LA FLN DE LA LÉGISLATURE
« L*Histoire jugera avec sévérité Pacte parlementaire du 30 mars. Elle dira que, ce jour-là, des représentants de la France ont subordonné rinlérèt supérieur et pressant de la patrie à leurs passions, à leurs rancunes, et quelques-uns à leurs convoitises. Elle dira que, pour renverser un ministère républicain possédant la conOance du paySy il s*est trouvé des députés républicains pour tendre une main amie à la droite, et appeler à leur aide, pour celte trisle besogne, les adversaires les plus acharnés de la République. » Cette fête républicaine fut close par quelques paroles vibrantes de M.George, sénateur des Vosges, qui déclara que le Sénat avait fait son devoir « dans la crise douloureuse de quarante-huit heures qui avait mis à tous le deuil au cœur », et que M. Carnot, le doyen de la majorité sénatoriale, avait exprimé à la tribune les sentiments de toutes les gauches réunies.
La fin de la législatnre.
A i*opposé de certains minisires qui, descendus du pouvoir, s*empressent de faire une guerre à mort à leurs successeurs, M. Jules Ferry avait promis — et il tint parole — de donner au cabinet Brisson le plus dévoué des concours. Comme Tavait prévu l'ancien président du conseil, le nouveau ministère, malgré sa nuance radicale, continua, au dehors et au dedans, quoique avec moins de fermeté, la politique de ses prédécesseurs. On ne proposa pas aux Chambres la séparation de l'Église et de TËtat, chère à M. Gobiet. On renforça le corps expéditionnaire du Tonkin, en formant même une division de réserve au camp du Pas-des-Lanciers. M. Allain- Targé, ministre de Tlntérieur, combattit la proposition déposée par MM. Clovis Hugues et Camille Pelletan en faveur de lamnistic pour les condamnés politiques, et Ton prescrivit à la police de confisquer les drapeaux et hannières rouges à Tenterrcment solennel de Victor Hugo (!*' juin). M. Brisson, dans la séance de la Chambre en date du 4 juin, s*honora en combattant avec énergie la prise en considération de la proposition de MM. Laisant et Delafosse, tendant à la mise en accusation du cabinet Ferry. M. Clemenceau, oubliant ses menaces du 30 mars, garda le silence, et les déclamations de M. Delafosse, secondées par M. Rivière, de la gauche radicale, n'aboutirent qu'au rejet de la proposition par 305 voix contre lit. C'était Tancienne majorité qui semblait se reformer et s'excuser devant le pays de ses coupables défaillances. Mais la Chambre, en consacrant définitivement la loi sur le scrutin de liste pour les élections des députés, loi qui fut promulguée le 16 juin, lança le pays dans une aventure périlleuse.
M. Jules Ferry garda pendant tous ces débats un silence plein de dignité et ne le rompit môme pas dans la séance du 6 juillet 1885 où la Chambre discuta le traité de Ticn-Tsin, malgré les attaques rétrospectives que dirigèrent contre lui les ennemis intransigeants
(le la politique coloniale, MM. Clemenceau, G.Périn, Lockroy, Raoul Duval. On venait d*apprendre, le même jour, la fuite du vo\ d'Annam et du régent Thuyet, à la suite de la prise de la citadelle de Hué par le général de Courcy et du carnage qui en avait été la conséquence.
Il ne convenait pas alors de réveiller les vieilles querelles avec la Chine; mais, le 28 juillet,^ M. Iules Ferry prit sa revanche en prononçant, à propos des douze millions de crédit demandés pour Madagascar, un discours qui mettait à néant tous les sophismes de ses adversaires, et qui eut un tel succès que M. Brisson n*hésita pas à se solidariseravec le cabinet précédent, au grand mécontentement de Textréme-gauche.
En somme, la troisième législature de la République se termina, le 6 août, par une reconnaissance très explicite de Terreur énorme de la majorité qui avait abandonné son chef, et par Témiettement déplorable des fractions parlementaires.
Discours de Lyon, du 9 août 1885.
L'ancien président du conseil, abreuvé d'épreuves imméritées, n*en remplit pas moins, avec une philosophie sereine, le devoir qui lui incombait d*éclairer Topinion, au milieu du désarroi général et du conflit des haines surexcitées. Le 9 août 1885, répondant à une invitation des républicains lyonnais, il se rendit au banquet donné en son honneur et qui comptait 636 convives*.
Le banquet commença à quatre heures et dura jusqu'à six. A ce moment, M. Millaud, président du banquet, prit la parole.
Après avoir porté un toast au président de la République et au président du conseil, M. Edouard Millaud se tourna vers M. Iules Ferry, et dit :
« Par une transition toute naturelle, je viens à vous, mon cher etéminent ami Jules Ferry. {Tonnetre d* applaudissements,)
En vous, je salue le président du conseil d'hier, et je vous remercie d'avoir bien voulu accepter une seconde fois de devenir notre hôte. {Applaudissements prolongés,)
Une seconde fois, dis-je, ce serait bien la quatrième ou la cinquième, si je voulais rappeler l'époque, déjà lointaine, où vous veniez a Lyon vous joindre à nous pour défendre ceux de nos amis qui avaient été l'objet de la trop vive sollicitude des parquets de TEmpire.
En disant : une seconde fois, je fais allusion à votre dernière visite, au moment de la discussion de ce mémorable article 7, qui devait nous conduire à l'exécution des décrets.
Vous vîtes bien alors combien vos sentiments étaient d'accord avec ceux de notre grande cité, quand Lyon acclamait en vous le