‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 10 sur 108 · LE MINISTÈRE DE FREYCINET · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE DE FREYCINET

L*expulsé qui reviendrait en France serait puni d'un emprisonnement de deux à cinq ans. On trouva un pareil projet peu satisfaisant et trop peu radical. 11 y eut un projet Basly, réclamant la conûscation des biens de la famille d*Orléans, un projet Brousse, on même plusieurs projets Brousse, qui interdisaient finalement le. territoire français à tous les princes, sauf au Gouvernement à per-, mettre la résidence à ceux qui n'étaient pas chefs de famille ou héritiers directs.

La commission en vint à proposer Texpulsion immédiate de tous les princes et choisit M. Pelletan pour rapporteur. Après une longue discussion (iO et il juin 1886), la Chambre, charmée par réioquence de M. de Freycinet, repoussa l'article l*' du projet de la Commission et en revint, par 316 voix contre 219, à l'amendement Brousse, première manière, qui expulsait immédiatement les chefs des familles et leurs héritiers en ligne directe, en laissant au Gouvernement la faculté d'expulser par décret les autres membres de ces familles. Bien que le Sénat eût fait, dès l'abord, un accueil plus que froid au projet, puisqu'il nomma une commission hostile, dont M. Bérenger fut le rapporteur, la discussion (2i et 21 juin), se termina, malgré MM. Jules Simon, Léon Renault et Bardoux, par l'adoption du projet, que votèrent 141 sénateurs contre 107. La loi fut promulguée le 22, et le comte de Paris, le prince Henri d'Orléans, le prince Jérôme-Napoléon, son fils aine, le prince Victor, furent invités à quitter immédiatement la France. Les divers princes revêtus de grades ou d'emplois militaires, le duc d'Âumale, le duc de Chartres, furent rayés des contrôles de l'armée. La lettre de protestation du duc d'Aumale, adressée à M. Grévy et datée du H juillet, était écrite avec tant de hauteur, qu'un décret expulsa le duc à son tour.

Chose assez singulière, ces mesures de combat eurent pour résultat de rendre la droite plus sage et plus modérée. Après les . élections pour le renouvellement par moitié des conseils généraux (1" août), élections qui n'avaient fait perdre aux républicains que 15 sièges sur 102 qui leur appartenaient; après ce démenti donné par les électeurs aux prédictions des journaux réactionnaires sur la probabilité d'une réédition des élections législatives de 1885, MM. Raoul Duval et Lepoutre prirent l'initiative de la formation d'une droite républicaine pour combalti»e les entreprises socialistes et toutes les tentatives faites en vue de changer la forme du gouvernement. Cette évolution curieuse, point de départ de la formation du parti des rcUliéSf ne fut pas mal accueillie par les organes du parti républicain modéré. M. Spuller, dans la République fi'ançaise, M. Waldeck-Rousseau , dans un discours prononcé en sep« tembre 1886, à l'occasion d'un comice agricole d'Ille-et- Vilaine, développèrent cette thèse que, sur le terrain des réformes pratiques et de la défense des intérêts économiques, « le champ était ouvert à tous. »

Digconrg du 16 août 1886, au Conseil général des Vosges.

Enfin, M. Jules Ferry, dans le discours qu*il prononça le 16 août, en ouvrant les travaux du Conseil général des Vosges, adressa un appel direct à tous les citoyens qui s*étaient attardés jusque-là dans une hostilité mesquine et systématique contre le régime républicain.

Messieurs,

Je vous remercie du grand honneur que vous me faites. Il atteste que les sentiments qui nous unissent depuis si longtemps suiTÎvent à toutes les épreuves, et que la confiance de ce département républicain n*a pas plus varié que mon dévouement. Vous me permettrez d'ajouter, sans vouloir élever ici une tribune publique — ce qui n'est ni dans vos traditions, ni dans mes habitudes — que la fermeté dans les opinions n*est pas une vertu exclusivement vosgienne, et que le pays tout entier vient de répondre avec éclat à ceux qui doutaient de sa constance.

Les circonstances avaient donné au scrutin du premier août le caractère et la portée d'une grande consultation politique adressée à la France entière; il en est sorti une manifestation non équivoque de fidélité républicaine. Non seulement les républicains ont conservé, dans les assemblées départementales, cette puissante majorité de près des deux tiers qu'ils y avaient conquise il y a six ans ; mais, dans le plus gi*and nombre des départements qui avaient fait mine de se détacher au 4 octobre, les élections départementales oiit redressé ou éclairé les résultats des élections législatives.

C'est que le suffrage universel, messieurs, n'est point l'instrument mobile et capricieux qu'imaginent volontiers ceux qui se flattent de l'exploiter ou de le surprendre. Facile à abuser dans son premier âge, il est désoimais parvenu à sa grande majorité. Essentiellement conservateur, amoureux de Tordre, de la paix et du travail ; plus éloigné que jamais, dans ses masses profondes, des utopies révolutionnaires, le suffrage universel estime en même temps que la politique de restauration monarchique est la pire des utopies, la plus révolutionnaire des politiques ; ce qu'il demande à ceux qui s'appellent consei*vateurs, c'est de conserver d'abord la République. Profondément

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