‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 32 sur 108 · LE MINISTÈRE DE FRETCINET · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE DE FRETCINET

ayant donné sa démission (i^mars), parce qu'il avait protesté en plein conseil contre la nomination de M. Mazeau, ami personnel de M. Garnot, à la première présidence de la Cour de cassation, et M. Bourgeois ayant remplacé M. Gonstans, le même garde des sceaux, M. Thévenet, qui avait appuyé la proposition Marcel Barthe au Sénat, laissa la Chambre libre de la repousser. D'autre part, Ténormité des dépenses militaires obligeait M. Rouvier à proposer la création de 100 millions de taxes nouvelles, en incorporant dans le budget ordinaire les 130 millions de dépenses exceptionnelles de la guerre.

Ainsi que Texpliqua très clairement M. Charles Ferry, dans un article du Bulletin de C Association nalionale républicaine (numéro de février-mars 1890), la clef de voûte du budget de M. Rouvier, c*était la surtaxe sur Talcool (de 156 fr. 25 à 225 fr.), et la réglementation du privilège des bouilleurs de cru. Mais on ne pouvait toucher à tant d*intérèts sans éveiller des oppositions dangereuses, et la composition de la commission du budget ne paraissait pas rassurante pour le projet ministériel. Enfm, la droite royaliste était fort aigrie par la condamnation prononcée le 12 février contre le duc d'Orléans, fils aîné du comte de Paris, qui, arrivé à Paris le 8 du même mois, s'était présenté successivement au bureau de recrutement, à la mairie et au ministère de la guerre, pour réclamer son inscription sur les listes de la classe 1890. Poursuivi conformément à la loi de 1886 qui lui interdisait le territoire français, le duc fut écroué à la Conciergerie, puis condamné à deux ans de prison par le tribunal correctionnel de la Seine. Déjà affaibli par un vote de la Chambre du 3 mars, à propos de Tinterpellation C. Dreyfus sur les motifs de la retraite de M. Constans, cslt l'ordre du jour de confiance n'avait réuni que 257 voix contre 195, et il y avait 78 abstentions de députés républicains, le cabinet Tirard fut battu, le 13 mars, au Sénat, sur une question de raisins secs et à l'occasion d'une convention commerciale avec la Turquie. Un ordre du jour de blàme, présenté par MM. Bérenger et Sébline, fut voté par 153 voix contre 95. M. Tirard profita de cet échec pour donner sa démission et fut suivi de ses collègues. Le Sénat n'ayant pas souvent renversé les ministères, ce vote, qui atteignait un cabinet modéré, a été souvent cité. Il est à remarquer que M. Bourgeois, membre in extremis du cabinet Tirard, devait être renversé plus tard par un autre vote du Sénat.

La ministère de Freycinet, du 17 mars 1890.

Le nouveau cabinet ne se distinguait du précédent que par l'élimination de MM. Tirard, Spuller, Thévenet et Faye, et leur remplacement par MM. Constans (Intérieur), Fallières {Justice), Jules Roche (Commerce), Ribot (Affaires étrangères). U affirmait la volonté « d'être un gouvernement dans la véritable acception du mot », c'est-à-dire de « se mettre à la tête de la majorité parlementaire pour introduire l'ordre et la méthode dans ses travaux »« (V. la déclaration min is-

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térielle du 18 mars). En somme, on continuait la politique du cabinet précédent, avec cette différence qu'on frappait les raisins secs d'un droit d'accise. Cette crise ministérielle anodine n'avait rien de passionnant, pas plus que le programme de M. Piou, au nom de la droite conslitutionnelle, programme qui consistait à reproduire toutes les idées de la droite pure, avec cette particularité que le nouveau groupe voulait bien reconnaître l'existence de la République. La démission de M. de Bismarck, son acceptation par le jeune empereur d'Allemagne, Guillaume II, pouvaient, au contraire, avoir. les conséquences les plus graves; mais il convenait d'attendre les actes d'un prince encore novice. Personne en France ne perdit le sang-froid. Il semblait d'ailleurs que Paris lui>même, ce nerveux et fantasque Paris qui, naguère, avait couru sur les pas du cheval noir et abandonné la grande cause de la liberté pour un refrain de café-concert, il semblait que Paris fût redevenu sage et se repentit •de ses égarements. Les élections municipales des 27 avril-4 mai 1890 marquèrent l'écrasement complet de la faction boulangiste. Elle avait présenté des candidats dans les 80 quartiers de la capitale : deux seulement passèrent. C'était fini ! M. Naquet en convenait lui* même et le touriste de Jersey, par une lettre à M. Laisant, en date du 14 mai, liquida « le Comité républicain national », déclara « au moins inutile de troubler le pays par des agitations stériles » et exprima l'intention louable « de se recueillir, de méditer sur les leçons que contiennent les faits accomplis ». Au surplus, la caisse boulangiste était vide. Ainsi unissait cette triste aventure. Sous l'administration émoUiente de M. de Freycinet, la France allait vivoter et détendre ses nerfs. N'avait on pas assez chanté, assez manifesté, assez scrutiiié? L'année 1890 fut calme. Presque plus de grands débats à la Chambre. Inier poctito, on écoutait les philosophes.

Banqnet des étudiants da 10 mai 1890.

Discours de M. Jules Ferry.

Le 10 mai 1890 S TAssociation générale des Étudiants offrit un banquet à ses membres honoraires, sous la présidence de M. de Vogué, membre de l'Académie française. Le président, dans un discours intéressant, opposa l'esprit positif et réaliste des générations précédentes à l'évolution idéaliste qu'il croyait découvrir chez les représentants des généraliohs nouvelles. Puis, on parla de l'expansion coloniale, on but au capitaine Binger qui avait agrandi le patrimoine de gloire de la France en Afrique. Sur quoi, M. Gebhart -rappela qu*il était impossible de parler d'expansion coloniale sans penser à M. Jules Ferry, qui était là, en qualité de vieil ami des étudiants. L'ancien président du Conseil ne put refuser de prendre 'la parole et prononça le joli discours qui suit :

• 1. V. le Tefnp» du 19 mai 1899.

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