‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 30 sur 72 · V. VOffieiel du 23 novembre · texte numérisé non relu

V. VOffieiel du 23 novembre

DISCUSSIO.NS BUDGÉTAIRES. l*??

autre discussion ; seulement, ceux qui m'entendent reconnaîtront, comme mon lionorable collègue M. Lockroy le reconnaît lui-même, que, dans le cours de la session actuelle, qui doit se terminer vers la fin de décembre, il n'est guère possible que ce débat vienne en ordre utile.

Cette réforme, quoi qu'en dise Thonorable M. Lockroy, a, d'ailleurs, un caractère un peu académique : elle n*a guère de conséquences pratiques, et Ton ne trouverait pas dans cette Chambre une majorité pour la réaliser du jour au lendemain. (Protestations sur divers bancs à gauche.)

Mais, qu'on lui reconnaisse ou non ce caractère académique, cette discussion est une des plus utiles auxquelles oh puisse se livrer devant la démocratie française.

Voilà mon sentiment sur votre projet. {Très bien/ très bien !)

Après avoir entendu MM. Goblet, Freppel, Clemenceau, Jules Roche et Paul Bert, la Chambre vota rarticlc 1" du budget des cuites par 360 voix contre 143 : ce n'était qu'un peu de temps perdu !

Observations sur le budget des affaires étrangères.

Dans la séance de la Chambre en date du 13 décembre 1883 S M. Delafosse développa un amendement qui tendait à retrancher un million du chapitre 20 du budget du ministère de Fintérieur (fonds secrets] pour transporter cette somme aux fonds secrets du ministère des affaires étrangères.

M. Jules Ferry répondit dans les termes suivants :

M. Jules Ferry, président du conseil^ ministre des affaires étrangères. — Messieurs, je ne veux faire et je ne dois faire qu'une réponse extrêmement courte à l'honorable M.Delafosse.

La matière qu'il a traitée est, en effet, de celles qui exigent une très grande discrétion, et c'est un sujet sur lequel il faut se garder d'appuyer : glisser est déjà beaucoup.

Je serais très disposé, si l'état de nos finances le permettait, à demander à la Chambre une augmentation des fonds spéciaux de l'ancien chapitre 10 du budget du ministère des affaires étrangères. Il est très certain que la dotation du chapitre n'est pas en proportion du développement des intérêts considérables

l, V. l'Officiel du 14 décembre 1883.

J. Ferry, Discours, VI. 12

qui constituent la politique française dans les diverses parties du monde. Mais je ne puis pas accepter comme solution le sacrifice des fonds qui sont à la disposition de mon collègue de l'intérieur. Ce serait appliquer le vieux proverbe qui consiste à découvrir Paul pour couvrir Pierre, et c'est la plus mauvaise de toutes les politiques.

Je repousse donc le cadeau, la générosité de M. Delafosse, uniquement parce qu'elle est faite aux dépens de mon collègue de rintérieur. (7Vès bien! très bien! à gauche et au centre, )

L'amendement de M. Delafosse fut repoussé par 309 voix contre 169.

Les tronbles d'Haïti.

Le lendemain, 14 décembre 1883*, M. Gerville-Réache, au début de la discussion du budget des affaires étrangères, appela Taltention du Gouvernement sur les violences commises au mois de septembre précédent par les troupes du président Salomon.

Des citoyens français avaient élé pillés; les soldats haïtiens avaient tiré sur le drapeau français, enfoncé à coups de canon les portes de plusieurs maisons et mis le feu à de nombreux immeubles. Il fallut que les consuls des différentes nations signifiassent, le 23 septembre, uu ultimatum au président Salomon pour que ces désordres prissent fin. I/orateur accusait formellement noire consul général à Haïti, M. Burdel, d'avoir d abord refusé de signer Vultimatum, par suite de ses relations avec le président Salomon, et de n'avoir cédé qu'aux énergiques représentations de M. CourrejoUes, commandant de l'aviso français Le Chasseur, qui s'était admirablement conduit.

M. Jules Perry donna les explications suivantes :

M. Jules Ferry, président du conseil, ministre des affaires étrangères, — La Chambre comprendra qu'il est difficile, au moment où nous sommes, et alors que l'enquête commencée par le Gouvernement sur les déplorables événements de Haïti n'est pas terminée, à cause de la distance, de porter actuellement un jugement sur les différentes responsabilités engagées dans cette triste affaire.

Il parait malheureusement trop vraisemblable que la responsabilité du président Salomon est directement et particulièrement

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