‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 2)Chapitre 8 sur 72 · V. le Temps du 21 juin 18fll · texte numérisé non relu

V. le Temps du 21 juin 18fll

volonté nationale répandue sur toute la surface d*un grand pays. Elle ne se manifeste pas toujours, cette volonté nationale, par les voix les plus bruyantes : elle réserve parfois aux plus confiants d'étranges surprises. C'est un juge, messieurs, qui nous attend. Je crois cependant que nous pouvons, vous et nous, vous qui avez fondé cette République modérée, ce parti républicain de gouvernement, et nous qui avons eu l'honneur d'être par vous choisis pour cette grande tâche, je crois, dis-je, qiie nous pouvons nous présenter avec confiance devant ce juge suprême. (Oui! oui ! Bravos et applaudissements prolongés I)

Quelles seront les élections prochaines ?

Messieurs, je ne veux pas prophétiser. Je n'ai pas d'autorité pour cela, mais je crois pouvoir vous dire des élections prochaines, deux ou trois choses que l'événement justifiera. Les élections prochaines, je vous Tattesle, parce que ceci dépend de nous, ne seront pas seulement libres... Je voudmis dire quelque chose de plus : les élections prochaines seront pures. ( Vifs applaudissements) .

Elles seront pures de toute ingérence, directe ou indirecte, des pouvoirs politiques dans la conscience électorale du pays. Certes, le parti républicain donnerait un honteux spectacle au monde, et léguerait à l'histoire de notre pays un triste et humiliant souvenir si, après avoir triomphé contre la candidature officielle, il cherchait, d'une manière quelconque et dans une proportion quelconque, à reconstituer cette même candidature officielle contre ses adversaires. {Bravos prolongés.)

Ces élections seront donc pures, je le répète : nous n'y tolérerons rien qui puisse en faire suspecter Timmaculée pureté. {Nouvelles et plus vives marques d'approbation.)

J'ajoute qu'il est bien entendu, nous ne discuterons pas cela, qu'elles seront républicaines. {Oui, oui, applaudissements.)

Mais je dis qu'elles seront républicaines et qu'elles seront modérées {salves d'applaudissements) ; elles ne se poseront, quoi qu'on en dise, sur aucun de ces deux terrains, si périlleux pour l'avenir de la République, ni sur le terrain de la revision, ni sur le terrain de la division. {Nouveaux applaudissements.) On ne fera pas dans ce pays d'élections révisionnistes : il faut que les hommes politiques, qui substituent trop aisément leurs visées particulières à celles du pays, ou qui considèrent

exclasivement l'opposition de certains groupes, importants sans doate et qui ont dans le pays une part d'action qu'il ne faut pas dédaigner, mais qui sont bien loin de représenter la direction moyenne de Tesprit public; il faut, je le répète, que ces hommes politiques en prennent leur parti : on ne fera pas accepter à la France la revision de la Constitution comme le drapeau des élections prochaines. Pourquoi ? Parce que la France est un pays de bons sens, et que tout le monde peut se rendre compte de ce fait, qui crève les yeux, que la revision est demandée, par qui?... avant tout par les partis monarchiques {Marques d*assentiment).

Ce sont eux qui la veulent avec ardeur, ce sont eux qui cherchent à nous Timposer ; ce sont eux qui la souhaitent et l'appellent avec passion, afln de pouvoir dire à ce peuple de trayailleurs, d'industriels, d'agriculteurs, de paysans qui a voulu la République, parce que la République est à leurs yeux la stabilité, le triomphe de Tordre républicain sur le désordre monarchique {applaudissements) : afln de pouvoir dire à ce peuple : « Vous voyez bien qu'ils nous avaient trompés, qu'ils nous avaient promis la stabilité des institutions républicaines; et quelques années à peine se sont écoulées, et voici qu'ils veulent déjà reviser la Constitution et refaire rédiflce qui les a abrités. » {Cest cela. Très bien ! Bravos et applaudissements,)

« Messieurs, que diriez-vous d'un horticulteur qui^ ayant planté un arbre, de précieuse provenance, d'acclimatation difficile, et ayant réussi à le faire vivre pendant un an ou deux, se dirait soudain : Maintenant, je vais l'arracher pour voir si les racines ont bien pris. {Rires approbatifs et applaudissements,) C'est pourtant ce qu'on nous conseille ; mais cela, messieurs, n'est ni de l'horticulture, ni de la politique. {Bravos répétés.) On ne parviendra pas davantage à placer les élections sur le terrain d'une division de ce grand parti républicain qui conduit depuis cinq ans les affaires de la République. Je sais bien, messieurs, qu'il y a dans le pays une opinion qui s appelle le radicalisme. Il a une puissance dans la presse ; il a pour lui un certain nombre de villes de France, et l'on nous annonce, en son nom, que les élections prochaines vont être la mise en accusation de la politique modérée par la politique radicale.

Je o'en crois pas un mot. Ce n*est pas le radicalisme qui a fondé la République, ce n'est pas avec les idées et les procédés du radicalisme qu'on a fait vivre et gouverné la France républicaine, depuis cinq ans qu'elle est maitresse de ses destinées : ce ne sont pas les idées et les procédés du radicalisme qui ont accompli les réformes, que je me permets de trouver considérables, effectuées depuis cinq ans. (Apjilau" dissemenls,)

En vérité, à entendre ces nouveaux apôtres qui ne parlent que de mettre au rebut les idées et la politique que Texpérience a consacrées, et qui nous rejettent tous ensemble, au nom de je ne sais quel Évangile républicain nouveau ; à les entendre, la politique modérée n aurait pas répondu au besoin de réformes qui agite toute démocratie, et la démocratie française en particulier. Mais à quelle réforme voulue par le pays, même dans l'opinion, la politique modérée s'est-elle montrée récalcitrante ? Est-ce par hasard à la défense de la société civile contre les empiétements du cléricalisme ? Qui oserait le dire? Celte campagne, elle a été dirigée et conduite par des modérés {approbation), et j'ajoute qu'elle a réussi. Et, à cette heure, après avoir repris au cléricalisme le terrain qu'il avait usurpé, nous avons nettement marqué la frontière entre la politique anticléricale qui est la vOtre, et la politique antireligieuse que nous répudions. {Vifs applaudissements.) C'est la politique modérée, ce sont les hommes modérés qui ont fait cela. Ce sont eux qui ont assumé cette responsabilité redoutable et qui ont mené toute la campagne {Vive approbation) et j'ose dire que, sans eux, la campagne n'eût pas abouti. Est-ce que la politique modérée s'est montrée réfractaire à cette immense réforme, la plus grande de toutes les réformes assurément, la réforme de l'éducation ? Est-ce qu'elle a marchandé son concours ? Est-ce qu'elle a reculé devant aucun problème ? Et si vous possédez dans quelques jours la trilogie à laquelle depuis longtemps l'instinct républicain s'est confié : obligation, gratuité, laïcité de l'enseignement, à qui le devez-vous, sinon à la politique modérée? {Vifs applaudissements,)

Est-ce que la politique modérée s'est montrée plus réfractaire à la réforme des institutions vieillies ? Est-ce que nous n'avons

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pas pris riniliative d'une réforme de la magistrature, question grave, messieurs, difficile, incomplète, qui peut être abordée de bien des manières, soit au point de vue des nécessités présentes et sur le terrain des expédients, soit, au contraire, comme une grande réforme démocratique, ayant pour but de mettre en rapport Torganisation de la justice avec Tensemble des principes de Torganisalion républicaine ? Ces grands problèmes, ce n'est pas le cléricalisme qui le résoudra. S*ils sont résolus, ils le seront par les modérés. {Bravos!} Est-ce que la politique modérée s'est montrée plus réfractaire sur le terrain de la réforme des impôts? Non, messieurs; seulement, nous avons pensé qu'avant de réformer les impôts, il fallait les alléger en supprimant les plus mauvais. Or, en quatre années, je vous prie de retenir ce chiiïre, la majorité républicaine qui a eu la haute direction des budgets et des finances de la République, a voté une somme de dégrèvements qui ne monte pas à moins de 280 millions et même de 300 millions, ou peu s*en faut. Si Ton fait bien le compte ainsi, la République, gouvernée par les républicains, a déchargé d'environ 300 millions, en cinq années, les épaules des contribuables, de ces admirables et laborieux contribuables qui payent l'impôt sans se plaindre avant même qu'il soit échu, et qui sont les fondateurs véritables du gouvernement républicain. (Vive approbation.) Cela étant, messieurs, je me demande, en vérité, comment l'on pourrait faire pour diviser la majoritéré publicaine. Cette majorité se compose, chacun le sait, non pas de deux fractions — le mot n'est pas juste et ne répond pas à la vérité des choses — mais de deux nuances. Ces deux nuances ont été associées dans le gouvernement. Depuis quatre ans, on a fait de vains efforts pour les séparer ; elles sont restées unies. Pourquoi ? C'est que, si le parti républicain aune aile droite et une aile gauche, comme toute armée en campagne, il a surtout un centre très nombreux et très solide, le corps d'armée qui voit l'ennemi, qui ne le perd pas de vue et qui ramène vigoureusement, à l'occasion, tous les excentriques de l'aile gauche ou de l'aile droite. (Bravos).

Le rôle d'un gouvernement est précisément de marcher avec ce corps d'armée. C'est pourquoi, je le répète, je ne comprendrais pas comment et sous quel prétexte ces deux

grandes nuances du parti républicain, si unies dans raclion politique et gouvernementale depuis cinq ans, pourraient se diviser sur le terrain électoral? Non, elles ne se diviseront pas, pas plus que le ministère qui représente, à cette heure, et qui représentera au moment des élections, Tunion intime, loyale, durable des deux fractions du Parlement. {Nouveaux bravos.) Ainsi on ne se désunira pas, parce qu'il n'y a pas de raison de se désunir ; on restera uni, surtout parce qu'il y a des raisons considérables de ne pas se diviser. Messieurs, est-ce que nous sommes au bout de nos efforts, est-ce que cette République que nous avons fondée et qui a poussé dans le sol national de si profondes racines, est-ce qu'elle est, à l'heure présente, dans les meilleures conditions de fonctionnement sur le terrain parlementaire? Est-ce que vous ne voyez pas qu'il y a, à la Chambre des députés, 130 ou 140 monarchistes irréconciliables? Ce serait une illusion, funeste et puérile à la fois, que de s'en aller à la bataille électorale sans penser à ce facteur, si incommode dans nos affaires. Savez-vous bien, messieurs, que, si ce groupe qui pèse si lourdement sur notre politique ne décroît pas dans la prochaine Chambre, le gouvernement de la République pourrait bien devenir difficile? Ne voyezvous pas que toutes ces hésitations, toutes ces faiblesses qu'on reproche au Gouvernement et à la majorilé républicaine proviennent de là précisément? Par conséquent, le véritable problème des élections prochaines se pose ainsi : Eliminer de ce groupe hostile à la Constitution républicaine, un nombre de députés assez considérable pour mettre définitivement à l'abri des coalitions de droite et d'extrême-gauche le ministère voulu par la majorilé. {Vifs applaudissements,) Ceci, n'est pas sans doute de la politique transcendante : je ne vous apporte pas de ces grandes formules comme on les fabrique en ceilains lieux ; je ne vous invite pas à voter pour la séparation de l'Église et de l'État, ou pour l'impôt unique, ou pour quelqu'une de ces théories platoniques, de ces formules absolues qu'on jette en pâture à l'opinion. Non, je parle à des hommes qui savent par expérience que la victoire est le prix de l'union, et qui pensent comme moi que, tant qu'on n'est pas assuré de la très grande majorité dans les deux Chambres, on ferait un travail détestable, imprudent, chimérique, plus que

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chimérique, dangereux pour la République elle-même, en cherchant à diviser en deux camps hostiles ce grand parti républicain. {Bravos,)

Non, messieurs, le moment n'est pas venu pour les républicains de se classer en « wighs » et en « tories » ; non, nous sommes au combat, nous sommes sur la brèche, nous avons devant nous 130 sièges de monarchistes à conquérir. Divisés, nous y échouerons, tandis que, si nous sommes unis, nous ferons enfin un gouvernement républicain, un terrain parlementaire solide, et c'est à cette œuvre que je vous convie, mes amis. Restons donc dans la ligne que nous avons suivie, restons fidèles à la méthode qui nous a donné la majorité, une majorité insuffisante encore, mais qui doit vous conduire à la majorité pleine et entière. Alors, si on le veut, si on le croit utile, nécessaire, on fera la division en wighs et en tories ; mais jusque-là restons ce que nous sommes, ce que nous avons été : républicains et rien que républicains. {Nouveaux applaudissemenis,) Ce sont là des conseils de sagesse, d'une sagesse que quelques-uns déclareront demain une sagesse provinciale ou départementale. Je suis très fier, quant à moi, de m'en tenir à cette sagesse-là, et je crois que la grande majorité du pays, qui se compose de travailleurs, d'honnêtes gens, qui demandent avant tout au Gouvernement de protéger la liberté de leur travail et la sécurité de leur existence, je crois, dis-je, que la masse du pays est infiniment moins agitée que ne le supposent les politiciens de la capitale. Je crois qu'elle est paisible, qu'elle est satisfaite parce qu'elle se sent maîtresse de ses destinées : qu'elle sait qu'elle n'est plus à la merci d'aventures : parce qu'à ses yeux, la République, c'est l'ordre, la stabilité, si on ne touche pas à la Constitution, la paix, oui la paix, mais celte paix qui est la sagesse et que le pays a appris à distinguer dans des événements récents de cette paix trompeuse et timorée qui sermlVettSLcement (Vifs applaudissements.) Gomme si la France pouvait s'effacer de la carte du monde I (Nouveaux applaudissements.) C'est pour cela que le pays est rassuré et qu'il est paisible, et qu'à mon sens, il ne demande qu'à renouveler ce mandat de sagesse et de fermeté qu'il donnait, il y a quatre ans, à la majorité républicaine.

Messieurs, lorsqu'au mois de janvier 1879, la République fut

devenue absolument maîtresse d'elle-même, et que la nation eut à choisir celui à qui elle confierait la garde de nos jeunes institutions, ce fut, en quelque sorte, un pressentiment national et comme un mouvement irrésistible de Tesprit public qui porta au rang suprême un des plus sages entre les sages. C'est sous cette égide, sous ce symbole, que se sont déroulées et se dérouleront longtemps encore les destinées de la République. Restons dans cette voie, messieurs; je vous propose de boire à Tunion du parti républicain, à sa fermeté, qui ne s*est jamais démentie, et surtout & sa sagesse I {Applaudissements prolongés.)

DiBConrs do Nancy, du 10 août 1881*.

Le 10 août 1881, M. Jules Ferry, président du Conseil, arrivait à Nancy à 3 heures de raprès-roidi; il venait de Saint-Dié et était accompagné par Je préfet des Vosges. Le maire de Nancy, M. Volland, son conseil municipal, le préfet de Meurthe-el-Moselle, le général Hanrion, le recteur et M. Alfred Rambaud, chef du cabinet, attendaient le ministre à la gare.

M. Jules Ferry alla présider à la distribution des prix des écoles communales; six mille enfants assistaient à cette solennité, groupés sous les magnifiques ombrages de la pépinière. Le président du Conseil prononça l'allocution suivante :

Messieurs,

Quand je fus, il y a quelque temps, mis en demeure pîir M. le maire de Nancy d'accomplir une promesse qu'il m*avait été doux de faire et qu'il m'est plus doux encore de tenir, celle de présider une des solennités universitaires de la ville de Nancy, M. le maire me donna le choix entre la distribution des prix du lycée et celle des écoles communales.

Je n'hésitai pas : je choisis les écoles primaires {Bravos), sachant bien que TUniversité ne jalouserait pas un seul instant ces pupilles de la nation, sur lesquels elle fait reposer plus que jamais tout son espoir, comme tout l'avenir de la patrie. {Applaudissements répétés,)

De ce choix, qui m'a été dicté par le sentiment, je dirais presque par l'instinct d'un devoir particulier de la République vis-à-vis des écoles communales, je recueille aujourd'hui la

h V. VOfficiel Ou 13 août 1881, ai le Temps du 12 août.

plas toachante et la plus magnifique des récompenses. ( Vif$ applaudissements,)

Le spectacle que vous donnez ici est, à ce qu'il me semble, unique au monde. Dans notre France si bien ordonnée dans ses manifestations, mais — il faut bien le dire — si insuffisamment pénétrée des habitudes des démocraties libres, nous n avons pas encore la coutume de ces fêtes qui font Forgueil et la joie de nos voisins, les Suisses; de ces fêles qui nous apparaissent comme la révélation et l'image de ce que peuvent être et de ce que seront dans l'avenir les fêtes d'une religion qui n'a pas de dissidents : la religion de la patrie. {Bravos et applaudissements prolongés.)

Ce que je viens d'entendre de la bouche de M. le maire de Nancy est un véritable monument élevé à Thonneur de vos municipalités successives et de l'intelligente population qui leur a donné sa confiance. {Assentiment général.)

Oui, je constate qu'ici, avant même nos grandes et douloureuses épreuves, un sentiment profondément réfléchi, profondément résolu, avait placé au premier rang des préoccupations des magistrats de cette cité le soin des écoles et les progrès de l'éducation.

Mais, depuis dix ans, messieurs, combien cet exemple, que vous avez été les premiers à donner et dont la spontanéité est si honorable pour vous, combien cet exemple a été suivi, et que de grandes choses ont été accomplies sous l'impulsion de ces grandes et terribles leçons! Quel beau spectacle, fait pour honorer notre race et jusliiler une fois de plus ce que l'on a dit de la puissance et de la justesse instinctive du génie français; qnel beau spectacle d'une nation réduite à la dernière extrémité, accablée sous le poids de malheurs immérités, à peine relevée des champs de bataille de douleur et de honte, ne jetant que ce cri vers le ciel : des écoles 1 {Longs applaudissements.) C'est là, messieurs, le trait principal, le trait dominant et, dans une sphère en apparence modeste, le trait le plus glorieux de notre relèvement national.

Elle sort des couches les plus profondes et, en quelque sorte, des entrailles du pays, cette grande pensée qu'il importe de commencer la régénération de la société française et de l'esprit français par les petits enfants {Bravos), par les salles d'asile.

par les écoles de filles. Il y a là, de la pari de cette grande démocratie française, une preuve remarquable de droiture d^esprit, de virilité morale, je dirais presque de vertu intellectuelle, qui me frappe au plus haut degré..

Il y a là, messieurs, un fait consolant dont je suis, dont j*ai le bonheur d'être le témoin intime et quotidien. Au milieu de tant et de si lourdes préoccupations, au milieu d'affaires si multiples, de tant de contentions et de luîtes, savez-vous quelle est rheure de la récompense pour le ministre de Tinstruclion publique? c'est celle où passe sous ses yeux la feuille qui contient les demandes de subventions pour les écoles primaires. Ce qui est pour lui une joie sans pareille, ce qui le paye largement de ses travaux et de ses efforts, c'est de constater que chaque jour va grandissant le nombre des petits villages qui viennent à la lumière, des communes pauvres, besoigneuses, accablées par les centimes additionnels, qui s'imposent encore de nouvelles charges.

Aujourd'hui, en effet, depuis les grandes villes jusqu'aux petites, depuis les populations ouvrières des villes, à l'esprit plus éveillé, jusqu'aux populations agricoles, courbées sur le sillon, la passion des écoles, la passion de la lumière, la passion du savoir est devenue vraiment la grande, la salutaire, la noble passion nationale. {Vifs applaudissements,) C'est pour cela que je suis ici, messieurs, non seulement comme chef de ce grand département démocratique de l'Instruction publique, mais comme chef du Gouvernement, et je me plais à croire qu'il n'y a pas seulement une rencontre produite par le hasard dans ce fait que celui qui a l'honneur de diriger les affaires du Gouvernement est celui qui dirige les affaires de l'instruction primaire : car il n'y a pas, pour la République, d'affaires qui passent avant celles de rinstruclion populaire. (Bravos et vifs app laudissemen ts . )

Monsieur le maire de Nancy, vous avez fait un très grand, très beau et très véridique tableau des résultats auxquels vous éles arrivés par vos propres efforts : car toutes ces écoles, ces sept mille enfants, ces dix classes de garçons, ces neuf écoles de tilles, ces asiles, tout cela, c'est votre œuvre 1

Citoyens de Nancy, c'est l'œuvre de la municipalité nancéenne, et vous avez mis quelque coquetterie à vous passer,

pour accomplir ces grandes choses, da concours de TËtat. Mais rËlal considère qu'il est devenu parla même votre débiteur. Il faut que notre compte s'équilibre. {Rires approbatifz.)

Puisque vous avez parlé de nouveautés qui me sont chères, dont je poursuis la réalisation, dont je voudrais avoir le temps de poser au moins les premières assises ; puisque vous avez parlé d'un développement nouveau de renseignement du dessin, de l'introduction du chant dans les écoles publiques, du chant, cet instrument de civilisation, cet organe vivant du patriotisme ; puisque vous avez parlé de toutes ces choses nouvelles de renseignement primaire supérieur et de l'enseignement professionnel dans toutes ses variétés, et que vous entrez à ce point dans les vues auxquelles nous sommes le plus attachés ; puisque vous êtes convaincus qu*un bon système d'éducation nationale doit développer tous les germes contenus dans ces petites intelligences, atin de créer, comme le disait si bien M. le maire, et de réaliser, dans notre pays, la véritable, la seule égalité, l'égalité des esprits, l'égalité de tout le monde devant le talent eU devant la science. (Longs applaudissements,)

Puisque vous voulez faire toutes ces choses, puisque vous avez compris que c'est là le gage, la base, le fondement essentiel d'une véritable réforme démocratique et sociale, celle qui s'accomplira par la diffusion de l'enseignement, puisque vous avez posé le problème dans ses véritables termes, puisque vous considérez que ce n'est pas assez d*apprendre à lire, et qu'il faut élager au-dessus de l'école primaire tous les enseignements accessoires, toutes les formes possibles d'écoles primaires supérieures, d'écoles professionnelles, d^écoles nouvelles d'apprentissage, pour arriver peu à peu à l'enseignement secondaire spécial, — une autre création, essentiellement démocratique, à la réalisation de laquelle je convie de toutes mes forces l'Université française; — puisque vous avez tous ces désirs et toutes ces ambitions, vous nous trouverez pour collaborateurs dévoués, généreux, comme on a le devoir de l'être quand on dispose de la fortune de la France, et nous pourrons peutêtre, un de ces jours, réaliser toutes ces belles créations, dont vous nous avez présenté le tableau qui gravera à jamais dans la mémoire des Nancéens et dans ma profonde gratitude la fête que vous voulez bien donner aujourd'hui au chef du Gouver-

J. Ferry, Diêcottrt, VI. 5

nemeDt et au miDislre de riDstruction publique. (Bravos et applaudissements répétés,)

Messieurs, la population nancéeDoe vient de me faire tout à l'heure un accueil que je n'oublierai jamais. J'ai vu, depuis la gare, jusqu'à la préfecture, une rangée de peuple serrée en couches profondes, et les acclamations étaient tellement ardentes, tellement nombreuses que j'en étais, en vérité, confondu, et je me disais : « Pourquoi cette popularité, que je n'ai pas cherchée ? Suis-je donc un de ces tribuns de l'utopie, qui vont de ville en ville, leurrant de promesses chimériques les populations ouvrières? » Non, on me range plutôt dans la catégorie des esprits sages, réfléchis et modérés. [Vifs applaudissements.)

Pourquoi l'âme du peuple, les yeux du peuple se tournentils ainsi vers moi ? Ah I c'est qu'un bon sens supérieur, un instinct infaillible lui fait voir en moi, non pas la personne, non pas le député, non pas le ministre, mais ce grand service de l'Instruction publique qui est le fondement même, l'origine, le développement de toute réforme sociale, qui est la réforme sociale elle-même, car il comprend en lui-même toutes les réformes. [Nouveaux applaudissements,)

Eh bien, messieurs, pour cet accueil, merci I II est, j'ose le dire, une récompense suffisante de plusieurs années de travaux et d'efforts.

Citoyens de Nancy, qui m'entendez, mon âme, mon cœur, mon intelligence sont à vous. Vive Nancy I Vive la République ! (Bravos et applaudissements prolongés. — Acclamations. — Vive la République! Vive Jules Ferry!)

A huit heures du soir, un banquet réunissait, dans le grand salon de l'Hôtel de ville, deux cent cinquante invités. M. Jules Ferry présidait. On remarquait à la table d'honneur MM. Voliand, maire de Nancy, Varroy et Bernard, sénateurs, Berlet, Duvaux, Petitbien, députés, Baile, préfet de Meurthe-et-Moselle, Bœgner, préfet des Vosges, les généraux Hanrion et Rebillot, Ballot, premier président, Fourcade, procureur général, Mourin, recteur, Rambaud, chef de cabinet du ministre, Adam, Sidrot, Baradez, Lestaudin, adjoints.

A neuf heures, M. Varroy, sénateur, porte le toast suivant à M. Jules Grévy, président de la République :

M II y a quatre ans, dit-il, s'ouvrait une période pleine de menaces

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pour la République, je pourrais même dire pour la France, que Tordre moral risquait de faire sombrer dans la plus immorale des aventures, f^e commerce était arrêté, les forces du pays paralysées. Quel contraste aujourd'hui ! Les élections se préparent dans un calme profond; la confiance est générale, le crédit florissant. La France sait que la garde de ses institutions est confiée au plus loyal des magistrats. C'est une dette de reconnaissance à accomplir que de porter la santé du Président respecté de la République. Je bois à M. Jules Grévy! {Longs applaudissements.)

M. Yolland, maire de Nancy, porte ensuite la santé de M. le Président du conseil.

En consentant, dit-il, à prolonger votre séjour parmi nous, vous nous avez fait un honneur dont nous sentons tout le prix. Les hommes qui ont la bonne fortune et la noble ambition de diriger les affaires publiques, ou qui, comme vous, ont le talent et le dévouement nécessaires pour soutenir le poids du pouvoir, sont attaqués avec tant d'injustice par des ennemis passionnés qu'il est bon qu'ils sachent qu'ils ont aussi des partisans moins bruyants, mais nombreux, dévoués et convaincus, qu'il faut qu'à certains moments les sympathies s'affirment. Tous, nous avons applaudi à votre œuvre de fermeté et de modération. Je réponds au vœu général en proposant un toast en l'honneur d'un compatriote qui nous est cher, à qui nous devons tant dans le passé et dont nous espérons tant dans l'avenir !

M. Jules Ferry a pris la parole en ces termes :

La vie publique, monsieur le maire, vous le disiez avec raison tout à rheure, est surtout faite de luttes, de contentions, d'injustices et d'amertumes; elle trouve beaucoup d'envieux parmi ceux qui ne la connaissent pas, mais elle réserve à ceux qui l'exercent sous un gouvernement républicain, qui la pratiquent comme un devoir, des charges, des travaux et point de jouissances.

Voilà des années que j'ai ce que l'on appelle la jouissance du pouvoir ; je n*en ai connu, je vous l'assure, que les efforts, les luttes et les travaux. Aussi est-ce un jour de bénédiction, un jour de récompense que celui qui m'est aujourd'hui offert par la généreuse hospitalité de la ville de Nancy et par la sympathie affectueuse que les citoyens les plus humbles, que les magistrats les plus élevés, que les élus du peuple nancéen à tous les degrés me prodiguent en ce jour, unique dans ma vie (Applaudissements), dans lequel, je vous le dis sans phrases et

sans emphase, vous avez conquis mon étemelle et profonde reconnaissance. (Nouveaux applaudissements).

Eh bien, oui! que ce jour soit un jour de liesse et de joie, non seulement parce que vous m'y donnez ce couronnement si précieux, si glorieux de ces trois années d'efforts, mais parce qu'il est aussi pour le pays un jour de confiance et de reconfort. Je me rappelle, et je ne puis chasser ce souvenir en prenant la parole dans ces salles magnifiques, dans ce palais que les ducs de Lorraine ont légué à la République française... {Rires)y je ne puis bannir ce souvenir qui me hante, qui me presse, qui surgit à chaque parole : il y a quatre ans de cela, j'étais reçu ici, comme aujourd'hui, par la municipalité.

On était en pleine période du 16 Mai ; c'était par une singulière fortune, par une extraordinaire hardiesse que des députés, chassés la veille par les hommes du maréchal, trouvaient ici, non seulement asile, mais honneur, et que nous nous asseyions, sous la présidence du maire de Nancy, M. le sénateur Bernard, à la table d'honneur du concours régional de Nancy. [Marques nombreuses (f approbation.)

Certes, il ne fallait pas moins qu'une cité aussi fermement républicaine, une municipalité aussi fermement imbue de l'esprit de résistance que celle que représentait alors M. le sénateur Bernard, pour qu'une pareille excentricité se produisît sous le régime de M. de Broglie! {Hilarité,) Je vois encore ce préfet, aux yeux anxieux et effarés (Hires et applaudissements), hésisitant entre les députés qui avaient dissous et ceux qui avaient été dissous, placés les uns et les autres à la même table et se demandant si, par hasard, la fortune n'allait pas se prononcer pour ceux qui avaient été dissous. Je vois encore, je sens encore l'étrange pesanteur, la curieuse et mortelle équivoque de cette singulière cérémonie, cet étrange amalgame de ce qui avait été hier et de ce qui allait être demain, et me reportant par la pensée à des villes moins heureuses, moins favorisées, moins libres, à des pays où l'autorité faisait sentir durement sa main, je revois toutes les oppressions, toutes les tyrannies, toutes les fraudes qui ont dénoncé à la justice immortelle de l'histoire les auteurs et les complices du 16 Mai. {Applaudissements répétés.)

Je les revois, je les retrouve, je les dénombre, non pour les maudire. Assurément ces hommes nous ont rendu, sans le

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savoir, un des plus grands services que la République nouvelle ait pu recevoir : ils nous onl fait comprendre notre force et ils ont montré à ce peuple, remis à Técole de l'adversité, ce que peuvent des âmes de citoyens, d*hoinmes libres, en face de dirigeants aiïolés, en face de partis accouplés dans une honteuse alliance, sous une direction obscure, et, précisément parce qu'elle était obscure, propre à couvrir toutes les hypocrisies, tous les compromis sournois et coupables, sous la domination de ce parti clérical qui a donné à toute cette période son nom et son caractère, que nos paysans des Vosges, dans leur langage énergique, ont qualifié de gouvernement des curés. {Bravos et applaudissements.)

Je revois tout cela, non pour le flétrir ou Texécrer, mais pour nous donner à nous-mêmes, citoyens d une République afTran^ chie par la volonté et la résolution d'un peuple libre, la douceur et le juste orgueil de comparer ce que nous étions il y a quatre ans avec ce que nous sommes aujourd'hui. De cette comparaison, ce qui doit sortir, messieurs et chers concitoyens, permettez-moi de le dire, sans m'arréter au scrupule, à mon avis, étroit et déplacé de la situation que j'occupe, ce qui doit, dis-je, sortir et ce qui sortira de celte comparaison, s'il y a une justice, et la justice est immanente au cœur du peuple : c'est un acte de gratitude nationale et populaire pour cette majorité libérale et courageuse qui a combattu le gouvernement personnel, et qui, depuis quatre ans, a fait connaître à la France les bienfaits de la liberté la plus absolue, au milieu de Tordre le plus parfait, le progrès continu, le bien suprême de l'État et de la République mis au-dessus de Tinlérét des partis. [Applaudissements,)

Messieurs, on attaque beaucoup cette majorité : je me réjouis d'avoir la parole à cette heure pour dire, moi aussi, comme c'est mon devoir et mon droit, ce que j'en pense. C'est avec quelque amertume que l'on peut lire, depuis un temps déjà long, dans des journaux, très républicains à leur manière, les mêmes attaques, les mêmes injures, les mêmes calomnies, les mêmes mépris que prodiguait toute la presse du 16 Mai à la majorité des 363. Ce sont les mêmes mépris, ce sont les mêmes injures, ce sont les mêmes injustices transposés d'une presse à l'autre.

Le pays est plus juste : je ne dis pas même Thistoire, qui est la justice venant à son heure, parfois tardivement, mais venant pour tout le monde, non, je dis le pays, le suffrage universel, celui de demain : il répondra victorieusement, au milieu de ce calme profond, qu*on avait raison de signaler tout à Theure, en la pleine possession de son entière liberté, qu'aucune pression officielle ne cherche, si peu que ce soit, à diminuer, qu'aucun péril, intérieur ni extérieur, ne pourrait troubler, il répondra à la question qui lui est posée en disant : « Oui, la Chambre des 363 a bien mérité du suffrage universel et de la République! » {Très bien! et applaudissements.)

Voilà ce que j*ai dit, il y a deux mois. Je me suis permis alors cette prévision, je n'ose dire cette prophétie : témoin, dès cette époque, des efforts tentés contre cette majorité par tous les partis extrêmes, j'avais la conviction profonde qu'on ne ferait pas de ce pays calme, confiant, libre, prospère, sortir des élections d'exclusion contre la Chambre qui venait, avec tant d'honneur pour elle et de profit pour le pays, de tenir pendant quatre ans le gouvernail, des élections de protestation et de révolution contre la République constitutionnelle et parlementaire à laquelle, j'imagine, nous devons quelque reconnaissance. Je le disais avec une conviction profonde, et je le répète aujourd'hui, à la veille de l'événement : « Oui, ces élections feront triompher de nouveau l'esprit de sagesse, qui est entré pour une si grande part dans le succès de l'établissement républicain, et l'esprit de concorde entre républicains, qui a été la grande force de notre parti dans les jours difficiles, et qui doit rester à tout jamais son évangile dans les difficultés du présent et de l'avenir. » ( Vifs applaudissements,)

Les élections prochaines seront des élections de sagesse, des élections de concorde. Elles seront, de la part du suffrage universel, des élections de gratitude envers les meilleurs serviteurs de la patrie et de la République qu'on ait connus depuis longtemps. (Marques unanimes d'approbation.)

Vous me faisiez tout à l'heure beaucoup d'honneur, monsieur le maire, en voulant bien rappeler les services que j'ai pu rendre à la cause de l'enseignement populaire, à la cause de l'avenir, à la cause de la démocratie française; permettez-moi de vous faire remarquer (jue, pour toutes ces choses, la plus

grande part de notre gratitude, c'est au Parlement qu'elle doit revenir. C'est le grand sens politique de cette Chambre, sur laquelle doit s'exercer dans quelques jours le jugement du suffrage universel ; c'est le solide esprit de cette m^'orité, dont a été pénétrée la politique du ministère et particulièrement du département de Tlnstruction publique ; c'est ce grand soufQe de démocratie, de sincérité qui, se dégageant de la msgorité des 363, en qui s'incarnait, avec tant de vérité et tant de force, à un moment si remarquable de notre histoire et dans un état si particulier de l'opinion publique, le génie même de la France : c'est tout cela qui a pu permettre à un homme politique de faire ou de tenter les entreprises dont vous avez parlé. Mais il commettrait le plus détestable péché du monde, le péché de vanité, le plus grand qu'un homme politique puisse commettre, s'il se permettait d'oublier ce qu'on doit aux efforts de ceux qui ont le plus de mérite dans l'œuvre accomplie : je veux parler de la majorité avec laquelle nous avons gouverné.

Messieurs, on a dit que cette msgorité était irrésolue, qu'elle n'avait pas de programme, qu'elle avait été bonne pour balayer le 16 Mai, mais que, pour fonder quelque chose, il fallait d'autres hommes. Autant de reproches, autant d'ingustices I Est-ce que ce fut une m^'orité irrésolue que celle qui, dès le premier jour — je parle de ce jour qui précéda l'événement de mai 1877, ce jour où elle sortit des entrailles du pays en 1876, à la première épreuve du gouvernement de la République définitive parmi tant d'ennemis — alla droit au plus puissant, au plus dangereux des partis, à celui qui semblait le plus invulnérable, au parti clérical, frappant droit à la tête et disant au pays : « Voilà le mal ! » (Bravos et applatidissements répétés,)

Est-ce que ce fut une msgorité irrésolue que celle qui poursuivit cette lutte jusqu'à la veille de la dissolution, sachant pourtant qu'à mener plus loin ce grand combat, elle risquait d'attirer sur elle les foudres que l'influence dominante alors tenait suspendues sur sa tête? Est-ce que ce fut une majorité irrésolue que celle qui, après la dissolution du 16 Mai, a repris la tâche qu'elle avait laissée, est rentrée dans cette voie marquée par des étapes diverses, par des fortunes différentes, par des succès inégaux, par des revers aussi, par l'article 7, qui fut un succès à la Chambre, un succès devant le pays et un

revers au Sénat, par Texécution des décrets, qui fut la réplique victorieuse au rejet de Tarticle 7 ; une majorité irrésolue, celle qui a voté cet ensemble de lois sur Taumônerie militaire, sur les bureaux de bienfaisance, sur Tadministralion des hospices, sur renseignement à tous les degrés, sur Tobservation du dimanche; ces lois si nombreuses, si variées, si intelligemment combinées, soit par l'initiative individuelle, soit par Tinitialive gouvernementale, pour chasser de toutes les positions, conquises depuis trente ans. ce grand péril, cet adversaire redoutable de la société française, cet ennemi du progrès moderne et du parti républicain , l'adversaire clérical ?

Est-ce là une politique indécise, équivoque ; est-ce là une politique qui n'est pas réformatrice? Mais, messieurs, quelle est la plus grande, la plus importante réforme, celle qui contient toutes les autres ? La réforme de l'éducation nationale. Eh bien, a-t-on jamais vu dans l'histoire une assemblée qui, du premier jour, ait plus clairement entrevu la position du problème, qui l'ait plus sagement circonscrit, qui en ait poursuivi la solution avec plus de clairvoyance, de persévérance et de succès?

Oui, de succès, j'ose le dire, malgré des difficultés passagères, mais je suis convaincu que si nous ne jouissons pas encore, à l'heure présente, du triple bienfait de l'éducation gratuite, laïque et obligatoire, nous n'en sommes séparés que par bien peu de mois, par bien peu de discussions et par bien peu d'efforts.

Nous avons fait, messieurs, des choses plus difficiles, et la Haute Assemblée qui a commis la faute impardonnable, dont elle aperçoit peut-être à cette heure les graves conséquences, d'entraver, dans une matière qui tient à ce point au cœur de la nation, la poursuite du progrès, cette Haute Assemblée a fait, sur la demande d'autres cabinets et d'autres ministres et dans des circonstances plus difficiles, des sacrifices plus pénibles que celui que nous lui demandons aujourd hui. Nous pouvons donc dire que la Chambre, malgré cet échec de la dernière heure, a pu donner au pays le plus grand ensemble de réformes scolaires, et, par conséquent, le plus grand, le plus magnifique commencement de réformes sociales que jamais assemblée ait eu à produire au peuple qui la juge.

Messieurs, je crois que les élections seront, comme je le

disais à Épinal, modérées, c est-à-dire dégagées de toute passion violente, soit contre la majorité, qui va se soumettre au jugement des électeurs, soit contre la Constitution même qui nous régit.

Je touche ici à un point délicat ; si je le passais sous silence, on dirait que j*ai peur de m*en expliquer; ce serait plus commode, mais ce ne serait pas brave et, de plus, ce serait inutile parce qu'en politique, il n'y a d'utile que la franchise. ( rrès bien! très bien!)

Eh bien, avec beaucoup de franchise, voulez-vous me permettre de vous dire ce que je pense de cet élément nouveau qui, sous la forme et sous le nom d'une certaine revision de la Constitution, semble troubler les esprits sensés?

Messieurs, il m'a été donné sur ce sujet, par un grand nombre d'écrivains, par des journalistes autorisés, dont j'ai l'habitude de faire le plus grand cas et qui me montrent le plus souvent la plus affectueuse sympathie, il m'a été donné des conseils divers, tous bien intentionnés, tous offrant assurément certains avantages, mais si contradictoires entre eux qu'il m'est impossible de les suivre tous [Rires approbatifs), et que je me trouve forcé d'en revenir à ce qui est le fond de ma diplomatie. Je vais vous en parler avec sincérité, avec franchise, non seulement comme à des citoyens, mais comme à des amis.

Eh bien, messieurs, si la cause d'une certaine revision du pacte constitutionnel parait avoir fait quelque chemin dans les esprits, si, dans bon nombre de circonscriptions électorales qui ne sont pas des plus échauffées ni des plus irréfléchies, mais bien des pays sages, posés, ayant compris la leçon des événements, ayant acquis leur expérience et fait leur éducation politique, cette cause de la revision tempérée, partielle et mitigée, semble en progrès, je tiens à bien faire remarquer, — et il faut que cela soit soigneusement noté par tous les serviteurs de la République, afin que nous ne tombions pas dans une étrange confusion, — entre celte revision partielle mitigée, consentie par l'Assemblée dont il s'agit de modifier le recrutement, revision amiable et de gré à gré, celle qu'un grand orateur a exposée à Tours, celle qui peut être conçue sous des formes très diverses, car les solutions sont ici très nombreuses, et depuis le jour que cette question est née elles n'ont pas été,

on en conviendra, sufflsanoinent étudiées, entre cette révision et la revision absolue, impérative, violente, radicale, qui est la thèse favorite des partis intransigeants, il n'y a pas seulement une nns&ce, il y a un abime {Bravos et applaudissements); voilà ce qu*il faut qu*OB sache.

Il ne faut pas qu'il soit permis à des partis extrêmes, dont la minorité — je me suis permis de le prédire au plus habile et au plus éloquent d'entre eux — va s'accuser par des chiffres bien modestes, de déguiser sous un nom commun des idées, des principes et des visées absolument différentes. {Bravos et applaudissements,)

Les uns en veulent à la Constitution elle-même : ce sont les ennemis passionnés, résolus de lïnstitulion des deux Chambres et de la présidence de la République, ce sont des unitaires, ce sont des simplistes. Ils révent une assemblée unique, sans contrepoids, sans règle, faisant tout ce qu'elle veut au monde.

Ceux-là, messieurs, n'ont rien de commun avec les amis clairvoyants de la Constitution républicaine, qui, en ouvrant le débat, en quelque sorte, devant la nation, sur un des articles de cette Constitution, se proposent non de la miner ou de l'amoindrir, mais de la fortifier. ( Vifs applaudissements.) Telle est du moins leur intention ; telle est leur pensée. Je ne dis pas que ma pensée soit conforme à la leur : j'ai là-dessus le sentiment que je vous ai fait connaître déjà. Je n'en ai pas changé, malgré des déceptions qui ont dû être plus cruelles pour le ministre qui a présenté au Sénat la loi sur l'obligation et la laïcité, que pour toute autre personne en France. Ces déceptions n'ont pas changé mon sentiment, je le répète, que voulez-vous? C'est sans doute une façon d'être .qui m'est particulière, mais je suis, jusqu'à la manie, partisan de la stabilité de la République. {Nouveaux applaudissements et bravos répétés,)

Je vois qu'après avoir fait beaucoup de Constitutions à leur guise, suivant leurs théories, suivant leurs visées propres, toutes Constitutions qui n*ont pas réussi, qui ont abouti à la dictature, à la monarchie, à la ruine du pays, les républicains ont eu la singulière fortune, la chance inattendue de rencontrer un édifice républicain dressé contre eux et qui leur a servi dabri {Vives marques d'approbation), une Constitution, faite contre la République, qui a sauvé la République {Applaudis*-

sements), une organisation du Sénat, bizarre et insoutenable en théorie, croù est sorti en fait le salut de la démocratie.

C'est ainsi que, depuis dix ans surtout, se retournent contre nos adversaires tous les engins si savamment construits par eux, tels que la loi des conseils généraux dont ils semblaient faire une forteresse contre la République, et qui est devenue notre principal instrument de victoire, car c*est elle qui a commencé la défaite et la ruine des partis monarchistes. De même, la Constitution de 1875, faite par des monarchistes contre les républicains, se trouve avoir rendu à la République les plus êminents services. Tant il est vrai que, là où le suffrage universel règne, et où il a le dernier mot, peu importe la forme gouvernementale; peu importe le tissu plus ou moins bien serré, la toile d araignée plus ou moins ourdie, dans lesquels on cherche à envelopper ce maître souverain : il brise la toile d'araignée et se fait des batteries dressées contre lui un appui pour sa grandeur et pour son avenir. Voilà pourquoi je suis, à un degré si excessif peut-être aux yeux de quelques-uns d'entre vous, partisan très décidé de la stabilité constitutionnelle.

Non, messieurs, je n'ai pas la prétention d'imposer mon sentiment à la masse de mes concitoyens. Je n'ai surtout pas la prétention d'apaiser d'un mot les esprits, et de demander que, sur parole, on fasse taire des inquiétudes légitimes, des préoccupations qui naissent tout naturellement dansTopinon publique en face de certains votes, de certaines surprises, de certaine attitude de la part d'une Assemblée dont on pouvait attendre mieux. Je conçois donc à merveille que la question soit posée : mais je trouve que les unsen triomphent trop aisément et que les autres s'en alarment avec excès. Ce que j'y vois, ce n'est pas un péril : ce serait un péril si les hommes auxquels je fais allusion, et qui sont des sages entre les sages, voulaient faire de cette question un instrument de conflit, un projectile violemment jeté, dès les premiers jours de la rentrée, à travers le Sénat, assemblée rivale, et si Ton avait affaire à des révolutionnaires imprudents, ne rêvant l'avenir et la consolidation de la République que dans la lutte des deux Assemblées.

•Mais je sais quïi s'agit d'autre chose et qu'on a d'autres visées. Je sais qu'on considère le problème dans toute sa gra-

vilé, qu'on veut le traiter avec toute la prudence désirable ; je sais que si c'est là une question toujours posée devant le pays, le pays a toujours — et personne ne peut Ten empêcher — le droit de poser des questions; il reste à en étudier les détails, il reste surtout à en fixer Topportunité. [Approbation générale,)

Dans ces conditions, Je le répète, je n'y vois pas un péril, j'y vois un avertissement, que peut-être on saura entendre en haut lieu ; car, voyant combien peu il a fallu de votes impopulaires pour rouvrir une question qu'on croyait fermée, j'aime à croire que quelques votes sensés, populaires, raisonnables, qui semblent d'ailleurs dans la logique des votes déjà rendus, pourront permettre aux préoccupations d« l'esprit public de reculer encore pendant quelque temps l'investigation sur ce grand problème politique. [Vifs applaudissements.)

Voilà, messieurs, ce que je voulais vous dire sur un des termes de cette formule que j'ai employée il y a deux mois : Pas de révision.

Sur l'autre terme : « Pas de division, » que vous dirais-je qui ne soit dans tons vos cœurs? Vraiment, lorsqu'on regarde d'un peu haut cette campagne électorale, celte bataille de journaux et de discours, il semble qu il y ait dans la République deux partis aux prises, essentiellement et mortellement irréconciliables. Je ne vois, pour ma part, d'irréconciliables que ceux qui ne veulent pas se réconcilier [Rires approbaiifs); que ceux qui se mettent de gaieté de cœur en dehors de la République constitutionnelle, de la République possible, pour se lancer dans l'inconnu, dans les formules vagues, dans les promesses chimériques, dans les fantaisies révolutionnaires avec lesquelles la France républicaine, parlementaire, constitutionnelle, a, je crois, dans son immense majorité, définitivement rompu. Mais, en dehors d'eux, cherchez donc, prenez donc votre forte lunette, celle dont on ne se sert qu'en temps de période électorale [Sourires): examinez les programmes, décomposez les aptitudes politiques et dites-moi, en vérité, où est la différence réelle, où est la nuance sérieuse, où est le fossé entre ce que l'on appelle la gauche républicaine et ce que Ton appelle l'union républicaine? Me voici, moi, de la gauche républicaine, et voilà mon ami Duvaux de l'union républicaine

DISCOURS DE .NANCY. "il

ainsi que M. Berlet... Que faisons-nous autre chose avec M. Duvaux depuis trois ans que de travailler à la même œuvre et d*accomplir la même tâche ?

11 veut bien être le rapporteur des crédits des lois diverses que je présente à la Chambre. Il consacre à ce labeur cette puissance de travail, cette énergie, cette conviction, cette autorité qui lui appartiennent. ( Vifs applaudissements.)

Eh bien, nous faisons cette besogne à nous deux, et sans nous douter que nous appartenons à deux groupes différents.

J*ai vu, ou j'ai cru voir poindre dans quelques journaux, et je ne crois pas que cela ait beaucoup duré, mais cela a duré un instant^ la pensée, le plan prémédité d'opposer, dans tous les collèges électoraux de la France, un député de l'union républicaine à un député de la gauche ; cela était bien chimérique et ne pouvait donner que. des fiiiits détestables. Je ne crois pas que la tentative ait été bien sérieusement poursuivie, mais elle était réellement absurde en elle-même !

11 y a là deux groupes ; vous en connaissez comme moi l'histoire. Ils avaient des origines diverses, ils pouvaient receler en eux des tempéraments divers. Mais, depuis quatre ans, que font-ils autre chose que de travailler, que de voter ensemble?... Où aurait-on trouvé dans la Chambre une majorité quelconque pour faire quoi que ce soit si un des deux groupes avait été réduit à ses propres forces?

Dans toutes les circonstances difficiles, est-ce que ce n'est pas de leur accord parfait, constant, qu*est sortie toute la politique qui s'est faite depuis quatre ans? Eh bien, pourquoi les diviser, pourquoi les opposer Tun à l'autre, puisqu'à force de vivre ensemble et dans la vie commune, se faisant des sacrifices, comme il faut en faire dans toute vie commune, ils sont devenus un des meilleurs ménages parlementaires que l'on puisse rencontrer? (Aire^ approbaiifs et applaudissements.)

Cette majorité, d'accord sur tant de questions et surtout sur toutes les grandes questions, faut-il songer à la défaire dans les élections? Non, il faut au contraire la fortifier, et pour cela, je lai déjà dit, et je n'ai pas été le seul à le dire, — car c'est la vérité, l'évidence même, — il y a une chose à obtenir, c'est que Télément contraire, l'élément essentiellement diviseur, c'est-àdire la minorité de 130 ou 140 voix monarchistes, soit amoindri

78 DISCOUKS DE JULES FEURY.

de 50 ou 60 membres. Si je dis 50 ou 60, c*est que j'ai des raisons sérieuses de penser que c'est de ce chiffre que la minorité sera appauvrie. Alors, voilà une m^orilé faite, à moins que vous no supposiez que, par impossible» ces 50 ou 60 monarchistes déracinés avec tant de peine, après un si long temps, par la force des choses, que ces conservateurs et ces timides ne soient, par une fantaisie du suffrage universel, remplacés par un nombre égal d'intransigeants. Si les intransigeants ne dominent pas dans le Morbihan, s'ils ne sont même pas candidats dans Meurthe-et-Moselle où Ton n*est pas anarchiste» j*en conclus que les 50 ou 60 membres nécessaires pour faire celte solide et compacte majorité, nous allons les avoir.

J'en suis désolé pour les gens qui ont beaucoup d'imagination, pour ceux qui aiment la lutte électorale ardente, pour ceux à qui ne déplaisent pas les coups d'État, parce que, comme on dit, cela fouette le sang [Sourires), pour ceux-là, tout est matière à politique : ils n'entrent dans la lice politique que comme spectateurs, et ne cherchent dans la vie publique et dans rhistoire de leur propre pays que sijyets à émotions et à distractions; j'en suis désolé pour ces spectateurs sceptiques, qui voudraient accidenter Thistoire du parti républicain, qu'ils trouvent pâle, terne, incolore, suivant trop paisiblement la voie de la liberté et du progrès. Sans doute, ce n'est peut-être pas très amusant, mais je trouve, moi, que c'est très utile et très patriotique. (Applaudissements.)

Les choses iront ainsi et, je vous le demande, si ces prévisions, que je crois justes, se réalisent, qu'est-ce qui empêchera cette majorité ainsi formée d'abaisser des barrières désormais factices et surannées ? Qu'est-ce qui empêchera les groupes de ne faire qu'un groupe de gouvernement, un groupe sans épithète, et, dans ce groupe, où sera la difûcuUé de trouver assez d'accord, d'intelligence politique, de lumière pour faire les grandes choses que le pays réclame à Theure présente : par exemple, une bonne loi sur la magistrature, non pas une loi d'expédients, mais une grande loi de principes, et une loi sur les associations, sans pour cela toucher au droit supérieur de la première, de la plus haute, de la plus nécessaire des associations, je veux dire : l'Ëtat ?

Qui empêchera cette majorité de trouver en elle-même la

RÉPONSK A M. CLEMENCEAU. 79

solution des problèmes économiques, si intéressants aujourd'hui, et dont les politiques ne se préoccupent pas assez? Allez» dans vos tournées électorales, causer avec le paysan, avec cet électeur rural et républicain qui fait notre force. Sur la politique, vous le trouverez absolument d'accord avec vous ; il s'en rapporte à vous pour la conduite des affaires, il sait qu'il n'a pas étudié la politique ; vous êtes des républicains, des hommes éclairés, vous ferez la politique qui vous semblera la plus utile à la République.

Mais il a des préoccupations : il vous les manifestera bien vite, si vous entrez dans sa confidence.

Il pense à l'état de son agriculture, aux droits qui pèsent sur elle. Il a entendu parler de dégrèvements : il voudrait bien savoir ce qu'on entend par là ; il voudrait que, à la fin des fins, la politique de dégrèvement s*adressât à lui, et qu'elle se préoccupât des intérêts agricoles, après s'être préoccupée des intérêts industriels.

11 y alà pour la majorité du Gouvernement, qui se contentera de suivre avec fermeté et avec sagesse la voie tracée par la précédente, il y a là, dis-je, de quoi remplir une législature, pour le plus grand bien de cette classe rurale qui, nous ne devons pas l'oublier, est le véritable appui et la véritable sauvegarde d'un gouvernement républicain, dans un pays de six millions de propriétaires comme la France. [Vive approbation.) Donc, messieurs, je lève mon verre et je vous prie de boire à la République d'abord, à la (Chambre nouvelle et à quelque chose qui vaut mieux que la gauche républicaine et que l'union républicaine : à l'union des républicains I {Bravos et applaudissements pri>longés, — Cris de : Vive la République l Vive Ferry!)

Réponse à M. démencean. — Séance de la Chambre du 26 juillet 1881.

Dans la séance de la Chambre en date du 26 juillet 1881 S M. Clemenceau avait posé une question au président du Conseil et signalé la contradiction qui existait entre la convocation des réservistes, dont la moitié (classe 1874) ne devait être appelée sous les drapeaux que le 4 octobre, et le choix du 21 août pour le scrutin

1. V. YOfficiei du 27 juUlet 1881. Conférez plus haut, tome V, p. 1.

législatif. 11 soutint que le cabinet était responsable devant la Clivimbre de Fouverturc de la période électorale, au lendemain du décret qui convoquait les électeurs.

M. Jules Ferry, en réponse à la question de M. Clemenceau s'exprima ainsi qu'il suit :

M. JuLBS Feeey, président du conseil, ministre de Vlns^ iruclion publique et des beaux-arts. — La question qiie Thonorable M. Clemenceau vient de poser au Gouvernement est de celles auxquelles, dans la rigueur de son droit, le (touvernement pourrait ne pas répondre. {Protestations sur divers bancs à gauche.)

M. DE La Biliais. — 11 se dérobe alors!

Un membre à droite. — Ce n'est pas là un exorde insinuant.

M. LE Président du conseil. — C*est, en effet, une des prérogatives essentielles du pouvoir exécutif, investi de votre confiance, de clore la session et de choisir, dans un délai que la force des choses rend nécessairement bien court, la date précise des élections générales. Il n*y a pas de pays parlementaire où cette prérogative ne soit considérée comme appartenant essentiellement au pouvoir exécutif : c'est qu en effet, messieurs, dans une question qui met en jeu et en conflit tant de convenances diverses, soit locales, soit personnelles, le Gouvernement est seul bien placé pour discerner la convenance suprême, c'est-à-dire Tintérôt de la République. ( Très bien! au centre. — Rumeurs sur divers bancs à gauche.) Seul, il est suffisamment informé pour pouvoir dire avec sécurité au Parlement qui l'honore de sa confiance : voilà la date la meilleure, voilà la date la plus favorable, voilà celle que j'ai choisie, sous ma responsabilité, bien entendu.

Mais, jusqu'à présent, je ne savais pas que la responsabilité ministérielle pût précéder l'acte à accomplir, et j'ai Thonneur de vous faire observer que, dans l'espèce que nous examinons, l'acte suit et doit suivre nécessairement la séparation des Chambres.

Messieurs, je pourrais, sur ce terrain et sous la responsabilité du Gouvernement, répondre à l'honorable M. Clemenceau, d'abord que je ne veux pas lui répondre, ensuite que le Gouvernement n'en a pas délibéré ou qu'il n'a pas encore pris un

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