaliser. {7rès bien! très bieni)
« Il se peut, messieurs, que la démocratie ait des serviteurs plus bruyants, plus tapageurs que vous; mais en a-t-elle de plus utiles et de plus dévoués? Qui l'oserait dire, dans cette ville de Rouen que vous avez transformée et à laquelle vous avez fait voir, par la poursuite successive de tant d'œuvres utiles, que c'est seulement par la patience et par la sagesse que se fonde et que se développe l'œuvre de l'avenir. (Assentiment unanime et applaudissements,) Donc, messieurs, vous avez choisi la méthode sûre ; vous avez laissé s'agiter les partis qui vivent de bruit et de clameurs. Vous avez pris les quesfions une à une pour les résoudre ; vous avez étudié les besoins de la démocratie qui vous avait portés au pouvoir municipal, et vous vous êtes rappelé
par-dessus tout la grande et belle formule d*un de nos mailres, notre grand Michelet : « Quelle est la première partie de la politique ? L*éducation. Quelle est la deuxième partie de la politique? Uéducation. Quelle est la troisième partie de la politique? L'éducation. » [Applaudissements,) Et vous vous êtes mis résolument à l'œuvre populaire, nationale ; vous ne l'avez pas prise par les petits côtés: vous avez embrassé, en quelque sorte, la conception encyclopédique. Après avoir puissamment développé votre réseau d'écoles primaires, vous avez pris en main ces deux grands instruments du progrès démocratique : l'éducation des filles et l'enseignement professionnel. Vous êtes la seconde ville de France qui ait créé un lycée de jeunes filles; avec quel succès ! vous nous le disiez tout à l'heure ; et aucune grande ville de France, je vous l'atteste, n'a fait de plus grandes et de meilleures choses, dans l'ordre de l'enseignement professionnel* [Vifs applaudissements,) Eh bien, n'est-ce pas là de la bonne, de la vraie démocratie : n'est-ce pas là ce qu'on peut appeler le grand, le vrai socialisme démocratique? [Oui! oui! très bien! très bien !) Oui, c'est ainsi que les privilèges de l'éducation ou de la fortune justifient les faveurs de la destinée : c'est ainsi qu'une bourgeoisie libérale et républicaine acquitte tous les jours sa dette envers la démocratie des déshérités, en la poussant incessamment vers la lumière, vers le travail et vers la liberté ! [Adhésions unanimes et bravos répétés.)
« Que devons-nous à cette démocratie et qu'a-t-elle le droit de nous demander ? Deux choses que notre société leur assure plus complètement de jour en jour: l'éducation et la liberté. Nous avons le droit de le dire, jamais, à aucune époque il n'a été fait pour l'éducation populaire rien qui approche de ce qui s'accomplit aujourd'hui. Est-ce que jamais, de l'âme et du cœur d'une nation, est sorti un plus grand, un plus noble eflorl pour amener vers la lumière, vers le savoir ceux que la pauvreté semblait prédestiner à l'ignorance? Avez-vous jamais vu dans une société humaine, dans une société libérale, un efl'ort de fraternité semblable à ce grand mouvement scolaire auquel tous s'associent, depuis le plus humble village, qui vote des centimes pour se construire une bonne école, jusqu'à la grande cité, qui crée à grands frais, comme vous venez de le faire, et d^un même élan, l'enseignement des filles et l'enseignement
professionnel? {Salves d'applaudissements et bravos prolongés.) C'est là un beau el grand speclacle, et qui vous venge suffisamment des attaques et des outrages d'un parti que rien ne contente, qui critique tout ce qui se prépare, tout ce qui se réalise en dehors de lui, et qui est, par lui-même, incapable de rien réaliser. (Très bien! très bien! Bravos!) Oui, messieurs, pourquoi craindre de le dire, il a été fait, dans Tordre des réformes démocratiques dans notre pays, des œuvres considérables. Et qui les a faites ? Est-ce le parti qui inscrit sur son programme toutes les réformes imaginables ? Est-ce aux intransigeants que Ton doit ces réformes sérieuses, populaires, démocratiques? Non, messieui*s, elles ont été accomplies par les gens sages, par les républicains modérés. (C*es/ cela!) Messieurs, les intransigeants peuvent poser les questions, et ils ne les posent pas toujours bien {Rires approbatifs) ; mais ceux qui les résolvent, ce sont, je le répète, les esprits sages, les gens pratiques, les modérés, ceux qui sont ici, ceux qui m'entourent et qui m'approuvent, ceux dont lassentiment et la sympathie m'inspirent, pour les luttes, pour la bataille de demain, une conQance illimitée. {Oui! oui! — Applaudissements et bravos répétés.)
Messieurs, vos applaudissements me montrent que j'ai touché juste! Oui nous allons livrer bataille; nous irons au combat avec notre conscience, avec la fierté du devoir accompli, avec la modestie d'hommes qui savent que, si quelque bien a été fait, il en reste encore beaucoup à accomplir, et nous serons soutenus par le concours d'hommes tels que ceux qui sont ici. {Oui ! oui ! — Vifs applaudissements.) Messieurs, cette noble et sage région que vous représentez a mis plus de temps que d'autres pour venir à la République ; mais, plus sa conversion à été réfléchie, plus son concours à l'œuvre commune est solide et déllnitif. Permettez-moi donc, messieurs, en terminant, de lever mon verre en l'honneur de cette Normandie, transfornice par la République. Messieurs, je bois à la Normandie républicaine, à la République pratique et sage, à la République du bon sens, de la droiture, du travail et du progrès! [Salves d'applaudissements et bravos prolongés !)
no DISCOURS DE JULES FERRY.
Discours du Havre, du 14 octobre 1883.
Le président du Conseil, après avoir quitté Rouen le 14 au matin, 9C rendit au Havre, et prononça le soir, dans un banquet qui lui fut oiïerl, un second discours, qui complète celui de Rouen. Nous n*en riBproduirons pas le début, parce qu'il concerne exclusivement les intérêts locaux du Havre et la liberté du commerce des viandes salées, et nous nous bornerons à citer )a partie politique de l'allocution de M. Jules Ferry :
...Messieurs, je dirai franchement ce qu'il y a de nouveau dans la situation générale ; je le dirai, non pas pour vous demander de relever le Gouvernement d'aucun des engagements qu'il a contractés, mais pour affirmer de nouveau que la politique qui a donné naissance à ce cabinet, cette politique d'union républicaine à laquelle Thonorable M. Peulevey a apporté son précieux concours ; que cette politique n'a pas varié, qu'elle est aujourd'hui ce qu'elle était il y a huit mois, et qu'elle a la prétention, en présence de tant d'autres politiques qui s'affirment bruyamment, d'être encore aujourd'hui la solution unique du problème politique et parlementaire.
Messieurs, quand nous avons constitué le Gouvernement que j'ai l'honneur de présider, nous n'avons pas eu un seul instant l'intention de constituer une majorité forcée : nous avons ouvert la majorité ; nous avons fait appel à tous ceux qui pensaient que la République, comme tous les autres régimes, a besoin d'avoir un Gouvernement.
Nous l'avons dit à tous les républicains, à quelque groupe qu'ils se rattachassent, à quelque nuance qu'ils appartinssent. Nous leur avons dit : « Vous tous qui pensez que, dans la Répu- Idique, un Gouvernement peut être encore bon à quelque chose, venez à nous. Nous n'avons feimé la porte à personne. Mais il y a des hommes qui, dès les premiers jours, ont fermé cette porte, et, depuis la clôture de la dernière session, pendant cette période de vacances si bruyante, mais si instructive, l'abîme, permettez-moi de le dire, Tabîme s'est de plus en plus accusé entre la grande majorité républicaine ouverte, dont nous nous honorons d'être les chefs, et ceux qui s'en sont séparés pour
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mener conlre elle une campagne de division, d*outrages et de calomnies sans nom !
C'est là un fait, Messieurs, dont tout homme politique avisé doit tenir grand compte, et sur lequel il doit s'expliquer avec sincérité, avec réflexion. Il y a eu dans ce pays, surtout depuis les vacances qui viennent de s^écouler, une expansion d*intransigeance, pour me servir du nom même qu*on se glorifie de porter, sur laquelle les hommes soucieux de Taventr de la République ne sauraient trop porter leur attention.
Quand on interroge le pays dans son ensemble, quand on hii fait appel, comme nous le faisions, il y a peu de temps, pour les élections aux conseils généraux qui sont des élections d'ensemble, des élections générales, oh ! alors, les minorités d'extréme-gauchc et d'extréme-droite qui menacent la République, apparaissent dans leur véritable état de minorités impuissantes.
C était là le grand résultat, le grand enseignement et le grand pi'ofit des élections dernières des conseils généraux, et il ji'est point temps d'oublier cette grande manifestation de bon sens et de sagesse politique : retTetn'en saurait être effacé par quelques manifestations contraires du suffrage universel : car ce sont des manifestations isolées, cantonnées dans des localités déterminées, et constituant bien plus des positions maintenues que des positions conquises.
Convient-il, en présence de ces manifestations particulières, que le parti républicain, que le Gouvernement perdent leur sang-froid ?
Non, assurément, ils ne le perdent pas; mais il est bon, il est naturel que, sans rien exagérer, les hommes qui ont le souci de l'avenir de la République se préoccupent de ces efforts, de ces manifestations, de ces succès partiels du parti intransigeant.
Quelle conduite faut-il tenir, en présence de ces tendances, qui constituent assurément pour la République un péril, et j'ose le dire, le plus grand, le seul péril du moment, car le péril monarchique n'existe plus. Le péril monarchique est enlené sous deux tombes, sur lesquelles ne refleurira jamais un rameau d'avenir. Ce péril n'existe plus, mais un autre lui succède, et il nous faut le regarder en face pour lui opposer le seul remède, la seule
barrière: TunioDi déplus en plusétroite, des forces républicaines capables de constituer un gouvernement.
Messieurs, ce n'est pas là une politique de réaction : qu on ne le dise pas, qu'on ne Timprime pas et qu'on ne le télégraphie pas ! Ci'est une politique de concentration républicaine. Est-ce que, parce que nous sommes convaincus, avec un grand nombre de républicains, qu'une République peut être un gouvernement énergique sans être une réaction ; qu'un gouvernement républicain peut être un gouvernement qui gouverne, en même temps qu'un gouvernement qui marche en avant, et qu'il n'y a aucune antinomie entre l'idée d'autorité et l'idée de progrès ; est-ce que, parce que nous sommes du nombre de ces républicains-là, il est permis de dire que nous voulons fonder un gouvernement stationnaire ? Non, messieurs, et si nous tenons tant à Tordre, si nous le considérons comme Tassise fondamentale de rédifice républicain, c'est parce que l'ordre est la condition première, la condition essentielle du progrès.
Le progrès n'est pas une suite de soubresauts ni de coups de force. Non : c'est un développement lent, c'est une évolution, c'est un phénomène de croissance sociale, de transformation, qui se produit d'abord dans les idées et descend dans les mœurs pour passer ensuite dans les lois.
Voilà ce qu'est le progrès, et, pour que ce phénomène paisible de croissance sociale puisse s'accomplir, il lui faut d'abord un gouvernement protecteur et stable, qui ne soit pas à la merci du premier caprice de la foule qui passe.
Il lui faut la stabilité et la méthode ; il faut savoir discerner^ en elTet, parmi les réformes dont on parle, celles qui sont faites dans l'esprit public, celles qui ont été suffisamment étudiées et voulues, celles, en un mot, qui sont mûres, afin de les dégager des formules vagues et des promesses fallacieuses.
Mais que parlons-nous de gouvernement, de stabilité, de méthode ? L'intransigeance n'en veut pas : elle est le contraire de tout cela.
De gouvernement, elle n'en veut plus; et, pour elle, quiconque parle du gouvernement est un monarchiste ; pour elle, tant qu'il subsistera dans ce pays une parcelle d'autorité, il sera vrai de dire que ce pays vit sous un régime monarchique ! Eh bien, je vous le demande, messieurs, vous sentez-vous en
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monarchie? Vous sentez-vous sous une dictature t Quanta la stabilité, il en est de même. Pour Tintransigeance, la stabilité, voilà Tennemi !
Pour elle, la République, c'est l'agitation perpétuelle, c*est la mutation incessante. Etrange idéal, qui n'a pas de chance d'être accepté un seul instant dans cette assemblée, en présence des membres du conseil municipal d'une grande cité industrielle qui connaît le prix de la stabilité, et qui n'a pas besoin qu'on lui fasse comprendre ce que deviendraient, dans un tel état de choses, si notre pays devait jamais en faire la nouvelle épreuve, et le crédit de la France au dedans et sa considération au dehors.
Le principe de Tinti'ansigeance consiste à déclarer qu'il n'en faut pas avoir. Elle procède de cette manière très simple : on inscrit dans un programme tout ce qui peut passer par la tête d'un homme de notre temps, toutes les choses désirables ou non, détestables ou prématurées ; on les promet toutes, sans exception, et c'est ainsi qu'on se fait nommer député.
Le programme politique de l'intransigeance, c*est, j'imagine, la table des matières d'un dictionnaire politique du vingtième ou du vingt et unième siècle.
A cette politique qui fait tant de bruit, qui est si difficile à contenter, qui juge si sévèrement les hommes publics, qu'ils soient dans le Gouvernement ou dans les Chambres; à cette politique, messieurs, nous opposons, modestement, mais résolument, celle qui a été suivie jusqu'à ce jour, et nous croyons qu'en définitive, on peut déjà la juger par ses fruits. En effet, si je compte bien, cette politique de stabilité a déjà, à l'heure qu'il est, huit mois d'existence.
C'est très long pour le parti intransigeant. C'est très long aussi pour nous, je vous l'assure, messieurs ; mais c'est très court pour les affaires, c'est très court pour le pays, c'est très court pour la dignité de la France.
Eh bien, ces huit mois de stabilité ont cependant produit quelque chose.
Nous avons eu la prétention, en prenant les affaires, de déblayer le terrain politique d'un cerlain nombre de questions qui l'encombraient et qui retardaient Tétude de questions véritablement impoitantes. L'honorable M. Peulevey le disait tout à l'heure : ces importantes questions sont celles qui touchent à
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réléyation intellectaelle, morale et matérielle des classes les plus nombreuses et les plus pauvres, car je ne recule pas devant cette formule qui fut, de tout temps, le fond de ma conviction et le principe de toute mon activité politique.
Nous avons donc voulu déblayer le terrain, et nous y avons réussi. N'est-ce rien que d'avoir, pendant une si courte administration, éteintla question de la magistrature, sur laquelle tant de cabinets avaient échoué; d*avoir enfin soumis ce corps considérable, souverainement irresponsable assurément, mais qui doit, comme tous les autres, sMncIiner devant la loi constitutionnelle, de l'avoir, dis-je, enfin soumis à la règle républicaine?
N'est-ce donc rien que d'avoir résolu du même coup et la question de l'achèvement des grands travaux publics, de ce grand programme enfanté dans une heure d'enthousiasme, dont il ne faudrait pas dire trop de mal, car ce fut le plus généreux et le plus noble des enthousiasmes; d'avoir résolu, je le répète, la double question de l'achèvement des travaux publics et du régime des grandes compagnies?
N'est-ce rien que d'avoir reconstitué dans ce pays toutes les forces vives de sa puissance économique ? Ce sont là des résultats, messieurs, que nous placerons sous les yeux du pays. C'est par eux que nous voulons nous défendre, et, quant à cette agitation extraordinaire, à celte espèce de mouvement ascendant de l'intransigeance auquel nous venons d'assister depuis trois mois, permettez-moi de dire qu'il est permis de considérer ce mouvement, cette agitation, comme un bienfait! Car, désormais, la question est nettement posée, car les drapeaux sont déployés et personne ne peut plus se tromper sur leur couleur. Maintenant, il faut choisir entre la politique gouvernementale que je viens de définir, telle qu'elle est pratiquée par le concours des Chambres et du Gouvernement, et l'autre, la politique intransigeante. Il faut choisir entre ces deux politiques; il faut que tous ceux qui ont le souci de Tavenir du pays se déterminent et fassent définitivement leur choix !
Il n'y a plus de terme moyen à proposer : on ne peut plus s'ingénier à créer je ne sais quelle combinaision bâtarde qui n'aurait que la forme, que le vernis d'un gouvernement légulier, et qui ne serait, au fond, que l'intransigeance, qui, dans tous les cas, ne pourrait subsister qu'avec le concours et par la permis-
sion de rextréme-gauche. Quel homme politique voudrait se prêter à cette politique de courte échelle à Tusage des partis extrêmes? Quel homme sérieux pourrait la rêver et se flatter de rester le maître de la place, après en avoir livré toutes les avenues?
Il est presque inutile de faire remarquer que, dans ce discours du Havre, la fameuse phrase qu'on a si souvent citée : v le péril est à gauche », ne sy trouve pas, et ne se trouve, d'ailleurs, dans aucun autre discours de M. Jules Ferry. Quant aux déclarations contre les excès de l'intransigeance, elles ne s'expliquent que trop par le ton d'une certaine presse qui avait indignement exploité l'insulte faite an jeune roi d'Espagne. Le manifeste anonyme, publié le même jour par tous les journaux d'extrème-gauche, n'avait-il pas interprété le remplacement, si motivé, du général Thibaudin par le général Campenon comme « une conspiration orléaniste dont les ministres se faisaient les complices »; n'accusait-on pas M. Jules Ferry de s'humilier devant TAIIemagne, de méditer des « mesures liberticides»?En constalantquec<leseu] péril du moment» n'était pas u le péril monarchique », qui n'existait plus, puisqu'il était «c enterré sous deux tombes sur lesquelles ne refleurira jamais un rameau d'avenir», M. Jules Ferry ajoutait immédiatement qu'il voulait faire non « une politique de réaction, mais une politique de concenlration républicaine»; qu'il n'y avait «aucune aniinomie entre l'idée d'autorité et l'idée de progrès », car « l'ordre est la condition première, la condition essentielle du progrès ». Les publicistes qui ont inventé cette formule « le péril est à gauche» en l'attribuant faussement à M.Jules Ferry comme un mot d'ordre invariable, destiné à être interprété dans le sens d'un appel à la droite royaliste, ces publicistes n'ont donc fait que donner la mesure de leur légèreté ou de leur mauvaise foi.
Rentrée du Parlement. — Discussions budgétaires.
La rentrée des Chambres eut lieu le 23 octobre 1883, quelques jours aprèslediscoursdu Havre,et cette rentrée fut signalée surtout par le grand débat des 30 et 3f octobre sur les affaires du Tonkin que nous avons analysé plus haut ^ La forte majorité qui vota l'ordre du jour fut d'un grand appui pour le ministère, et il put consacrer le mois de novembre aux discussions d'affaires, notamment aux débats sur les conventions conclues avec les Compagnies de chemins de fer. Le Sénat les adopta à une immense majorité. La Chambre, après s'être occupée de la deuxième lecture de la loi municipale, et avoir rejeté les propositions Sigismond Lacroix et Anatole