‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 43 sur 72 · V. VOfficiel du 18 avril · texte numérisé non relu

V. VOfficiel du 18 avril

instant au bord du nid paternel, mesurant d'un regard avec un juste orgueil le prodigieux orbite qu'il avait parcouru... [Longs applaudissements)', et voici qu'un hasard vulgaire a tout brisé, et cette flamme s'est éteinte, et cette voix s'est tue pour jamais, et il ne reste à notre tête qu'un grand vide que nul ne pourra combler...

Mais il faut résister, messieurs, au trouble de nos cœurs. Nous ne sommes pas ici pour pleurer ce qui est impérissable. ( Vive émotion. — Applaudissements prolongés,)

C'est le propre des grandes âmes, qui n'ont vécu que pour les grandes choses, d'échapper au sort commun des renommées d'un jour. C'est leur honneur et c'est leur récompense délaisser après elles le plus pur de leur essence, de ne s'éloigner que pour nous faire mieux mesurer la place qu'elles tenaient au milieu de nous, et, dégagées par la mort même des ombres passagères qu'accumulent autour des meilleurs de ce monde les passions et les préjugés, de reparaître plus hautes et plus sereines, et d'entrer de plain pied dans l'immortalité! [Acclamations et applaudissements,) Dans les annales de notre grand pays, dans celle histoire si mêlée de grandeurs et de revers, il est des époques éclatantes, soit dans la gloire, soit dans l'épreuve, qui semblent tenir dans un seul nom. Les autres noms s'effacent à la longue, et, tôt ou tard, l'un après l'autre, s'en vont dans l'immense oubli. Mais ceux qui sont liés aux grandes douleurs ou aux grandes joies de la patrie — aux grandes douleurs surtout — passent de bouche en bouche et de siècle en siècle comme un mot d'ordre, comme un drapeau.

Celte gloire, la plus haute à laquelle un moilel puisse prétendre, est la tienne, 6 Gambella! [Nouvelles acclamations et applaudissements.)

Dans une de ces crises formidables où les plus vaillants hésitent et s'abandonnent, où la nationalité menace de sombrer dans la tempête, avoir été plus que le bras, l ame delà France! à ce grand peuple surpris, saisi, paralysé, séparé tout à coup (le son centre vital, de son gouvernement, de ses armées, toutes assiégées ou prisonnières, à cette nation éperdue, sans phare et sans boussole, avoir rendu le courage et les armes; avoir refait le cœur du peuple ; trouvé des chefs et des soldats, fait jaillir du sol de la vieille Gaule en cinq mois six cent mille

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