DISCOURS AUX ÉTUDIANTS
Eh bien, oui I Thôtellerie vous ne l'avez pas rencontrée, pas plus que moi-même, pas plus que ceux qui vous suivront, mais c'est rhonneur de Thumanité de toujours la rêver et toujours la poursuivre. ( Vifs applaudissements,)
Mes amis, la solution du problème n*est pas dans la foi. Plus nous avançons, et moins Thumanité se contente d'une foi qui ne serait pas une foi démontrable. I^ solution n'est pas dans la foi : elle est dans l'amour!
El que de choses, jeunes gens, vous avez à aimer! Votre patrie d'abord, éprouvée, mutilée, abaissée et qu'il faut racheter, relever. En 1847, à la veille de notre révolution dont je disais Un mot tout à l'heure, M. de Lamartine disait ce mot terrible, dont la monarchie de Juillet ne se releva pas : « La France s'ennuie. » L'ennui, c'est le lot des forts, des heureux ; mais une nation comme la France, dans l'état que des catastrophes imméritées lui ont fait, n'a ni le loisir ni le droit de s'ennuyer. {^Applaudissements. )
Aimez encore ces classes souffrantes dont M. de Vogué, dans son noble et spirituel discours, a parlé d'une façon si touchante. Aimez ce prolétariat dont les politiciens cherchent à vous séparer. On a fait beaucoup pour lui, beaucoup plus qu'on ne lui dit et qu'on ne lui laisse croire. On ne fait pas assez, au point de vue du contact individuel, de l'apostolat volontaire. Cet apostolat, jeunes gens, il vous revient de droit. Vous pouvez entrer chez le pauvre sans exciter sa déûance ; vous lui apportez quelque chose de la lumière qui est en vous, votre tendresse, votre candeur. Essayez! il y a, de ce côté, beaucoup à faire. ( Vifs applattdissements.)
Enûn, aimez-la cette humanité qui, elle, jamais ne désespère ni se décourage, et qui toujours suit son chemin, poussée par un instinct irrésistible. Âh ! quand on a pu la servir un jour, celte grande éprouvée, cette laborieuse, un jour seulement, par la parole ou par l'action, on regarde de bien haut les oublis et les ingratitudes (Applaudissements), et l'on marche avec elle, les yeux sur les étoiles, vers cet idéal qui ne peut être qu'un progrès dans la science, dans la justice et dans la liberté ! (Triple salve d'applaudissements.)
La fin do Tannée 1890 ne fut pas plus fertile que la première en événements sensationnels. Nous ne ferons que résumer en quelques
186 OISCOUBS DE JULES FEKBT.
lignes les faits que les historiens doivent retenir : la grâce du duc d'Orléans, qui fut reconduit à la frontière suisse (3 juin) ; Ig publication des Coulisses du boulangisme, par M. Terra il-Mermeiz, le député du VIP arrondissement qui, grâce au clergé, lavait emporté sur M. Denys Cochin ; on sut ainsi comment Tex-général n'avait pas osé faire on coup d'État, quelles négociations louches il avait, étant commandant de corps d'armée, suivies à Prangins avec le prince Napoléon ; dans quel dessein la duchesse d'Uzès avait versé trois millions à l'aventurier pour rétablir la monarchie, à quoi la Voix du peuple répondit que la duchesse avait ouvert sa caisse non à l'homme politique... mais à Vami; le toast retentissant du cardinal Lavigerie, à Alger, et l'approbation donnée par le Pape à la critique, faite dans une lettre pastorale du prélat, de la monarchie « suicidée » avec le comte de Chambord, qui n'a pas voulu régner, et « suicidée » encore avec le comte de Paris, « pour tous ceux qui croient aux principes immuables et absolus de la morale chrétienne, suivant lesquels le mal n'est jamais permis, même pour amener le bien » ; de l'impérialisme, enfin, « suicidé » avec le prince Napoléon, qui s'est rallié à la République ; le vote du budget de 1891 par la Chambre le 10 décembre, et par le Sénat le 23, sa promulgation le 26 du même mois. Tel était, à peu près, le bilan de l'année.
Disconrs de M. Jules Ferry aux délégués sénatoriaux des Vosges, du 21 déceuibre 1890.
Le renouvellement triennal du Sénat devant s'accomplir le 4 janvier 1891, la désignation des délégués municipaux eut lieu le 30 novembre 1890. M. Jules Ferry « désirait retrouver une tribune», comme il l'écrivait à l'auteur de ces lignes le 10 novembre 1890*.
Les Vosgiens voulaient également effacer l'erreur passagère de l'arrondissement de Saint-Dié, que n'avait pas suflisamment réparée l'invalidation de M. Picot, prononcée le 29 mai 1890 par la Chambre, et, à cet égard, le ministère Freycinet-Conslans n'avait pas non plus fait son devoir pour rouvrir à l'adversaire du boulangisme les portes de la Chambre. Quoi qu'il en soit, voici la lettre par laquelle les électeurs sénatoriaux des Vosges otfrirent à M. Jules Ferry un siège au Sénat :
A Monsieur Jules Ferry, président du Conseil général des Vosges.
Monsieur et cher Concitoyen,
Les électeurs républicains des Vosges se sont toujours fait honneur en vous appelant à les représenter à la Chambre des députés ; ils
1. Voir la préface du t. I, en rectifiant Terreur typographique qui a daté cette lettre du 10 novembre 1891, et de novembre 1891 lés élections de janvier 1891.