LA FRANCE ET LES SUCCESSEURS DE JULES FERRY
25 réactionnaires furent élus, grâce à Tabnégation des modérés qui, dans presque tous les départements où leurs listes réunissaient moins de voix que celles des radicaux, s'eflfacèrent devant eux. La nouvelle Chambre compta 383 républicains contre 201 réactionnaires de toutes nuances. Sur les 383, il y avait 107 radicaux et 275 républicains. Les journaux royalistes (V. notamment le Soleil du 21 octobre, affirmèrent que « le parti conservateur avait doublé ses forces dans le pays, tandis que le parti républicain voyait son armée diminuée d'un tiers ». Le centre était bien aOaibil et, en réalité, la Chambre, coupée en trois fractions à peu près égales, devait forcément s*agiter dans des convulsions incessantes. Il n'y avait pas de majorité et toutes les aventures devenaient possibles. Voilà ce qu'avait gagné le parti républicain de gouvernement à ne pas défendre son chef et à trembler devant les radicaux. La revanche de M. Jules Ferry eût été complète s*il n'avait été qu'un politicien vulgaire, mais il devait souffrir plus que personne du coup terrible que l'incapacité de ses envieux avait porté à la grande cause de la liberté et à la stabilité des institutions républicaines.
La France et les taccetienn de Jules Ferry.
Nous n'avons pas la prétention de retracer ici les divers incidents de la politique intérieure après les élections d'octobre 1885. Les historiens futurs pourront la résumer par deux mots : impuissance et incohérence. Plus que doublée par les élections législatives, la droite, unie à l'extréme-gaucbe, pouvait paralyser la politique des républicains de gouvernement. Le Congrès du 28 décembre 1885, en renouvelant pour sept ans les pouvoirs de M. Grévy, ne rendit pas meilleure la situation déplorable qu'avait faite au ministère Brisson le résultat de la longue discussion des crédits demandés par le cabinet sur l'exercice 1886 pour le Tonkin et Madagascar.
Sur 33 membres, la commission n'en comptait que 7 absolument favorables au projet, et elle nomma président M. G. Périn, l'un des plus violents adversaires de la politique coloniale. L'enquête qu'on avait ordonnée pour accabler M. Jules Ferry, tourna, il est vrai, à la confusion de ses adversaires, puisque le général Brière de l'Isle déclara que lui seul avait ordonné l'expédition de Lang-Son, et que la panique était exclusivement due à Tivresse du lieutenant-colonel Herbingcr. Mais cela n'était pas fait pour déconcerter les politiciens d'extréme-gauche et leurs alliés de la droite. Le rapport de M. Pelletan sur le Tonkin niait formellement la nécessité de maintenir et de poursuivre la conquête de ce pays; il réclamait la liquidation de l'entreprise et le rappel progressif des troupes, en n'accordant qu'un crédit provisoire pour leur entretien. M. Hubbard, rapporteur J. Fbeat, Diseoun, VII. 5
ftour Madagascar, emboîtait le pas à M. Pelletan et refusait des renforts, en n'accordant que 3 millions au gouvernement. Après une discussion qui dura quatre jours (du 21 au 24 décembre), et dans laquelle M. Brisson et M. Freppel se trouvèrent d'accord pour mettre rinlérèt national au-dessus des intérêts de parti, la Chambre vota les crédits par 274 voix contre 270. Rncore, 22 députés de droite avaient-ils été invalidés, et restait-il à élire 6 députés de Paris. Le vote imposant du Sénat (212 voix pour les crédits, 59 contre), ne pouvait contre-balancer Tattitude lamentable de Tautre Assemblée. M. Brisson, dès le lendemain de la réélection de M. Grévy, donna sa démission (29 décembre), et Tannée 1885 finit Iristement, sous l'impression du gâchis parlementaire le plus 'Complet.
Le ministère de Freydnet, du 7 janvier 1886.
En l'absence de tout principe et de toute direction, on devait forcément avoir recours à M. de Freycinet pour parer aux difficultés de la situation. Ce cabinet fut constitué le 7 janvier 1886.
Le président du Conseil avait usé toutes les ressources de sa diplomatie et toute la souplesse de son intelligence à obtenir, au prix de mille compromissions, la bienveillance de l'extrôme-gauche. Ses principaux collaborateurs étaient le général Boulanger à la Guerre, M. Goblet à l'Intérieur, M. Lockroy au Commerce, M. Granet aux Postes. A l'intérieur, le grand acte de ce cabinet fut l'expulsion des princes, née d'une interruption de M. de Lanjuinais, qui prédisait la chute prochaine de la République. MM. Duché et autres ayant déposé, à la suite de cet incident, une proposition de loi qui remettait en vigueur les lois des 10 avril 1832 et 26 mai 1848 concernant la famille Bonaparte et les princes de la maison de Bourbon. M. Rivet y substitua une proposition qui conférait an gouvernement la faculté éventuelle d'expulser les prétendants, et la commission d'initiative conclut à l'adoption de cette proposition. Par une tactique qu'on trouva habile, M. de Freycinet, dans la séance du 4 mars, fit d'abord rejeter les deux propositions Duché et Rivet, puis il se fit voter un ordre du jour de confiance par 3i7 voix contre 109. On pouvait croire enterrée la question des princes, mais elle ressuscita à propos de la réception donnée le 15 mai par le comte de Paris pour fêter le prochain mariage de sa fille avec le duc de Bragance.
Le 27 mai, le cabinet déposa un projet de loi dont l'article 1* autorisait le gouvernement à interdire le territoire de la République aux membres des familles ayant régné sur la France, et ce par simple arrêté du ministre de l'Intérieur pris en conseil des ministres.