‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 37 sur 108 · JULES FERRY SÉNATEUR · texte numérisé non relu

JULES FERRY SÉNATEUR

le procédé le plus efflcace de pacification, dans un pays où le désordre est engendré surtout par la misère ; mais elles liquident complètement votre arriéré, imputable non à la mauvaise administration, mais à la réduction trop précipitée de la subvention de la métropole.

Le budget du protectorat est dégagé d'une partie des dépenses que le sei*vice de la marine n*avait pas le droit de lui faire supporter. Un fonds de roulement a été constitué. Enfin, la Chambre des députés a invité le gouvernement à lui présenter une loi qui réglera Torganisalion générale de Tlndo-Chine.

Ccst la substitution du régime légal au régime des décrets; c'est surtout la consécration, définitive et solennelle, attendue depuis si longtemps, du lien indissoluble qui rattache la colonie à la métropole.

Ce projet de loi est actuellement votre plus grand et plus pressant intérêt. Il doit être le souci principal de votre délégué. Le gouvernement a Tintention den saisir à bref délai le Conseil supérieur des colonies. Je m'efforcerai d'introduire, quant à moi, ces idées de décentralisation coloniale qui ont tenu une grande place dans une récente discussion, sur lesquelles tout le monde parait d'accord, mais que les derniers votes des Chambres semblent avoir plus d'une fois démenties.

Il n'y a pas de colonisation féconde sans une large part d'autonomie ; on n'administre pas directement, à quatre mille lieues, un pays nouveau qui se révèle, en quelque sorte, jour par jour, et qui a beaucoup d'expériences à faire sur des sujets inconnus dans les bureaux de la rue Royale. Le pouvoir central doit être un tuteur, non un gérant.

Recevez, mes chers concitoyens, avec l'expression de ma reconnaissance profonde, l'hommage de mon entier dévouement.

Jules Febry, Délégué du Tonkin au Conseil supérieur des Colonies.

L'élection de M. Jules Ferry au Sénat.

Les élections sénatoriales du 4 janvier 1891 furent un grand succès pour la République. Avant le renouvellement, le Sénat comprenait 230 membres républicains et 65 conservateurs (sans parler

de cinq sièges vacants par décès). Après le renouyellement, le Sénat compta 240 républicains et 55 conservateurs. Sur les sièges à pourvoir, 63 appartenaient à des républicains et 16 à des réactionnaires.

Les électeurs sénatoriaux nommèrent 72 républicains et 6 conservateurs seulement. Dans les Vosges, voici quels étaient les résultats : Inscrits, 997; votants, 992. Élus : M. Brugnot, député, par 781 voix; M. Jules Ferry, par 723 voix ; M. Kiener, sénateur sortant, par 658 voix. A Paris, MM. de Freycinet et Poirrier, sénateurs sortants, furent élus au premier tour; M. Tolain, sortant, MM. Ranc et Alexandre Lefèvre au troisième tour. Des sénateurs de droite importants, comme MM. Pouyer-Quertier et Paris, étaient battus dans leurs départements. Gomme on pouvait s'y attendre, Télection de M. Jules Ferry souleva cbez les monarchistes et les intransigeants de gauche un ouragan de colères et un débordement d'injures. Dès le i*' janvier 1891, ceux qui avaient remplacé M. Jules Ferry au pouvoir et qui' en gardaient les avenues, faisaient écrire dans le Maiin : « 1891 apportera d'abord pour étrennes un nouveau lot de sénateurs et, parmi eux, M. Jules Ferry. Oh! sans doute, alors, on ne se plaindra plus de la langueur de la politique: nous allons nous i*éveiller! Adieu la tranquillité et le repos; adieu la concorde entre les partis; adieu la douce mollesse de la réconciliation... Les ministres ne seront plus tranquilles... La République, en train de réaliser les désirs de M. Jules Simon, et qui faisait visage aimable à tous sous les traits de M. de Freycinet, va faire une grimace... Rappelons toujours que la plus belle année de la République aura été celle où M. Jules Ferry demeura dans la retraite. » M. Jules Ferry resta insensible à ces aménités dont il n'était pas difficile de deviner les véritables inspirateurs. M. Comély* n'avait-il pas dénoncé par avance « l'ingratitude calculatrice des anciens collègues » de M. Jules Ferry, qui n'auraient jamais consenti à invalider M. Picot, si l'auteur de l'article 7 n'avait promis « qu'en aucun cas, il ne se représenterait comme député ». Et l'écrivain royaliste ajoutait : « U est difilcile d'expliquer, autrement que par l'ingratitude la plus noire, l'échec de M. Ferry aux élections générales. Que les conservateurs le détestent, c'est leur droit. Je serais même tenté de croire que c'est leur devoir. Mais les républicains ! Les républicains auraient dû s'en emparer et le considérer comme un des joyaux de leur République!... »

La mauvaise foi des concurrents de M. Jules Ferry n'accepta pas même de bonne grâce le verdict des électeurs sénatoriaux des Vosges, et traita sa victoire de « victoire à la Pyrrhus », sous prétexte qu'il n'avait pas été élu le premier. On alla même plus loin : un anonyme eut l'audace de rééditer contre lui, sous la forme d'une prétendue conversation de 1885, l'accusation d'avoir été partisan d'une alliance avec l'Allemagne. Cette fois, l'ancien président du Conseil perdit

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