‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 44 sur 72 · ÉLOGE DE GAMBETTA. S · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE GAMBETTA. S

combattants, six cent mille hommes sachant mourir [Vive émotion et bravos prolongés) ; tenir lôte, partout et jusqu'au bout, balancer le destin, arracher enfin du gouiïre le plus profond où jamais peui)]e se fût abimé, Thonnéur, la consolation, le relèvement de la patrie {Applaudissements)^ telle fut son œuvre: improvisation surprenante, ébauche colossale, légende travestie d'abord et reniée par les partis, mieux connue, mieux jugée à mesure qu'on s'en éloignait, et qui ne peut que grandir dans l'impartiale histoire. {Applaudissements répétés.)

Sans doute, jeune comme il était et tout neuf en ces choses, pour s'être trouvé à la hauteur d'une tâche si pesante, il lui a fallu l'effort des plus rares facultés, l'épanouissement du plus beau génie, une force de volonté qui ne connut pas d'égales, une puissance d'entraînement qui reste sans pareilles, mais il y fallut surtout, messieurs, une grande passion, — sans passion, rien de grand ne s'opère ici-bas, — il y fallut l'amour, le culte, oserais-je dire la folie sublime de la patrie !

L'amour de la France fut la passion maîtresse, la flamme incomparable de ce cœur débordant. C'est peu de dire qu'il l'aimait comme un enfant aime sa mère. Il l'aimait éperdument, absolument: il l'aimait par-dessus toutes choses. En réalité, il ne voyait, il n'aimait qu'elle au monde. C'est à elle qu'il a consacré toutes les pensées écloses sous ce large front; c'est pour elle qu'il a accumulé, en douze années de luttes, plus d'activité, plus d'éloquence, plus de dévouement, plus de services qu'il n'en peut tenir dans une longue vie. {Applaudissements.)

Aussi sont-ils à jamais inséparables. On ne peut louer l'un sans exalter l'autre. Et quand nous portons ici, messieurs, à Gambetta un solennel hommage, que faisons-nous , sinon l'apothéose de la patrie? {Longues acclamations. — Bravos prolongés,)

C'est ce patriote, c'est ce combattant qu'a voulu glorifier la vieille cité qui l'a vu naître. L'homme politique, l'homme d'État, si grand qu'il soit, apparlient à son parti. Le héros de la Défense nationale, à laquelle collabora la France entière, est le bien commun de tous les Français. {Nouveaux bravos.) Symbole d'unité, non de discorde, le voilà bien debout, la tête haute, la lèvre inspirée, le geste tourné vers l'avenir, à quelques pas de ceux qui sont tombés pour la France.

Mais ce ne sont pas des conseils d'agression ou de colère qu'il faut chercher au pied de cette image. Les leçons qui s'en dégagent sont plus hautes et plus profondes. Vous qui saluez ici Teffort de notre relèvement, n'en séparez jamais l'histoire de nos défaillances. C'est ici que les pères apprendront aux enfants ce qu'il advient des peuples qui se donnent un maître ; c'est ici la grande école des générations oublieuses, aux retours en arrière, aux recommencements. Si jamais, pour notre honte, ils redevenaient possibles, cette statue suffirait à barrer le chemin. (Adhésion générale. — Applaudissements.) Et, si ses lèvres glacées pouvaient se rouvrir, il vous dirait encore : « Il n'y a de grand, de durable, d'éternel en ce monde que le devoir. Les combats les plus beaux sont les combats sans espérance. Au-dessus de la victoire, plus haut que le succès, plus haut que la gloire même, il y a quelque chose : le sacriûce! »

Citoyens, vive à jamais la République! (Acclamations redoublées, — Longs applaudissements et bravos répétés.)

Discours de Périgneux, du 15 avril 1884.

Le lendemaiD de rinauguration du monument de Gambetta, les ministres se rendirent à Périgueux pour assister à un grand concours de gymnastique. Après avoir exprimé à Gahors les espérances patriotiques de la France républicaine, et rappelé la crise douloureuse que le pays avait traversée avant d'entrer en possession d'un gouvernement libre, M. Jules Ferry saisit Toccasion d'exposer les grandes lignes de sa politique intérieure et extérieure. Il adressa d'abord aux maires, réunis le 15 avril à la préfecture de la Dordogne, les paroles suivantes* :

Je suis très touché de votre empressement; je rapporterai au Gouvernement le témoignage de la confiance que vous nous donnez. Cette confiance, je crois pouvoir dire que nous la méritons. Le Gouvernement républicain, qui est le véritable gouvernement du suffrage universel, s'inspire, par-dessus toutes choses, de vos intérêts : vous représentez cette classe agricole qui est la force du pays, cet agriculteur, ce paysan de France, ce propriétaire du sol, qui le laboure et le féconde de ses sueurs, ce peuple qui a compris qu'il ne fallait pas laisser à d'autres qu'à

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