LE MINISTÈRE TIRARD
élections législatives qui devaient avoir lieu, le 25 mars, dans les Boucbes-du-Rhôneetdans l'Aisne. Mais, en présence de l'attitude de la Chambre, qui vota Tordre du jour pur et simple sur l'interpellation Cassagnac, par 339 voix contre 82, en présence surtout des protestations des socialistes parisiens et marseillais, la candidature du général à Marseille fut retirée par « le comité de protestation nationale », et Félix Pyal fut nommé à Marseille par 40000 voix. Le général n'en eut pas 1000. Par contre, dans l'Aisne il vint en télé de liste avec 45000 voix contre 27000 à M. Doumer et 25000 à M. Jacquemart, conservateur. Le lendemain, 26 mars, le conseil d'enquête convoqué, sous la présidence du général Février, pour statuer sur les fails reprochés au général Boulanger, déjà mis en disponibilité par retrait d'emploi, le déclara c< dans le cas d'être mis enréformepour fautes graves contre la discipline ». Mais, comme il avait des droits acquis à Ja retraite parce qu'il comptait plus de trente ans de services, il ne pouvait être placé dans la position de réforme, et fut admis d'office à la retraite. Il devenait donc électeur et éligible. Les journaux de droite relevèrent la coïncidence de cette mesure avec l'arrêt de la Cour d'appel de Paris, qui acquittait M. Wilson par des motifs juridiques, et ils prédirent que le peuple montrerait autant d'indulgence pour c< Catilina, conspirateur ambitieux et hardi », qu'il montrait de mépris pour le tripoteur Verres.
« Catilina » poursuivit donc sa campagne. Après avoir retiré sa candidature pour le scrutin de ballottage de l'Aisne par une déclaration où il s'érigeait en martyr et en victime, il profita de la vacance du siège de M. Brame, récemment décédé, pour briguer les sutfrages des électeurs du Nord, le scrutin de liste se prêtant admirablement à ces manifestations bruyantes. 4)ans sa profession de foi, le général afOrmait que u la Chambre était devenue absolument étrangère aux aspirations du pays ». Comme remède, il préconisait la dissolution et la revision de la Constitution. 'En même temps, il faisait accuser M. Carnot par la Cocarde d'avoir réclamé, quand il était ministre des finances, un massacre des mineurs de Decazeville, en se donnant à lui. Boulanger, le mérite d'avoir, en qualité de ministre delà guerre, défendu aux troupes de tirer sur les ouvriers.
Pour lutter contre les manœuvres violentes de l'aspirant dictateur, qu'allait faire le parti républicain? L'extrême-gauche et les radicaux empruntèrent les armes boulangistes, et MM. Pellelan et autres déposèrent, le 27 mars, une proposition^ de revision; en même temps, M. Rivet se chargea d'interpeller le cabinet "au nom de la gauche radicale et de l'extrême-gauche. M. Tirard s'étant opposé, dans la séance du 30 mai's, à la proposition de déclaration d'urgence sur le projet de revision Pellelan, la Chambre vota l'urgence par 268 voix contre 237. Le terrain était libre pour constituer « un grand ministère ».
Ministère Hoquet. — 3 avril 1888.
M. Floquet, appelé par le Président de Ja République, s'assura tout aussitôt le concours de MM. Goblet et de Freycinet, le premier pour les affaires étrangères, le second pour la guerre. M. Lockroy prit rinslruction publique : il n'y a pas lieu de rappeler les noms des autres titulaires des différents portefeuilles. MM. Rouvier^Hicard et Loubet avaient refusé d'entrer dans la combinaison, parce qu'ils étaient hostiles à la revision que M. Floquet voulait faire et qu'il lit entrer dans sa déclaration ministérielle, sans préciser ni la naturede cette revision, ni le moment où elle serait soumise aux Chambres. Il semblait que ce cabinet eût pris à lâche de rendre facile Tassaut que les boulangisles allaient donner aux institutions républicaines. M. Clemenceau faillit être élu président de la Chambre, et M. Méline, qui avait obtenu le môme nombre de voix, après l'échec de M. Brisson, ne fut élu qu'au bénéfice de l'âge. M. Gragnon, qui ne passait pas pour avoir fait preuve d'une grande énergie lors de la manifestation de la gare d'Orléans, et qui s'était fort compromis dans les affaires Wilson, remplaça M. Le Vaillant à la sûreté générale. On avait un ministre civil a la guerre, et ce ministre n'était pas connu pour la fermeté de son caractère. Le Sénat, inquiet, réclama, le 4 avril, la réunion du Parlement le 19 avril, après la semaine des conseils généraux, et la Chambre, par 341 voix contre 162, adopta l'avis du Sénat. Dès la réunion du Parlement, MM. Trarieux et Léon Renault interpellèrent le président du Conseil au Sénat sur la question de la revision. M. Floquet répondit par des phrases sonores et générales; il affirma la nécessité « de marcher en avant et de développer l'énergie démocratique ». C'est avec ce programme que le ministère allait soutenir la lutte conlre les boulangistes.
Le 8 avril, le général fut élu dans la Dordogne par 59o00 suffrages contre 36000. Il se désista parce qu'il avait promis de se représenter dans le Nord, et insulta encore le Parlement dans une proclamation aux électeurs de la Dordogne. Il reprenait son mot d'ordre : dissolution, revision. Le 15 avril, M. Boulanger, appuyé par les monarchistes qui ne lui opposaient pas de candidat, fut élu député du Nord par 172500 voix contre 76000 à M. Foucart, républicain, et 9600 à un radical, M. Moreau. L'élu exulta et affirma que « la journée dii 15 avril fnarquerait pour le pays la date d'une véritable délivrance » : il réclamait une Constituante et la dissolution d'une Chambre dont les membres n'avaient pour programme que « de s'éterniser sur leurs bancs ». Les amis du nouveau député développaient publiquement un programme très analogue à celui de 1852, mais plus diclatorial encore. MM. Emile OUivier, de Maupas, de Martimprey ne dissimulaient pas leur approbation.
Le péril public ne pouvait laisser M. Jules Ferry insensible. Quelques jours avant la rentrée des Chambres, il profita d'une réunion