LE MINISTERE FLOQUET. U
nement aurait dû, à coup sûr, prendre Tinitiative de cette mesure nécessaire, mais il attendait, s'usunt dans la poursuite de prétendues réformes qui n'étaient que des chimères subversives : tels étaient le projet de décret pour rattacher à la préfecture de la Seine les plus importantes attributions du préfet d« police, et Tidée de fondre les autres avec celles du directeur de la sûreté générale. Le Sénat, qui contemplait avec stupeur la marche de ce cabinet candide, répondit en votant en deuxième délibération une proposition présentée par MM. Léon Say et Léon Renault pour rattacher au budget de TÉtat les dépenses dé la préfecture de police (7 novembre). C'était un coup droit adressé à M. Hoquet, qui dut renoncer à la réalisation de son décret. Quant à la Chambre, elle agitait, dans les palabres de la commission de la revision présidée par M. Achard, des plans de démolition de l'édifice constitutionnel. La commission votait la revision par une Constituante, la suppression du Sénat, du droit de dissolution, le démantèlement des pouvoirs du Président de la République par le retrait du droit d'ajourner le Parlement, etc. D'autre part, les journalistes régnaient en maîtres dans les couloirs du Palais-Bourbon et se moquaient des questeurs : MM. Madier de Montjau et de Mahy, peu soutenus par les députés, donnaient leurs démissions ; M. Numa Gilly diffamait les membres de la Commission du budget et les traitait de concussionnaires. Les esprits étaient en proie, dans tous les milieux, à une sorte de fièvre, et l'approche des élections contribuait encore à développer la surexcitation généi-ale. Tandis que les républicains célébraient, le 2 décembre, la mort glorieuse de Baudin, M. Boulanger pérorait à Nevers et donnait ses appréciations sur la politique de Louis-Napoléon, auquel « l'histoire n'aurait presque rien à reprocher si, dans le conflit soulevé entre les parlementaires déconsidérés et lui, il s'était borné à prendre le pays pour juge suprême et souverain». Lui, Boulanger, voulait seulement Une république « nationale, ouverte a tous les honnêtes gens et à tous les progrès, faite par le peuple et pour le peuple... » Quelques jours après, l'ex-généml, validé pour sa triple élection du 19 août, opta pour le Nord.
On sentait que la lutte allait devenir décisive, et le cabinet se résigna enfin à exprimer ses préférences pour le scrutin d'arrondissement. Au Sénat, la discussion du budget donna lieu à un remarquable discours de M. Challemel-Lacour (19 décembre), qui fut une satire accablante contre les idées politiques de M. Floquet, et un appel éloquent à la fermeté du Sénat, dans la crise où la fortune de la France risquait de sombrer. Cette noble harangue se terminait par le mot du vieil Horace :
Faites votre devoir et laissez faire aux dieux I
DiBConrs de M. Jules Ferry à T Association républicaine (2i décembre 1888).
Deux jours après le discours de M. Ghallcmel-Lacour au Sénat, M. Jules Ferry prit à son tour la parole devant une assemblée de deux mille personnes, convoquée à l'Hôtel-Gontinental par TAssociation nationale républicaine.
Après une allocution du président, M. Rouvier, la parole fut donnée à M. Jules Ferry.
La salle tout entière applaudit; pendant quelques minutes, il fut impossible à Torateur de prendre la parole. Devant cette ovation, toute spontanée, M. Jules Ferry s*inclina, visiblement ému :
M. Jules Ferry. — Messieurs, je suis ému, reconnaissant... Je ne m'attendais pas, dans cette réunion où je compte quelques amis...
Voix nombreuses, — Tous! tous!... (Nouvelle salve dapplaudissements.)
M. Jules Ferry. — ... mais où il y a pour moi tant d*inconnus, à cette explosion de sympathie qui, je n'en dirai que ces mots, est faite pour me consoler de bien des déboires et de bien des épreuves! (Applaudissements répétés,)
« Vous ne les méritiez pas! », s'écrie une voix dans Tauditoire. Cette interruption, mal comprise, suscite un léger incident qui dure un instant, et qui s'est calmé de lui-même.
M. Jules Fkrry. — Messieurs, en me rendant, sur Tappel amical du Comité-directeur de notre association, dans celle réunion de républicains, réunion que Ton peut appeler électorale, car elle est faite en vue de la préparation des élections, j'ai tout d'abord formé la résolution — que je tiens à vous faire connaître — de laisser à la porte de celle assemblée toute préoccupation parlementaire.
Pour avoir toute ma liberté d'exposition et pour que vous ayez vous-mêmes toute votre liberlé d'appréciation, il faut que nous nous rappelions que la politique parlementaire est une chose, et que la politique électorale en est une autre ; qu'il y a là deux domaines absolument et profondément distincts.