LA PROPOSITION FLOQUET
Chambres sans le droit de dissolution ? Il est facile de dire, messieurs, que le droit de dissolution est une institution monarchique; mais le régime parlementaire aussi est une institution monarchique. {Très bien! très bien! Cest vrai! au centre !
On pourrait lui adresser ce môme reproche...
M. CuNÉo d'Ornano. — Absolument!
M. LE Président du conseil. — ... car, comme le droit de dissolution, il vient de la monarchie : c'est la monarchie représentative, c*est la monarchie anglaise qui a mis en honneur dans le monde, qui a pratiqué et a modifié par Tusage cet admirable et noble régime parlementaire qui est la forme de gouvernement la plus libre, la plus élevée qui soit jamais sortie d'une conception politique. [Applaudissements au centre, — Interruptions à Vextrême-gauche,)
Je ne puis user toutes mes forces à braver les interruptions continuelles qui me sont faites par Texlréme- gauche.
M. LE PnÉsiDENT. — Veuillez, messieurs, garder le silence!
M. LE Président du conseil. — Je crois qu'il est bien difficile, même pour les esprits les plus attachés à certaines doctrines républicaines, de dire que la République parlementaire n'est pas une conception gouvernementale acceptable, raisonnable, praticable. On peut lui préférer une autre république ; mais enfin, le régime parlementaire est un régime qui, en soi, s'accommode aussi bien de la démocratie que de toute autre forme de gouvernement républicain. Il ne suffit donc pas de nous montrer que les origines du droit de dissolution sont monarchiques; que les origines du régime parlementaire le sont aussi; et je crois que personne ne peut raisonnablement nous dénier le droit que nous avons, le devoir, que nous remplissons en ce moment-ci, de faire, d'une façon sérieuse, et qui sera définitive, l'épreuve de cette forme républicaine particulière qu'on appelle la république parlementaire.
M. Andrieux. — Elle est faite!
M. le Président du conseil. — Elle est faite pour vous, monsieur Andrieux. Vous avez, je le sais, un autre idéal de république : le régime républicain constitutionnel que vous
défendez est le seul régime qui puisse se placer raisonnablement en face de la République parlementaire : vous êtes pour la République américaine, pour Tindépendance absolue, pour la séparatioii complète, rigoureuse, efficace, du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif.
M. Edouard Lockroy. — Avec Bastiat, avec toutes les Constitutions de la République...
M. Andrieijx. — Monsieur Je Président du conseil, je ne veux pas vous interrompre, mais...
M. LE Président du conseil. — Je vous prie, monsieur Andrieux, de ne pas m'interrompre.
M. Andrieux — ...mais je ne voudrais pas vous laisser faire ma profession de foi. (On fit.)
M. LE Président du cokseil. — Vous ne faites pas mystère de vos idées, et, par conséquent, j'ai le droit de m'en emparer: vous les avez exposées dans une proposition de loi, et ici même, Tannée dernière, dans un discours; je ne vois pas pourquoi vous vous étonnez que je les discute...
M. Andrieux. — Oh! monsieur le Président du conseil...
M. LE Président du conseil. — Je les discute, je les respecte. J'établis seulement devant la Chambre qu'il faut choisir entre vos idées et les nôtres, c'est-à-dire entre la République américaine et la République parlementaire.
M. Charles Ploquet. — Il y a aussi le Gouvernement d'une seule assemblée !
M. le Président du conseil. — Je croyais que le Gouvernement d'une seule assemblée était exclu du débat, puisque personne ici n'est venu mettre en question l'existence du Sénat.
M. Clemenceau. — Ce n'est pas ici que nous avons à le faire ; nous nous réservons d'en parler au Congrès. [Ah/ ah!)
M. Georges Perin. — Il y a la République du suffrage universel.
M. le Président. — N'interrompez pas, messieurs, puisque vous vous réservez pour le Congres!
M. Clémenceai:. — On nous reproche notre silence : alors nous parlons !
M. le Président. — Eli bien, puisque vous réservez pour le moment votre droit, veuillez laisser parler les orateurs sur la question qui est ouverte, et n'en introduisez pas d'autres.