LE MINISTÈRE FLOQUET
d'électeurs sénatoriaux des Vosges pour indiquer aux républicains de gouvernement Fattitude qu'il convenait de prendre, en face ou à côté d*un ministère qui s'égarait dans les formules creuses et les chimères imprudentes, au lieu d'agir contre Tennemi qui assiégeait les portes de la cité. Voici un passage de cette harangue nelte et vigoureuse :
Discours de Jules Ferry aux Yosgiens.
Messieurs, dans cette lutte qui recommence contre Tespril plébiscitaire et césarien, chacun des pouvoirs publics a son rôle et ses devoirs. La Chambre des députés a les siens. Il lui appartient de tirer d'elle-même et de sa volonté une règle de conduite plus suivie et de meilleurs procédés de travail.
Il est temps encore de réaliser ce que les gens raisonnables attendaient d'elle, il y a deux ans : laisser reposer les programmes retentissants, les solutions prématurées ou irréalisables, concentrer tout Teffort du parti républicain sur la reprise du terrain perdu, sur la conquête à refaire de ces départements que la saute-de-vent de 1885 avait éloignés de la République et qu'il était possible de lui ramener par le spectacle d'un gouvernement laborieux et stable, équitable et pacificateur, exclusivement voué aux affaires du pays.
Le Gouvernement Ta tenlé sous divers ministères, en ressayant,* en dernier lieu, de la façon la plus honnête, la plus loyale, la plus consciencieuse avec le ministère Tirard. Qui a renversé le ministère Tirard ? Qui avait renversé le ministère Rouvier ?
A côté de la Chambre, il y a le Gouvernement, le ministère nouveau. Ces jours derniers, les journaux radicaux étaient remplis de complots tramés, parait-il, par les odieux opportunistes, contre les jours du cabinet Floquet.
Ce serait, dit-on, un parti pris de le renverser avant même qu'il ait donné signe de vie. Je désire à cet égard m'expliquer très clairement.
Nous ne nourrissons contre le cabinet que préside M. Floquet aucun ténébreux dessein ; il ne pouvait nous plaire de le voir s'engager dès sa première heure dans la politique de revision, au moment même où la revision devient le mot d'ordre de la faction audacieuse qui menace la République et la liberté.
Mais on nous assure qu*ii n y a là qu'une formule, un souvenir, une politesse adressée au programme d'aulrefois : nous ne le jugerons donc pas là-dessus.
Nous ne lui demanderons qu'une chose : c'est de prendre en face du boulangisme, puisqu'il faut l'appeler par son nom, l'alUtude active et militante qui est le devoir du Gouvernement républicain.
Il y a autre chose à faire que de contempler les agitations superficielles et passagères : il faut se découvrir, il faut lutter et combattre par d'autres mesures que des changements de personnes qui ont le malheur de mettre en liesse toute la presse de la faction.
Qu'il marche devant nous contre l'ennemi commun, qu'il opère, en face du mouvement césarien et plébiscitaire, la vraie concentration, celle qui peut grouper le parti républicain dans toutes ses nuances; qu'il aille au combat, et nous le suivrons.
Oui, messieurs, si le Gouvernement a le devoir d'agir, les républicains ont le devoir d'être unis, de laisser pour un temps leurs discordes et leurs rancunes... et, certes, quand nous parlons d'oubli, nous avons quelque chose à apporter sur l'autel du commun sacrifice !
Progrès du Boulangisme.
M. Floquet ne comprit pas sans donte cet appel à Tunion des républicains et ce conseil d'abandonner « les programmes retentissants, les solutions prématurées et irréalisables », pour faire face aux ennemis de la liberté. Il répondit, dans la séance du 19 avril, en réclamant la confiance de la Chambre « pour une politique résolument décidée aux réformes » et en maudissant « le piéfçe tendu par les monarchistes ou le manteau troué de la dictature ». On lui accorda cette confiance par 353 voix contre 170. En attendant, le boulangisme complétait son organisation, créait, rue de Sèze, un comité permanent, adoptait rœillet rouge pour emblème, donnait des banquets à grand orchestre où l'on llélrissait le régime parlementaire, et invitait l'armée, dans la préface de l'ouvrage l'Invasion allemande, à se mêler aux luttes politiques. Le chef du nouveau parti tranchait du dictateur, et sa lettre aux électeurs de la Charente disait : « Voter pour Déroulède, c'est voter pour moi. o Les monar-* chisles, ravis de l'assaut qu'un soldat d'aventure allait donner aux institutions républicaines, faisaient ouvertement cause commune avec lui, et, dans son manifeste du 24 avril, M. le comte de Paris