DISCOURS AU CONSEIL GÉNÉRAL DES VOSGES
et passionnément économe, il entend faire, avant tout, l'économie d'une révolution. C'est ce qu'il n'a cessé de vouloir et de dire depuis quinze ans. C'est ce qu'il vient de répéter et de proclamer, dans des conditions de clarté toutes particulières. Cette fois, enfin, la leçon sera-t-elle entendue?
Le parti consen^aleur renoncera-t-il à ses chimères? Coraprendra-t-il enfin qu'en dehors de la République, franchement et résolument acceptée, il n'y a plus, pour les conservateurs dignes de ce nom, ni rôle politique sérieux à prétendre, ni action efficace à exercer sur les grands intérêts nationaux? Nul ne le souhaite plus vivement, plus sincèrement que nous. Il n'est pas bon pour le pays qu'une partie de ses forces vives se consume dans une protestalion impuissante. Il faut ^ une république bien constituée un parti conservateur. Tempérer la démocratie, la modérer, la contenir est un noble rôle : mais, pour le remplir, il ne faut pas se séparer d'elle. Puissent les conservateurs qui s'attardent le comprendre un jour! C'est le vœu de tous les républicains patriotes et clairvoyants.
Quant au cabinet Freycinet, il cherchait surtout à se concilier Pappui de rexlréme-gauche par des concessions multipliées. Il gracia Louise Michel, condamnée pour excitation au meurtre et au pillage — ce qui n*em pécha pas la Chambre, dans la séance du 18 octobre, d'adopter Tordre du jour pur et simple, au lieu d'un ordre du jour de confiance demandé par le Gouvernement, à propos de rinterpellalion Camélinat et autres sur la grève de Yierzon et les désordres auxquels cette grève avait donné lieu. L'incident faillit disloquer le ministère et provoquer le départ de MM. Develle, Sarrien, Baîhaul et Sadi-Carnol. La préparation du budget de 1887 n'aboutissait pas et se poursuivait au milieu d'une incohérence absolue.
Le rapport général de M. Wilson ne fut déposé que le 16 octobre sur le bureau de la Cbambre, et il était en complet désaccord avec les propositions de M. Sadi-Carnol, ministre des Finances. La discussion générale, ouverte le 4 novembre, et close le 15, ne donna lieu qu'à des débats purement politiques. La discussion des articles, commencée le 16 du même mois, aboutit, deux jours après, au renvoi du budget lout entier à la Commission. Mis en demeure de ne pas résister à MM. G. Dreyfus et Wilson, le ministre des Finances, M. Sadi- Cnmot, dut laisser le champ libre à la Commission du budget et à la Chambre qui bouleversèrent le projet ministériel par des réductions énormes sur le personnel des finances, sur les pensions de la marine, sur les frais de la justice criminelle, sur les trésoriers généraux, sur les receveurs particuliers, etc. M. de Freycinet laissait
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tout faire et il n'y avait plus de gouvernement. Le crédit de 30 millions demandé pour le Tonkin ne fut voté que par 269 voix contre 245, et peu s'en fallut que la Chambre, sur la motion de M. Raoul Du val, ne votât Tévacuation (29 novembre 1886). Par contre, les radicaux et la droite se trouvèrent d'accord pour déclarer insuffisant le crédit de 350 000 francs demandé par le cabinet pour Madagascar : il fut cependant voté par 285 voix contre i02; mais les Anesseset les tergiversations perpétuelles de M. de Freycinet avaient lassé tout te monde. Tous les sous-secrétaires d'État, dont les traitements étaient mis en question, donnèrent leurs démissions et ne les reprirent qu'à contre-cœur (2 décembre). Mais le lendemain, la Chambre, malgré les protestations de M. Sarrien et du président du Conseil, rejeta le crédit relatif au traitement des sous-préfets par 262 voix contre 249. MM. Colfavru et de Douville-Maillefeu avaient renversé le ministère et l'avaient brisé comme un hochet qui a cessé de plaire.
Le ministère Goblet, du 12 décembre 1886.
Après quelques jours d'anarchie gouvernementale, pendant lesquels les uns demandaient un Congrès pour reviser la Constitution, les autres une marche populaire sur l'ÉIysée, ou enfin la dictature du général Boulanger, ministre de la Guerre; après des conférences laborieuses entre M. Grévy etMM.de Freycinet, Jules Ferry, Brisson, Floquet,M.Goblet, ministre de l'Instruction publique du cabinet défunt, accepta la mission de reconstituer le ministère. Il prit le portefeuille de l'Intérieur, garda la plupart des collègues de M. de Freycinet, mit M. Sarrien à la Justice en remplacement de M. Demôle, M. Dauphin aux Finances, à la place de M. Sadi-Carnot, M. Berthelot à l'Instruction publique, et, au refus de plusieurs diplomates,confiales Aflaires étrangères à M. Flourens.
La déclaration que lut aux Chambres le nouveau président du Conseil était modeste. Ce cabinet estimait à juste titre que la situation résultant des élections d'octobre 1885 ne permettait pas de « grandes ambitions ». En conséquence, M. Goblet sgoumait toutes les questions scabreuses, demandait « crédit pour quelques semaines »... et sollicitait de la Chambre deux douzièmes provisoires qui furent votés le 14 décembre. La session extraordinaire de 1886 fut close le 18 du même mois. Ainsi se termina la triste année 1886, année de marchandages, de compromissions, de coalitions dégradantes entre la droite et Textrème-gauche, de profond désarroi pour le parti républicain gouvernemental, amoindri, tourmenté par le remords de ses fautes, anxieux de l'avenir parce qu'il avait honte d'un récent passé.