‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 103 sur 108 · Discours de Ju vénal des Ursins · texte numérisé non relu

Discours de Ju vénal des Ursins

providence, invoquée de temps immémorial par la bourgeoisie commerçante, préconisée par les États généraux, les Assemblées des notables, les écrits des politiques. L'auteur du plus ancien IVaité d'économie politique, Montchrétien de Valteville (1610), qui représente fidèlement les idées courantes de son temps, mettait au service d*un amour fanatique de la prohibition toute Temphase d*un auteur de tragédies. Les états de 1615 érigeaient en un dogme la double maxime d'empêcher la sortie des matières premières et de fermer la frontière nationale aux produits de manufacture étrangère. Les corps de marchands dansleurs requêtes, les parlements, les cours de monnaies dans leurs remontrances, maint mémoire adressé au Conseil du commerce, aux Notables, à Mazarin' vont répétant que la Franco peut et doit se passer de ses voisins, qui I appauvrissent de numéraire, tandis que ses exportations en vins et en blés en font l'indispensable poui-voyeur de l'Europe entièn^.

Ni Tardeur passionnée, ni lamerlume, ni les exagérations intéressées, ni les colères, qu'on croirait d'hier, ne manquaient aux prohlbitionnisles de ce siècle. Aux intérêts ameutés Colbert ne céda qu'en leur imposant un progrès. Des tarifs protecteurs, variables dans sa pensée et destinés à régler, non à proscrire, la concurrence des fabriques étrangères, remplacèrent l'exclusivisme aveugle que le pays, consulté, eût volé tout d'une voix. La protection s'établissait, d'ailleurs, sur un terrain nouveau : Colbert, répudiant des théories séculaires que ce grand esprit jugeait surannées, annonçait ses tarifs, non pas comme un moyen banal de conserver à la France son numéraire, mais comme un système d'encouragement pour les industries naissantes. 11 les rattachait ainsi à son idée favorite « de divertir par des occupations honnêtes » le peuple des professions oisives.

Ainsi rajeunissaient, en se transformant, les traditions industrielles de la royauté. D'année en année, de mois en mois, les manufactures que la mort de Henri IV semblait avoir frappées au cœur, se relevaient de leurs ruines abandonnées ; les procédés les plus nouveaux de l'Angleterre et de la Hollande, . acclimatés, doublaient la production nationale ; les ateliers

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