ÉLECTION DE M. CARNOT
THôtel de Ville sans en référer au bureau du Conseil ». L'Assemblée chargea ensuite ce même bureau de se concerter avec les députés de la Seine pour faire obstacle à la candidature de Jules Ferry. M. Ferdinand Du val déclara que ses amis de la droite ne voteraient pas pour Tancien président du conseil. Il se séparait ainsi de M. Freppel, qui, dans son journal l'Anjou, conseillait de voter pour M. Jules Ferry, afln« d'accroître la division entre les républicains ».
M. Sadi Camot, président de la République.
Le 3 décembre, à neuf heures du matin, eut lieu à Versailles, au théâtre des Variétés, une réunion plénière des républicains de la Chambre et du Sénat. Le premier tour de scrutin donna les résultats suivants : sur 552 volants, 200 voix à M. Jules Ferry, 192 à M. de Freycinet, 8i à M. Brisson, 69 à M. Sadi Carnoi, 7 au général Saussier, i à M. Floquet et 1 à M. Ribot. Au second tour, M. Jules Ferry obtint 216 voix, M. de Freycinet 196, M, Brisson 79 et M. Sadi Carnot 61. Après une suspension de deux heures, on recommençai scrutiner, pour arriver à une entente, qui semblait problématique. Au 3* tour, M. Jules Yeny garda la tête avec 179 voix, M. Sadi Carnot venait ensuite avec 162 voix, M. de Freycinet avec 109 et M. Brisson avec 52. U y eut encore un quatrième tour, mais qui présenta peu d'intérêt, car beaucoup de sénateurs et de députés s'abstinrent d'y prendre parL 11 donna 185 voix à M. Sadi Carnot, pour lequel M. Clemenceau et l'extrénie-gauche abandonnaient M. de Freycinet. Des réunions de la droite, il résulta que le général Saussier serait son candidat. Quant au groupe de l'appeJ au peuple, il manifesta ses préférences pour le général Appert. A deux heures, s'ouvrit, sous la présidence de M. Le Hoyer, président du Sénat, la séance de l'Assemblée nationale. Après le tirage an sort des scrutateurs, l'appel nominal commença. Voici quels résultats donna le premier tour de scrutin.
Nombre de votants 852
Bulletins blancs ou nuls. . . 3
Suffrages exprimés 847
Majorité absolue 425
Ont obtenu :
MM. Sadi Carnot 303 sutfrages.
Jules Ferry 212
le général Saussier. . 148
de Freycinet 76
le général Appert. . . 72
Henri Brisson 26
Floquet 5
Anatole de la Forge. 2
Félix Pyat 2
Pasteur 2
Spuller I
Immédiatement après la proclamation de ces résultats, M. Jules Ferry réunit ses amis du groupe de TUnion des gauches et leur adressa ces paroles : u Je vous remercie : tous avez tenu, en votant pour moi, à affirmer votre attachement à une politique que le scrutin qui vient de se terminer n*a fait que grandir encore. J*estime que, ce devoir accompli, le patriotisme, les traditions de discipline républicaine, nous commandent d'arrêter la lutte : je voterai, à ce deuxième tour de scrutin, pour M. Sadi Garnot; je prie tous mes amis d'en faire autant. »
Ce désistement donna lieu au vote par le groupe de TUnion des gauches d'une résolution u félicitant M. Jules Ferry de son désistement patriotique, et décidant que, conformément à sa demande, il votera, au second tour, pour M. Sadi Carnot ». M. Jules Ferry rentra alors dans la salle des séances, se dirigea vers M. Garnot, lui serra ostensiblement les mains et lui dit : te Je viens vous féliciter de votre succès, et vous dire que je me dispose à voter pour vous. » Dès lors, le second tour de scrutin n'était plus qu'une formalité. M. Sadi Carnot, sur 842 votants, obtint 616 suffrages : le général Saussier, candidat des droites malgré lui, venait ensuite avec 188 suffrages. M. Sadi Carnot fut donc proclamé, par le président, président de la République pour sept années, et l'Assemblée nationale se sépara, aux cris de : Vive la République l » Le nouveau président devait, en grand partie, son élection à l'abnégation de M. Jules Ferry et de ses amis, qui avaient formé une phalange solide de plus de 200 représentants, tandis que M. de Freycinet avait vu se fondre dès le premier tour le bataillon radical dont il était le chef ou l'instrument.
L'éloge incident que M. Rouvier, président du conseil, avait fait, dans la séance de la Chambre, du 5 novembre, de l'intégrité de M. Sadi Carnot, avait été aussi pour quelque chose dans le résultat du vote.
Enfin, la légende prétend que plusieurs membres du Congrès avaient craint de voler au premier tour pour M. Jules Ferry, parce que les délégués des groupes radicaux socialistes et blanquistes, installés à l'Hôtel de Ville de Paris avec la connivence du bureau du Conseil municipal, avaient fait répandre à Versailles, par des télégrammes mensongers, le bruit que la Commune avait été proclamée à Paris. Le petit-flls du grand Carnot avait siégé à l'Assemblée nationale à la gauche républicaine, et, à la Chambre, il avait fait partie de l'Union républicaine et de l'Union des gauches. Il n'était donc nullement le coreligionnaire politique des radicaux, qui n'avaient porté sur lui leurs suffrages que pour contrecarrer la candidature de M. Jules Ferry. Ce concours des voix radicales devait toutefois peser sur la liberté d'esprit du nouveau président dans les crises ministérielles qui suivirent.