‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 7 sur 72 · V. VOfficiel dxi !•' juin · texte numérisé non relu

V. VOfficiel dxi !•' juin

pour le Gouvernemenl, qui vient d'élre prononcé à cette tribune par l'honorable M. Naquet, j*y pourrais relèvera pleines mains, permettez-moi cette expression, des aveux et des déclarations qui infirment singulièrement la thèse qui a été développée devant vous : j'y relèverais d'abord cet aveu précieux, — c'est là un point de vue qui est capital dans la discussion, et qui n'y avait pas encore été introduit — c'est que l'acte qu'on nous demande est un acte profondément et absolument stérile.

Au centre. — C'est vrai.

M. LE Président du conseil. — L'honorable M. Naquet ne se l'est pas dissimulé ; il ne l'a pas caché à la Chambre, et il a tenu à lui rappeler que la décision qui lui est demandée ne peut avoir aucun effet pratique.

S'il ne s'agissait que d'une discussion stérile, le Gouvernement aurait cru de son devoir de laisser passer une discussion d'un caractère essentiellement théorique. Mais l'honorable M. Naquet vous a bien vite montré lui-même que ce débat, stérile comme les conclusions mêmes auxquelles on veut le faire aboutir, soulève des considérations de la plus haute gravité sur rétendue du mandat qui vous est contié, par conséquent, sur le caractère moral de l'acte qu'on vous demande, et enfin, sur les effets politiques qu'il peut produire.

C'est encore l'honorable M. Naquet qui vous a dit que vous n'avez pas le mandat constituant. Et c'est à une assemblée qui n'a pas le mandat constituant qu'on demande d'ouvrir, au prix des plus grands périls, la période des débats constitutionnels ! {Applaudissements à gauche et au centre. — Exclamations à droite,)

M. Prax-Paris. — Alors vous ne reviserez jamais.

M. LE Président du conseil. — Pour reviser une Constitution aussi récente que la nôlre, et qui méritait mieux, je crois, de la reconnaissance des républicains qu'elle a si puissamment secondés, qui méritait mieux que des dédains ou des outrages...

M. Madier de Montjau. — Je demande la parole.

M. LE Président du conseil. — ... il faut deux choses, à mon sens: il faut d'abord que le pays le demande, et qu'un mouvement d'opinion y provoque les représentants du pays. Vous le

reconnaissez lous, et personne ici, je pense, ne soutiendra que, ni aux élections de 1876, ni aux élections de 1877, la majorité de celte Chambre ait reçu du pays républicain mandat de modifier la Constitution. {Applaudissements à gauche et au centre.)

M. Clemenceau. — Moi, j'ai reçu ce mandat !

M. Georges Perin. — Est-ce que vous prétendriez que la Chambre a reçu le mandat de la conserver sans la modifier ?

M. LE PrésidexNT. — Messieurs, veuillez ne pas interrompre.

M. LE Président du conseil. — Je dis que la majorité de cette Cliambre a reçu mandai du pays, non pas de reviser la Constitution, non pas de rouvrir des débats stériles sur la manière de constituer la République, mais de faire vivre la Constitution que nous avons. {Cest celai — Très bien! — Vifs applaudissements à gauche et au centre,)

-M. Gatl>eau. — Je demande Ja parole.

M. LE Président du conseil. — Et pourquoi? Parce que les Constitutions sont des tentes, des abris passagers, derrière lesquels les nations vivent et travaillent ; et pour vivre et pour travailler, elles ont besoin de paix. Aussi on ne peut tolérer qu*à chaque législature... {Humeurs sur plusieurs bancs à gauche,)

M. le Président. — Je vous invite de nouveau au silence, messieurs.

M. LE Président du conseil. — ... la nation ne peut tolérer, dis-je, qu'à chaque législature, on remette en question les fondements mêmes de Tédifice politique dans lequel elle abrite son travail et son courage.

A droite, — Alors, à quelle époque fera-t-on la revision ?

M. LE Président du conseil. — Ainsi, premier point: vous ne pouvez rien faire d'efficace. Second point : vous n'avez pas mandat de faire ce que l'on vous provoque à faire.

Plusieurs membres à gauche. — Si ! si !

M. LE Président du conseil. — Mais, messieurs, est-ce là tout, et faut-il beaucoup de paroles pour vous montrer à quel point la décision que l'on sollicite de vous changerait l'état

moral du pays, la paix profonde dont il jouit, et les rapports d'in limité nécessaires entre le Parlement, — particulièrement la majorité de cette Chambre, — et le ministère qui jouit de sa confiance ?

Messieurs, ce ministère vous Tavez conçu, je crois.* .

M. Georges Perin. — 11 n'a pas été conçu sans péché.

M. LE Président du conseil. — ...comme devant vivre en vue des élections. Vous lui avez donné Toffice non pas de préparer les élections... [Rires de dénégation à droite,) Les élections ne se préparent pas, messieurs {Vorateur se tourne vers la droite) ; elles ne se préparent plus 1 [Applaudissements au centre. — Exclamations ironiques à droite,) Vous en avez fait répreuve après le 16 Mai, au grand triomphe de la majorité de cette Chambre, et pour le plus grand bien du pays. [Vive approbation à gauche et au centre,)

Je le répète, on ne prépare plus les élections, mais ce qu'un gouvernement sage et une majorité politique préparent, c'est un état moral du pays propre à lui donner le sentiment de sécurité, et le degré de confiance en lui-même...

Vn membre à gauche, — L'ordre moral.

M. LB Président du conseil. — ... confiance qui est de première nécessité quand le pays est appelé aux urnes, pour prononcer, aux époques prévues par la loi, sur ses destinées ; pour dire si, dans la période législative qui vient de s'écouler, ses mandataires ont mérité ou démérité; pour dire si la direction générale imprimée à la politique par la majorité qui s'en va, par la majorité d'hier, est encore la direction qui convient au pays et que le pays saui*a personnifier dans la majorité de demain. Voilà le rôle d'un gouvernement.

M. Georges Perin. — C'est très compliqué.

M. le Président du conseil. — Oui, M. Perin, c'est très compliqué, [litres au centre.) Et si le vote que vous sollicitez de la Chambre était malheureusement donné par elle, comme vous seriez tout naturellement appelé à remplir cet office, et nous verrions comment vous vous en tireriez.

M. Georges Perin. — Je ne poursuivrais pas le môme but que

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vous, monsieur le Ministre : il n'y aurait donc pas à établir de comparaison. {Bruit}.

M. LE Président. — Je vous prie de faire silence, messieurs,

M. LE Président du conseil. — Les élections qui se préparent doivent être, ne l'oubliez pas, la consécration définitive du régime républicain dans ce pays ; elle doivent aboutir, non pas à perfectionner Tédifice républicain, mais à le consolider, à lui donner des assises qui lui manquent encore. {Bumeurs sur plusieurs bancs à gauche. — Rires à droite,)

M, Georges Perin. — C'est inouï !

M. LE Pbésidbnt du conseil. — Les honorables membres de ce côté de la Chambre {Vorateur indique r extrême-gauche) ^ sont plus faciles à contenter que moi sous ce rapport: ils trouvent qu'une Chambre républicaine, dans laquelle Topposition antirépublicaine compte un aussi grand nombre de membres que celle-ci, est une Chambre bien constituée ; moi, je ne le trouve pas.

M. Clemenceau. — Il vous faut le désarmement des partis, comme sous Teropire!

M. le Président. — Désarmez-vous du droit d'interrompre, je vous en prie, monsieur Clemenceau. (On rit.)

M. LE Président du conseil. — Quand les minorités antirépublicaines seront réduites dans la Chambre, par le suffrage universel...

Un membre à droite. — Qu'en savez-vous ?

M. LE Président. — Attendez sans interrompre. Vous serez fixés plus tard.

M. LE Président du conseil. — Je ne fais pas de prédiction; je dis que quand ces minorités seront réduites, et quand on pourra, tout à son aise, essayer de constituer, dans une assemblée républicaine , un parti progressiste et un parti conservateur, ce qu'on a appelé depuis longtemps déjà les whigs et les tories de la République ; quand nous aurons le loisir et la sécurité nécessaires pour nous livrer à de pareilles entreprises, nous pourrons parler de revision de la Constitution, alors ce sera l'heure ; mais, à l'heure qu'il est, vous arrivez devant un pays qui vous a donné sa confiance il y a quatre ans. Pourquoi vous Ta-l-il donnée? Parce que vous lui aviez prouvé, depuis

1871, et la conduite des républicains avait été une démonstration quotidienne, éclatante de celte vérité» que le véritable sentiment de la stabilité était chez les républicains, qu*il n'était plus chez les monarchistes. ( Vive adhésion et applaudissements à gauche et au centre,)

Ce fut là votre force pendant toute la période électorale, et ce sera encore votre force ; ce sera le seul drapeau sous lequel vous puissiez vous ranger dans la lutte qui se prépare.

Vous avez affaire à des populations qui sont venues à la République parce qu'elles ont eu conscience de la stabilité républicaine... {Applaudissements au centre et à gauche),., ei votre premier acte, en présence des comices populaires, ce serait de prouver cette instabilité !

Nous pensons tout autrement, et nous croyons que, pour faire de bonnes élections, des élections républicaines... {Ah! ah/ à droite,).., des élections qui réduisent encore, et dans des proportions notables, Télément monarchiste représenté dans cette Assemblée, il faut montrer d*abord au pays une Constitution stable, il faut lui montrer ensuite... (fffmit.)... oui, une Constitution stable, et ce n*est pas au pays que vous connaissez, ce n'est pas au suffrage universel français que Ton pourrait sans danger prêcher les théories de M.Naquet sur Tinstilulion républicaine, théories qull a ainsi formulées, dans un discours célèbre que vous n*avez pas oublié et qu'il a reproduit à cette tribune: le provisoire perpétuel! {Rires au centre et à gauche,) Non ! non ! des philosophes comme Al. Naquet peuvent s'élever à ces hauteurs théoriques...

M. Alfred Naquet. — Vous savez bien, monsieur le Ministre, ce que signiflaient ces paroles : « provisoire, perpétuel, » à l'époque où je les prononçais devant TAssemblée nationale; elles n'avaient pas le sens que vous leur donnez en ce moment.

M. LE PrésidExNT. — N'interrompez pas !

M. Alfred Naquet. — Je ne puis pas laisser dénaturer ma pensée.

M. LE Président pu conseil. — ... des philosophes comme M. Naquet, dis-je, peuvent s*élever à ces hauteurs théoriques, mais vous avez affaire à un peuple plus simple que cela, plus simpliste, si vous me permettez Texpression, qui aime les idées simples, les idées vraies, les idées justes. Eh bien, si vous lui présentez la République sous une figure changeante, vous ferez

perdre à la République 90 pour 100 de ses chances dans le prochain scrutin. {Applaudissements à gauche et au centre,)

Et, à côté d'une Constitution stable, que voudrions-nous encore présenter au pays? Nous voudrions lui présenter une majorité compacte, unie. Or, messieurs, le vote que Ton sollicite de vous va pour jamais la mettre en morceaux ; et nous verrions— si ce résultat pouvait se produire — nous verrions se réaliser ce péril contre lequel nous luttons jour par jour depuis que nous sommes investis de votre confiance, péril que, jusqu'à présent, la majorité nous a aidés à vaincre : je veux dire ces coalitions de droite et de gauche... {Vives protestations sur plusieurs bancs à gauche. — Applaudissements à gauche et au centre. — Exclamations divet*ses à droite. — Tumulte.)

M. Clemenceau. — G*estvous qui en faites des coalitions!

M. Ballue. — Oui, c'est vous !

M. Georges Perin. — C'est vous qui avez voté avec la droite, il y a trois jours, pour les privilèges des cléricaux.

M. LE Président. — Monsieur Perin, je vous rappeUe à Tordre.

M. Georges Perin. — Dans toutes les circonstances graves, vous n'avez eu la majorité qu'avec la droite. Vous êtes le protégé de M. Rouher!

M. Clemenceau. — C'est une honle!

M. Georges Perin. — C'est une injure !

M. Ballue prononce avec une grande vivacité quelques paroles qui se perdent dans le tumulte toujours croissant.

M. LE Président. — Monsieur Ballue, n'interrompez pas.

M. Beauquier. — C'est une honte ! C'est un langage intolérable!

M. Benjamin Raspail. — Nous ne laisserons pas dire que nous avons voté par coalition avec la droite..

A l'ordre le ministre!

M. le Président. — Monsieur Benjamin Raspail, je vous rappelle à Tordre.

M. Beauquier. — A Tordre ! le ministre.

M. LE Président. — Je vous rappelle à Tordre, monsieur Beauquier.

M. Beauquier. — Cela m'est égal ! Je ne connais que ma conscience.

M. le Président. — Cela vous est égal?... Je vous rappelle à Tordre avec inscription au procès-verbal. (Vive approbation sur un grand nombre de bancs à gauche et au centre.)

M. Clemenceau, s'adressant à M. te Président du conseil. — Vous êtes le protégé de M. Rouher! {Vive agitation.)

M. LE Président. — Du calme, messieurs! Vous êtes des hommes politiques. Votre devoir, dans une assemblée, c'est de savoir tout

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entendre, e( de ne pas vous lever à cinq, six ou dix pour empêcher Uorateur de poursuivre son discours, auquel vous avez toujours la factulté de répondre, puisque c'est un ministre qui parle. Ce que je ne permettrai pas, c'est que TAssemblée soit troublée par des interruptions passionnées et que, par des interpellations de collègue a collègue, on viole ici la liberté de discussion. [Vifs applaudissements,)

M. Jules Maigne. — Je demande la parole.

M. LE Président. — Vous aurez la parole.

M. Benjamin Raspail. — Je demande la parole sur le rappel à Tordre dont j'ai été l'objet.

M. LE Président. — Vous vous expliquerez à la fin de la séance sur le rappel à Tordre. En attendant, veuillez garder le silence.

M. Benjamin Raspail. — C'est ce que je fais. [Btnit).

M. LE Président. — Messieurs, je vous rappelle tous au silence, M. le Président du conseil n'a employé aucune expression qui ne fût dans son droit.

M. Beauquier. — Je proteste!

M. LE Président. — Si le langage qu'il a tenu blesse vos convictions...

M. Beauquier. — C'est un langage mensonger.

M. LE Président. — Monsieur Beauquier, vous n'avez pas le droit d'employer une semblable expression ; vous n'avez qu'un devoir, le devoir d'écouter en silence les paroles de l'orateur qui est à la tribune et les observations qui sont faites parle président, aux termes du règlement. [Très bien! très bien! — (Vi fit applaudissements.)

M. Beauquier. — J'obéis à ma conscience.

M. LE Président. — Je vous ai déjà rappelé à Tordre, avec inscription au procès-verbal; ne m'obligez pas & aggraver cette peine disciplinaire [Bruit.)

J'invite la Chambre au silence, et je prie M. le Président du conseil de continuer son discours. [Le silence se rétablit.)

M. LE Président du conseil. — Messieurs, je suis profondément surpris des colères qui ont accueilli Ténoncé d'une vérité aussi simple, et, en quelque sorte, mathématique ; il est. évident, il est clair comme la lumière du soleil, que la proposition de revision de la Constitution ne peut passer dans cette Chambre que grâce au concours de la droite monarchiste.

M. LE BARON DuFOUR. — Commo le scrutin de liste !

M. LE Président du conseil. — Je souligne ce fait devant le pays républicain et, sur cette considération, j'appelle toutes les responsabilités à s'éclairer et à s'affirmer.

Il me semble que ces responsabilités sont déjà ressenties et qu'elles se sont déjà aflirmées ici par les généreuses protes-

talions qui viennent de s'élever à l'extréme-gauche. Mais le fail subsiste : par ce vole qu'on vous demande, ce que vous déferiez, c'est la majorité qui gouverne et qui doit gouverner. Ce que vous feriez, x'est une majorité impuissante à rien produire, impuissante à gouverner, à présider aux élections. (Très bien! très bien!

C'est pour cela, messieurs, que le ministère actuel, s*il se voyait, dans une question aussi grave, dans une circonstance aussi solennelle, refuser votre confiance, ne se croirait plus le droit de rester : il ne croirait ni de Tintérét de la République, ni de son devoir, ni de sa dignité, de rester le ministère sans autorité d'une majorité disloquée. Voilà pourquoi nous vous demandons, messieurs, de rejeter la prise en considération de la proposition. {Applaudissements.)

M. Madier de Montjau termina )a discussion par une harangue très vive où il accusa le Gouvernement de faire le jeu des convertis (on dirait aujourd*hui des ralliés) à la République qui voulaient constituer, sous celte étiquette, « la moins mauvaise des monarchies encore possibles; » puis, la Chambre prononça la clôture et rejeta, par 245 voix contre i84, les conclusions de la commission d'initiative ayant pour objet la revision de la Constitution et la convocation d*une Constituante.

Quelques jours après, dans sa séance du 9 juin 1881, le Sénat (à la suite d'une discussion dans laquelle MM. Millaud et Dauphin soutinrent la cause du scrutin de liste que comb.illirciit MM. Jouin et Waddington) refusa, par 148 voix contre 114, de passer à Ja discussion des articles du projet voté par la Chambre. C'était un grave échec pour Gambetta et un succès pour M. Jules Grévy. Le Sénat accentua le conflit avec la Chambre en refusant l'urgence à une nouvelle proposition de M. Tolain qui demanda encore la revision de la Constitution.

La data des élections générales.

Comme les pouvoirs de la Chambre élue le 14 octobre 1877 expiraient le 14 octobre 188t, la fixation de la date des élections législatives préoccupait à bon droit l'opposition et le Gouvernement. On avait d'abord pensé que la session serait close à la fln de juillet, après le vote du budget de 1882, et que les électeurs seraient convoqués pour le 25 septembre. Le ministre de la guerre, par une décision du 14 juillet, avait convoqué les réserves pour le mois d'août, ce qui confirmait presque officiellement les prévisions courantes; mais, le cabinet prit le parti, pour ne pas prolonger l'agitation électorale,

de fixer au 21 août la date des élections. L'extrêine-gaucbe se montra fort émue de cette résolution et accusa le Gouvernement de vouloir brusquer la consultation des électeurs pour éviter le contrecoup de rinsurrection algérienne sur Topinion publique.

Discours d'fpinal et de Nancy.

Sans se préoccuper de Tagilation factice que l'opposition radicale ou monarchique essayait de créer dans le pays, M. Jules Ferry remplit à plusieurs reprises le devoir qui incombait au chef du Gouvernement de donner une direction aux républicains modérés, à la veille des élections générales. Dans un premier discours, qu'il prononça à Ëpinai le 19 juin 1881, il chercha à prémunir Taile gauche du parti i*épublicain contre des entraînements qu'il estimait dangereux, et refusa de choisir comme plate-forme électorale la revision de la Constitution. Il compara cette Constitution v à un arbre de précieuse provenance, d'acclimatation difficile » qu'un horticulteur imprudent, qui aurait réussi à le faire vivre pendant un an ou deux, voudrait arracher « pour voir si les racines ont bien pris ». Mais, lorsque Gambetta, dans son discours de Tours (3 août 1881) se fut prononcé en faveur d*une revision partielle, portant notamment sur le mode de recrutement du Sénat et sur ses attributions, le président du Conseil, pour ne pas ouvrir un conUit avec l'éloquent homme d'État que suivait une grande partie des démocrates, admit, dans un second discours, prononcé à Nancy le 10 août, le principe d'une revision partielle et mitigée, en opposition avec la revision intégrale et absolue que proposaient les intransigeants. Cette concession politique à la nécessité de ne pas rompre l'union de la grande armée républicaine caractérise les discours que nous reproduisons plus loin.

Discours du 19 juin 1881, à Êpinal.

M. Jules Ferry arriva le 18 juin à Ëpinal et, le lendemain, à Foccasion de la distribution des prix du concours régional, le président du Conseil, après avoir fait Téloge du spectacle ofiert par l'agriculture et l'industrie vosgiennes, mit en relief l'œuvre accomplie par la République depuis dix ans. Le soir, à l'issue d'un grand banquet de 600 couverts, M. Jules Ferry prononça un discours où, après les compliments de circonstaace à l'adresse des Yosgiens, il exprima ainsi qu'il suit ses prévisions sur les prochaines élections' :

... « Nous allons nous présenter tous devant le suffrage universel. Nous allons aborder cette grande énigme de la

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