‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 15 sur 108 · LA CRISE PRÉSIDENTIELLE · texte numérisé non relu

LA CRISE PRÉSIDENTIELLE

après, cet officier général, conrormément à la décision d'un conseil d*enquéte, fut mis à la retraite pour fautes contre Tbonneur. Criblé de dettes, le général avait signé des billets qu'il n'avait pu payer à Téchéance, et était tombé dans les filets d'une agence interlope, celle de la femme Limousin. Au cours des perquisitions qui eurent lieu cbez cette intrigante, on saisit des lettres à elle adressées par M. Wilson, gendre du président de la République. Aussitôt, une terrible campagne s'ouvrit contre M. Wilson ; les uns, lui reprochant de vendre des décorations, les autres, d'obtenir des réductions de droits dus au Trésor, de procurer des contrats de fournitures moyennant commission, ou des places de trésoriers généraux, etc... M. Grévy, au lieu d'inviter son gendre à ne plus habiter l'Elysée, s'obstina à le couvrir. De là, pour le cabinet Rouvier, une situation très fausse, car la Chambre, dès le 25 octobre, avait voté, par 338 voix contre 130, une enquête parlementaire u sur les faits de trafic de fonctions publiques et de décorations signalés par la presse ». D'antre part, M. Colfavru, de la gauche avancée, avait, dans la séance du 5 novembre, fait voter une extension de l'enquête «à tous les faits touchant l'administration, qui paraîtraient de nature à mériter un blâme ou une répression ». Le vague de la mission confiée aux commissaires que nomma la Chambre le 8 novembre, pouvait peut-être détourner le coup qui menaçait la famille de M. Grévy ; mais de graves incidents judiciaires vinrent précipiter la crise. Le 7 novembre 1887, s'était ouvert devant le tribunal correctionnel de la Seine (iO* chambre) le procès dirigé contre la femme Limouzin, la femme Rattazi, le général Caiïarel et le général d'AndIau, sénateur. A l'audience du 9, M* Habert, avocat, fit constater par un fabricant de papiers que deux lettres de M. Wilson, qui étaient au dossier et portaient la date de 1884, avaient été transcrites sur du papier portant une marque de fabrique postérieure à septembre 1885. Les originaux, dont la mlaction différait sur quelques points des deux pièces antidatées, ne faisaient pas partie des documents saisis par l'autorité judiciaire, mais avaient été distraits par M. Gragnon, préfet de police, tandis que le dossier était à la préfecture, et n'avaient été remplacés qu'après coup par des lettres à peu près semblables, sur les réclamations de M"* Limouzin, qui les savait par cœur. Seulement, les fac-similé avaient été recopiés sur du papier postérieur à 1884. Une des deux lettres concernait le général Thibaudin, ami de M*^ Limouzin, et M. Wilson déclarait que M. le président de la République et lui-même désiraient obtenir un commandement de corps d'armée pour l'ancien ministre de la guerre. M. Wilson était perdu, car l'opinion publique surexcitée rendait toute résistance impossible. La Chambre, dans la séance du 10 novembre, força M. Mazeau, garde des sceaux, à donner l'ordre au procureur général d'ouvrir sur-le-champ une instruction contre le gendre du président de la République. M. Gragnon, qui avait refusé de donner sa démission, fut remplacé, le 17 novembre, par M. Bourgeois, directeur au ministère de l'Intérieur, et, le même jour,

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ia demande en autorisation de poursniles contre M. Wilson fut Accueillie par la Chambre à l'unanimité moins une voix. La démission de M. Grévy devenait fatale. M. Clemenceau, dans la séance du 19, interpella le cabinet sur la situation politique, et, comme M. Rouvier, couvrant l'exécutif ainsi que le voulait la Constitution, demandait Tajournement de la discussion au 24, après la clôture des opérations de la conversion, la Chambre, dans l'impossibilité de viser directement le président de la République, repoussa Tajournement par 317 voix contre 228, dont 218 républicaines. Le ministère Rouvier donna sa démission. A M. Grévy, qui convoqua les hommes politiques importants, comme s'il s'était agi d'une simple crise ministérielle, MM. Clemenceau, de Freycinet, Goblet, Brisson, Le Royer, Raynal, Ribot, Jules Ferry, répondirent qu'aucun cabinet ne pouvait être constitué si M. Grévy ne donnait préalablement sa démission. On pouvait craindre tous les désordres. Le généra] Boulanger, qui avait fini les trente jours d'arrêt dont l'avait frappé le ministre de la Guerre pour avoir prolesté contre les accusations dont il avait été l'objet à propos de ses correspondances produites dans l'aiTaire Limouzin-Caffarel, le général Boulanger était à Paris, appelé par les travaux de la commission déclassement des officiers. Les groupes blanquistes s'agitaient, sous la direction d'Eudes et de Vaillant ; le prince Napoléon envoyait de Suisse au baron Dufour un manifeste, dirigé surtout contre les royalistes et qui demandait l'épuration de la République. Le 21, M. Jolibois déposa à la Chambre une proposition de revision, sur la base de l'appel au peuple ; l'urgence en fut repoussée par 382 voix contre 166. Enfin, le 24, M. Grévy se décida à faire connaître officieusement à M. Ribot qu'il allait se retirer, et le pria de former un ministère. Mais le refus par le Président de communiquer à M. Ribot son message de démission, décida l'honorable député à retirer son concours. M. Grévy refusa alors la démission du cabinet Rouvier, et l'autorisa à annoncer qu'il adresserait incessamment aux Chambres un message de démission, le jeudi 1" décembre.

La candidature Jules Ferry.

Les Chambres s'ajournèrent à celte date elles groupes discutèrent les candidatures présidentielles. Au fond, la lutte semblait devoir se circonscrire entre M. Jules Ferry et M. de Freycinet. M. Ranc. dans le Petit National du 28, publia un article à sensation où il soutint qne M. Jules Ferry était impopulaire, tout en ajoutant que cette impopularité « élait injuste, absurde et bêle... »; il conseillait, en conséquence, aux futurs membres du Congrès, de faire un autre choix pour ne pas diviser les républicains, et exhortait M.Jules Ferry « à se grandir en refusant de se jeter dans une lutte où il risquerait de perdre la République de gouvernement elle-même ». Mais, malgré

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