V. le Matin du 6 janvier
étaient empreintes d'un pessimisme exagéré. Elles tendaient à prouver que Télément indigène nous était pins hostile que jamais, et que VAIgérie, défalcation faite des recettes, nous avait coûté, de 1830 à 1888, plus de 3 milliards et demi, et plus de 83 millions d'après le seul budget de 1890, tandis que les colonies anglaises ne coûtaient, dans leur ensemble, que 46 millions par an à la Grande- Bretagne. Le rapporteur en concluait qu'il fallait incorporer d'une manière de plus en plus étroite l'Algérie à la France, et rattacher impitoyablement les déparlements algériens aux différents ministères. Les discussions auxquelles donna lieu ce rapport furent extrêmement vives. Après M. Dide, qui resta dans les généralités, et critiqua surtout l'excès du fonctionnarisme depuis quinze ans; après M. Mauguin, qui ne dit rien de sensationnel, M.Pàuliat reproduisit à la tribune les arguments de son rapport et dirigea une attaque en règle contre le gouverneur de l'Algérie, M. Tirmau, qui assistait le ministre responsable, M. Gonstans, eu qualité de commissaire du gouvernement. L'orateur insista, notamment, sur les abus commis par les usuriers qui ruinaient les Arabes, sur la détestable organisation de la justice en Algérie et sur la mauvaise affectation des sommes consacrées à la colonisation.
M.Tirman, dont le calme contrasta avec la fougue de M. Pauliat, exposa les grandes lignes de son administration, rappela qu'on avait fait entrer les indigènes dans les conseils municipaux et les conseils généraux, qu'on les avait admis à certaines fonctions publiques, et qu'en somme, depuis dix ans, il n'y avait eu ni insurrection, ni menace d'insurrection ; que le gouverneur avait, en outre, favorisé les agriculteurs français, pourvus d'nn capital, qui venaient s'installer en Algérie, qu'en même temps on avait assuré un traitement de faveur aux fils d'Algériens parce qu'ils étaient les meilleurs colons. Les témoignages des étrangers, comme le voyageur russe Tchiatchef et l'Allemand Gérard Rholfs, reconnaissaient que notre œuvre colonisatrice n'avait été surpassée par aucun peuple. En effet, on trouvait actuellement 422 000 Européens en Algérie, alors qu'en 1865, on n'en comptait que 218 000; les recettes du Trésor s'étaient élevées de 17 à 40 millions ; les hectares de vigne en culture de 11000 à 106 000, etc. Enfin, l'Algérie achetait le vingtième des produits de la France et absorbait le quart du fret de notre marine.
Après une réplique de M. Pauliat, M. Gonstans, ministre de l'intérieur, promit de traiter les Arabes avec bienveillance, mais de soutenir contre eux les colons « quand ceux-ci auraient raison ». Il conclut en invitant les membres du Sénat à étudier les questions algériennes. Il était réservé à M. Jules Ferry, dans le discours suivant, de répondre avec une grande hauteur de vues à cette invitation ministérielle * :
J. V. VEstafette du 8 mars 1.<î91.
DISCOURS SUR L ALGÉRIE. m
M. Jules Fbbby. — Messieurs, jen*airintention de présenter au Sénat que de comptes observations. Je suis un admirateur passionné de l'Algérie et de ToBOvre qu'accomplit là-bas le génie de la France.
J*ai étudié les questions algériennes, comme c*est le devoir de tous ceux qui ont eu Thonneur de diriger les affaires de notre pays. J'ai visité TAIgérie, j'en ai subi le charme incomparable; j ai vu de près les deux races qui y vivent côte à côte. Tune, la plus pittoresque qui soit au monde, et l'autre, la race française, dont on peut dire qu'elle forme déjà un rameau original enté sur le vieux tronc français.
Cette race de colons, dont il est de mode de médire, elle a ses défauts : elle est active, elle est bruyante, elle est prompte au mécontentement, mais avec quelle vaillance, avec quelle persévérance au travail elle porte et fait grandir de jour en jour le renom de la France I J'ai vu tout cela d'assez près, et je ne prétends cependant vous faire aucune révélation sur TAlgérie. Je n'ai pas la prétention d'en connaître mieux les détails que les honorables sénateurs qui la représentent, que Téminent gouverneur général que nous avons entendu, que les hommes qui l'ont vue comme moi de près, qui ont lutté avec les difficultés algériennes, comme l'honorable M. de Cès-Caupenne, ou qui l'ont étudiée particulièrement, au point de vue de l'exploitation agricole, comme plusieurs de nos honorables collègues qui sont dans cette enceinte.
Mais, il me semble qu'il y a autre chose dans ce grand débat que des détails. On a beaucoup apporté à cette tribune, — on le devait, car l'attaque avait été vive — on nous a, disje, apporté beaucoup de menus faits. Je crois que ce que le Sénat désire en ce moment, c'est que l'on résume les impressions, que Ton serre la question, qu'on aboutisse.
Quant aux détails, et notamment à ceux qui avaient été relevés dans le rapport de M. Pauliat, j'estime que l'impression de ceux qui ont suivi attentivement la discussion, est qu'en général, les orateurs qui ont eu à se défendre contre l'honorable rapporteur, ont eu raison sur un grand nombre de points de fait. [Marques d'approbation à gauche,)
Les questions de fait ont été résolues à peu près toutes, à l'honneur de la députation algérienne, à l'honneur de celui qui
a porté, pendant dix ans, le fardeau des affaires algériennes et qui est venu, à cette tribune, prononcer son dernier discours, afin de recueillir du Sénat et du pays qui l*entend, le juste témoignage dû à ses longs efforts et à ses utiles labeurs, {rrès bien! très bien ! )
Mais en est-il de même des questions générales, des grandes questions? La question coloniale, cette variété des questions coloniales qui s^appelle la question algérienne, j*ose dire qu'elle a été posée, plusieurs fois posée, et qu'elle reste non résolue, et qu elle n'est pas de celles que Ton peut résoudre, même en quatre jours d'interpellation. On a comparé souvent les efforts de la colonie française en Algérie aux efforts plus heureux, plus promptement couronnés par le succès, de la colonisation anglosaxonne, en Australie ou dans les Indes. Mais on ne considère pas à quel point le problème algérien est plus complexe, plus difficile que le problème de la colonisation australienne ou de la colonisation hindoue ou indo-chinoise.
L'Australie, pays de terres vacantes faciles à occuper, l'Inde, rindo-Chine, habitées par des races soumises, des populations très denses, très laborieuses, dénuées du sentiment de la résistance, et si dociles...
M. Lg MARQUIS DE l'Anglb-Beaumanoir. — On ne s'en aperçoit pas! M. LE BARON DE Lareinty. — Pas tant que cela!
M. Jules Ferry. — Qu'Anglais et Français en ont pu tour à tour faire d'excellents soldats.
Mais, en Algérie, messieurs, dans quelles conditions particulières se posait devant la France le problème de la colonisation? Toute la terre était occupée, occupée par une race guerrière, une des races les plus belliqueuses qui soient sous le soleil, et il a fallu pour la réduire de longues années de conquêtes et de combats qui ont malheureusement laissé derrière elles de longues traces dans les cœurs et dans les mémoires.
La question de la terre en Algérie, elle est infiniment difficile : la question de la colonisation se complique à mesure qu'elle avance, et nous en avons la preuve dans ce débat même. Il me semble que de toutes les questions auxquelles on a touché, c est bien celle qui se dégage tout d'abord, celle qui domine et qui enveloppe toutes les autres. {Approbation à gauche.)
Il y a deux grands intérêts dans la question, nécessairement en conflit, et qui ne peuvent pourtant être supprimés ni Tun ni l'autre : c*est Tintérét des colons français en Afrique et l'intérêt des indigènes. Vous les avez vus ici depuis quatre jours aux prises, car c'est là vraiment le fond des choses.
Dans ce conflit, qui a commencé du premier jour où un soldat français a mis le pied sur la terre d'Afrique, les hésitations du gouvernement central se comprennent et s'excusent; je constate seulement qu'elles ont été infinies. On a passé tour à tour d'un système à l'autre. On a sacrifié successivement aux idées les plus contradictoires. Sous l'Empire, on a gouveraé pour les Arabes. Après la chute de TEmpire — et je dis ce mot sans aucune espèce d'intention de reproche -~ depuis 1871 jusqu'en 1883, c'est assurément dans le sens de la colonisation française qu'on a administré et gouverné l'Algérie.
Quelle était l'idée générale, l'idée mère de cette conception colonisatrice qui, à mon sens, est aujourd'hui épuisée, et qu'il faut remplacer par une autre?
C'était, messieurs, pour appeler les choses par leur nom, c'était essentiellement la colonisation par la dépossession de l'Arabe : elle tendait à substituer progressivement, doucement, par des voies. légales, sans doute ~ on a fait des lois, beaucoup de lois pour cela — par les voies légales, dis-je, le cultivateur français ou européen — le cultivateur français principalement— au cultivateur arabe. C'était une opération de cantonnement, disait-on; on ne voulait pas employer le mot odieux de refoulement, mais c'était bien, en effet, le fond des choses. La colonisation était considérée, à ce moment-là, comme une tache d'huile — l'expression était consacrée — qui devait, peu à peu, envelopper le Tell, gravir les hauts plateaux et pousser devant elle l'Arabe dépossédé.
Voilà, je crois, messieurs, le sens intime, la raison d'être et la loi du mouvement de la colonisation pendant la période qui commence en 1871 et qui finit en 1883.
Pendant cette longue période, le séquestre des propriétés arabes, à la suite de différentes rébellions et l'application de la loi de 1851, qui avait fait de la fondation des centres européens une cause légitime d'expropriation, alimentèrent la colonisation officielle.
Elle reçut un coup dont elle ne s'est pas relevée, à la fin de Tannée 1883, lorsque M. le gouverneur général et le gouvernement, que j'avais alors Thonneurde diriger, présentèrent à la Chambre le projet dit des 50 millions, projet qui avait pour but de mettre à la disposition de la colonisation française, de la colonisation officielle, un nouveau lot de 300,000 hectares, pris sur les Arabes, et de 80000 hectares, pris sur le domaine. La Chambre, entraînée parla parole de M. Ballue, par les discours énergiques de notre vénéré collègue M. Guichard, la Chambre ne voulut pas passer à la discussion des articles.
Je dis, messieurs, que ce fut un coup mortel pour la colonisation officielle; non pas que j^entende m'associer en aucune façon à ce qui a été dit d'excessif contre ce système; non pas que je trouve Tombre de vérité au tableau, si chargé de sombres couleurs, que nous a fait Thonorable M. Pauliat de la situation des indigènes, de la spoliation dont ils sont victimes, des sentiments d'implacable rancune dont ils $ont animés. On a dit cela ici, messieurs; on Ta surtout beaucoup redit dans la presse, qui s'est fort occupée de nos débats. Mais je me demande, en vérité, où Ton puise la raison et le courage de dire que jamais la haine n'a été plus vivace entre l'Arabe et le Français, que jamais notre établissement sur les bords de la Méditerranée n'a été moins assuré?
Messieurs, tous ceux qui ont visité TAlgérie, en ont rapporté une opinion toute contraire : ceux qui ont vu la grande Kabylie, par exemple, où les répressions ont été si sévères et ont laissé des traces si saisissantes, et qui ont pu constater que des communes indigènes, représentant 50 000, 60 000 Arabes, étaient administrées sans peine, avec douceur, avec facilité, par un administrateur civil, aidé d'un sous -administrateur et de quelques cavaliers, ceux-là ne peuvent croire que notre établissement algérien soit menacé le moins du monde.
Quant à ce qu'on a dit du péril que pourrait nous faire courir une guerre européenne, quant à l'argument que l'honorable M. Pauliat s'est efforcé de tirer de l'opposition qu'il prophétisait, dès à présent, de conflits à main armée qui ne pouvaient manquer, selon lui, d'éclater entre 200000 Français, d'un côté, autant d'Européens et 3 millions d'Arabes, de l'autre, je suis aise, et j'ai le devoir de dire à cette tribune que ce sont là des
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querelles chimériques et des périls imaginaires. {IVès bien! très bien! à gauche.)
Je n*ai pas l>esoin que M. le ministre de la guerre monte à la tribune pour rassurer le Sénat et pour rassurer le Parlement : nous savons tous que, même en cas de guerre européenne, la sécurité de notre colonie algérienne est largement et solidement assurée I (Nouvelles marque* d'appf*obation sur les mêmes bancs,)
Nous n*avons pas besoin, messieurs, de ces arguments sinistres ou comminatoires, pour comprendre la grandeur de la question qui nous est soumise. Il est assurément inutile de chercher à faire appel à nos craintes patriotiques, pour attirer notre attention sur les indigènes : il est certain que le problème est des plus graves et des plus pressants.
M. Paul Bert, dans une lettre qu'il écrivait, il y a une dizaine d'années, aux membres de la Société de protection des indigènes de TAIgéric, disait : « Il nW a que trois manières de comprendre les rapports de la nation conquérante avec la nation conquise : l'exterminer, la réduire en sei-vage ou l'assimiler. »
Messieurs, je crois qu'entre ces trois procédés, le choix de la France est facile h faire. Exterminer? Jamais la France colonisatrice n'a exterminé aucune des races inférieures avec lesquelles elle s'est trouvée en contact. [Très bien ! très bien/ à gauche.) D'autres histoires, même contemporaines, peuvent être remplies de ces sanglants récits : nous n'avons jamais, en aucune partie du monde, rien fait de pareil. ( Vive approbation sur les mêmes bancs.)
Quand nous sommes entrés en Algérie, en 1830, ce n'était pas par une vaine gloriole ou par un appétit de conquêtes. Les dix-huit années que la Chambre a passées à discuter la question de savoir si l'on resterait en Algérie ou si Ton s'en irait, protestent suffisamment contre toute avidité conquérante. Non, nous sommes entrés dans la régence d'Alger pour y faire régner la civilisation, pour préserver la Méditerranée, qui est la grande route et le bien commun de toutes les gi'andes civilisations, des atteintes et de la domination de la barbarie. (7'rfs bien! très bien!)
Et si nous avons dû poursuivre notre œuvre au delà du littoral, messieurs, c'est qu'il ne dépend jamais d'une grande nation qui commence une œuvre de colonisation, de marquer à
Tavance le terme de ses efforts. On est toujours entraîné plus loin qu'on ne voulait aller ^— ... {Interruptions à droite,).,, c'est la leçon de l'histoire; — - on est obligé d'aller jusqu'au bout, c'est-à-dire de subir la nécessité stratégique qui impose certaines frontières déterminées aux colonies comme aux États européens.
M. LE MARQUIS DE l'Angle-Braumaisoir. — Lcs foUeslesplus courtes sont les meilleures. Et leTonkinl (Exclamations et rires,)
M. Jules Fbbry. — Je voudrais bien, messieurs, à propos de l'Algérie, ne pas parler du Tonkin...
Plusieurs sénateurs à gauche. — Ne répondez pas ! M. LE MARQUIS DE l^Angle-Beaumanoir. — Cest VOUS qai en avez parlé le premier.
M. Jules Ferry. — Quand noire honorable collègue voudra entamer une discussion sur le Tonkin, je serai à sa pleine disposition, mais nous n'en sommes pas là aujourd'hui.
J*ose dire, messieurs, que la politique française ayant toujours répudié avec honneur la colonisation par extermination, ayant également renoncé à la politique de refoulement, pour des raisons dont je dirai tout à l'heure un mot, elle n'a et ne peut avoir qu'une formule : c'est l'assimilation. (Marques nombreuses d'approbation,)
M. LÉON Renault. — Très bien !
M. Jules Ferry. — L'assimilation, messieurs, entendonsnous bien ! Il est facile, en prenant le mot au sens absolu, d'en faire une manière d'utopie à laquelle quelque raillerie pourrait bien s'attacher. C'est en ce sens, sans doute, que j'ai surpris dans les paroles de mon honorable ami, M. le ministre de l'intérieur, un certain scepticisme en matière d'assimilation. Assurément, l'assimilation au sens absolu, c'est l'œuvre des siècles; mais l'œuvre civilisatrice qui consiste à relever l'indigène, à lui tendre la main, à le civiliser, c'est l'œuvre quotidienne d'une grande nation! (Très bien! très bien! à gauche et au centre,)
C'est son devoir, d'abord, messieurs, et ensuite c'est son intérêt le plus évident. A propos du refoulement, dont je parlais tout à l'heure, il y a quelques lignes du maréchal Bugeaud, qui
sont bien bonnes à retenir et qui, vous allez le voir, trouvent tout à fait leur place dans ce grand débat.
Le maréchal écrivait en 1847 :
<c Nous avons déjà dit que, dans presque toutes les théories colonisatrices, on faisait abstraction du peuple arabe. On y a pensé quelquefois, non pas pour nous Tassimiler, mais pour lui dire, passez-moi Texpression : Ote-toi de là que je mW mette!
« La fameuse tache d*huile, qui a été le rêve d*hommes très distingués, d ailleurs, ne veut pas dire autre chose que cela. La colonisation, comme la tache d*huile, devait s'étendre doucement, en poussant les Arabes devant elle.
« Où iront-ils, ces Arabes que poussera votre tache d'huile? Chez les tribus voisines, dira-l-on? Eh! oui, ils s'y réfugieront et ils y porteront leurs terribles ressentiments; ils les feront d'autant mieux partager aux tribus voisines, qu'elles comprendront parfaitement que le même sort les attend, un peu plus tôt, un peu plus tard. » [Très bien! très bien! à gauche.)
Le maréchal Bugeaud se plaçait à un point de vue très élevé, au point de vue de la sécurité de l'avenir; mais, en s'en tenant seulement au point de vue économique, qui est-ce qui peut penser au refoulement des indigènes, plus qu'à leur extermination?
La main-doeuvre arabe, en effet, est la seule main-d'œuvre du colon: c'est le fond du travail dans ces chaudes régions. Vous ne pouvez pas vous passer du travailleur arabe ; si vous l'exterminez, si vous le refoulez, si vous le chassez, par qui le remplacerez-vous? [Très bien! très bien! à gauche )
M. DiDK. — Mais personne ne le demande î [Bruit,] M. LE MARQris DR L'ÀNGLE-BEArMANOiR. — Vous VOUS battez contre des moulins à vent!
A gauche, — Laissez parler!
M. Jules Ferry. — Je ne m'adresse à personne dans cette enceinte; je m'adresse à des théories, à des systèmes qui ont des défenseurs.
Je désire maintenir le débat aussi haut que possible, mais je voudrais bien être écouté avec bienveillance, même de ce côté de la tribune. [L orateur désigne la droite.)
Du resleyiDfessieursJI serait tout à fait injuste de faire de celte thèse du refoulement un reproche ou un grief à Tadministration française, prise dans son ensemble.
La législation algérienne contient, au contraire, des lois dont le principe est en contradiction absolue avec la thèse du refoulement; on vous en a parlé tout à Theure avec quelques détails
— je fais allusion ici h la loi de 1873 sur la propriété indigène, et à celle de 1882 sur Tétat civil des indigènes.
L'inlention très accusée par ces deux monuments législatifs, dont Tinitiative est partie des représentants d'Algérie, est de considérer comme la bonne et la vraie politique celle qui attire rindigène, et non pas celle qui le repousse, celle qui tend à faire de l'indigène un propriétaire de même nature que le propriétaire européen, Tarrachant ainsi à la propriété collective, qui est une institution rétrograde et dangereuse pour la sécurité de nos possessions. {Approbation à gauche.)
Le malheur est, messieurs, que ces deux tendances : celle que révèlent les deux lois que je viens de mentionner, et celle qui avait donné naissance à la colonisation officielle, laquelle n'est autre chose, en somme, et n'aboutit à rien moins qu'à une dépossession du propriétaire arabe, — au profit de l'Européen,
— le malheur, dis-je. est que ces deux tendances, ainsi que les systèmes qu'elles ont produit, semblent, à l'heure qu'il est, avoir, l'une comme l'autre, fait leur temps.
Il y a un temps d'arrêt marqué dans le peuplement. M. le gouverneur général en convenait l'autre jour, à la tribune; les faits sont évidents, et la cause de ce temps d'arrêt, c'est le rejet de la loi qui reposait sur l'expropriation des 300000 hectares indigènes.
D'autre part, croyez-vous que la création de l'état civil des indigènes et la création de la propriété individuelle chez les indigènes — deux faits absolument connexes et qui ne peuvent aller l'un sans l'autre — croyez-vous que cette double création soit en grand progrès, et que l'œuvre avance d'un pas bien rapide?
Hélas ! messieurs, en neuf années, on a doté 90000 Arabes de l'état civil, et comme on délivre, aux termes de la loi de 18S2, des titres de propriété pour 150000 hectares de terres, en une année moyenne, aux habitants du Tell, il faudrait, pour cons-
Utaer dans celte seule région la propriété individuelle des indigènes, environ quatre-vingts ans!
Voilà, messieurs, où en est, en ce moment, la question des terres; voilà où en sont les méthodes d*assimilation par rinitialion des indigènes au bienfait du droit de propriété.
Mais la conquête morale, la civilisation progressive de l'indigène, peut prendre une autre forme. On attire à soi le peuple vaincu, non seulement en respectant sa religion, son statut personnel, ses droits de propriété, mais on Tatlire surtout en lui ouvrant des écoles,en le mettant en possession de la langue française, seul véhicule des idées françaises parmi ces populations que nous nous donnons pour tâche d*élever jusqu a nous.
Ici, messieurs, il faut bien que je Tavoue, je n'ai que des regrets à exprimer. Tout à Theure, je posais le problème agraire de l'Algérie avec un point d'interrogation. Je ne me crois pas, je le déclare, en état de préconiser, avant une étude plus complète, un système plutôt que Tautre. La question reste posée. Pour moi elle n'est pas résolue.
Mais, quant à la question des écoles, avons-nous fait ce que nous devions? Avons-nous fait ce que nous pouvions? — Je réponds hardiment : non! Non, nous n'avons pas fait ce que nous devions : nous n'avons pas fait ce que nous pouvions !
Il y a contre l'école arabe, en Algérie, de violents préjugés : non pas de la part de nos collègues du Sénat ni de la Chambre ; ils se sont fait honneur en réclamant, il y a déjà un certain nombre d'années, l'ouverture de plus nombreuses écoles arabes. Mais il est curieux de constater avec quelle méfiance, avecquelle secrète malveillance, les habitants français ou européens de l'Algérie parlent presque tous de l'école arabe. La lecture des journaux, les correspondances qu'on reçoit, les appréciations que l'on entend, révèlent une habitude invétérée de scepticisme, quand il s'agit de l'école arabe. C'est vraiment un étal d'esprit particulier qui sévit sur cette grave question.
Pourquoi donc, aux yeux de tant d'Algériens, l'école arabe française apparaît-elle comme une chimère, une utopie?
D'abord, à cause du Coran. Le Coran, disent-ils est un obstacle infranchissable. La religion musulmane voit nécessairement et fatalement, dans l'ouverture d'une école arabe française, une entreprise contre la foi des indigènes et un acte de prosélytisme.
Messieurs, cette question des écoles arabes, il in*a été donné de la faire étudier par les plus éminents de mes collaborateurs. Celte étude a été poursuivie, plusieurs années durant, par des hommes qui connaissaient Tarabe, qui avaient Thabilude des tribus, qui avaient visité aussi bien les hauts plateaux que la Kabylie, au point de vue de rétablissement des écoles indigènes. J ai pu moi-même, comme Vont fait, sans doute, tous ceux d entre vous qui sont allés en Algérie, pénétrer dans les écoles arabes-françaises.
Et je me demande comment on a pu dire, et Ton répète encore, d'un problème dont la solution est trouvée, qu'il est impossible de le résoudre? Comment, quand on a vu Biskra, où non seulement il existe une très belle école française, mais où celle école a répandu la connaissance du français parmi les habitants de Toasis, à ce point que notre langue y est parlée ou comprise à peu près par tout le monde ;
Comment, pour peu que Ton soit entré dans quelqu'une des écoles de village de la grande Kabylie, que Ton ait assisté à une demi-heure de classe, ou qu'on ait pu seulement se rendre compte, rien qu'à l'aspect de ces jeunes visages, pétillants d'intelligence, de la vive cuKosilé qui les anime, comment surtout, si on les a inlerpellés, interrogés, peut-on soutenir que l'école algérienne est impossible? — Mais elle existe, elle fonctionnel Elle rencontre des difficullés, oh! assurément! Je ne le dissimule pas; j'y reviendrai dans un instant. Mais, au moins, qu'on ne soutienne pas, a priori et de parti pris, que le Coran oppose à l'école arabe-française, un insurmontable obstacle !
Messieurs, le Coran ne régit pas seulement l'ancienne régence d'Alger : il est également le livre religieux de la Tunisie. Eh bien, à côté du développement de l'école française en Algérie, que je trouve tout à fait au-dessous de la grandeur et du devoir de la France, considérez la rapidité avec laquelle l'enseignement français s'est répandu en Tunisie, chez une population également musulmane. On y a passé, de 150 élèves qui apprenaient le français en 1883, à 2600 en 1890. Vous voyez la proportion!
En Algérie, qu'avons-nous fait? — M. le gouverneur général l'avouait Tautre jour : 150 à 160 écoles, dans l'espace de dix années !
On objecte, messieurs, autre chose encore, à rencontre de
l'école arabe-française : on fait intervenir une question physiologique, une question de tempérament.
On dit — et le fait dans sa généralité est vrai — que le jeune Arabe, le jeune Kabyle, le musulman, jusqu'à Tâge de douze ou treize ans, montre tous les signes d'une vive intelligence; mais, à ce moment, il se produit dans son organisation, une crise et, dans son intelligence, un arrêt de développement. Il se marie jeune et il est perdu, non seulement pour l'école, mais même, ajoute-t-on, pour la civilisation française I
Messieurs, je pourrais répondre que la crise à laquelle on fait allusion est la même chez les jeunes Tunisiens; je me contenterai d'une réponse plus simple encore. Si la crise éclate dans la quatorzième année, gardons-les toujours jusqu'à cet âge: c'est assez, bien assez, puisque nous ne voulons pas leur rendre familiers nos beaux programmes d'enseignement primaire; que npus ne voulons leur apprendre ni beaucoup d'histoire, ni beaucoup de géogi-aphie, mais seulement le français, le français avant tout, le français et rien autre, si vous le voulez. Et si nous ajoutons à cela, comme on en a fait l'essai heureux dans un certain nombre d'écoles, un petit enseignement pratique et professionnel, nous nous apercevrons bien vite que le Coran n'est en aucune façon l'ennemi de la science, même sous son aspect le plus humble et le plus élémentaire; et ces populations qui sont avant tout laborieuses, malheureuses, vouées au travail manuel, comprendront très vite de quel secours peut bien être cette modeste éducation française, dans leur lutte pour la vie de chaque jour.
Je le répète, tout cela n'est pas imaginaire, tout cela a été essayé, tout cela fonctionne! Dès lors, que nous reste-t-il à faire?
11 nous reste à regarder le problème en face, à ne pas nous réfugier dans des lins de non-recevoir, dans des arguments comme celui-ci, également fort à la mode en Algérie : Nous ouvrons des écoles, mais les indigènes n'y vont pas ! Ils n'y vont pas, pour les mêmes raisons qui rendent, dans certains pays de France, la fréquentation régulière des écoles si difficile aux travailleurs de la terre; ils n y vont pas parce qu'ils sont pauvres, parce qu'ils ont besoin du travail de leurs enfants, ou bien parce que l'école du centre est trop éloignée de leur gourbi
J. Fbrrt. Discours, VU. 14
no DISCOURS DE JULES FERBY.
OU de leur tente, parce qu'il n*y a pas assez d'écoles de section !
Ce sont des difflcultës de même ordre que celles avec lesquelles nous sommes aux prises. Elles sont assurément plus grandes, plus difficiles à vaincre sur cette terre primitive; il faudra, pour en venir à bout, de nouveaux sacrifices, mais ces çacriflces, il faut les faire : on le doit quand on s'appelle la France et quand on a pris, à la face du monde, la tutelle d'une nation comme la nation arabe. (Vive approbation sur divers bancs à gauche. )
Messieurs, dans ses remarquables discours, Tbonorable M. Tirmann'a pas opposé de dénégations aux faits dont je viens de faire passer devant vous Tassez triste tableau. Il en convient. 11 sait bien qu'on n*a pas fait assez d'écoles; il sait bien que la loi sur la propriété indigène fonctionne trop lentement; il sait bien que la création de Tétat civil s'alanguit tellement qu'il est impossible de fixer humainement une époque qui nous permettrait de voir l'œuvre accomplie.
Il sait tout cela et il nous répond, non sans mélancolie : « C'est que nous n'avons pas assez d'argent!» Et comme cet administrateur éminent et consciencieux a fait, à deux reprises, les plus grands efforts pour obtenir le concours que l'œuvre africaine doit trouver dans la métropole ; comme, après avoir échoué dans le projet de 50 millions, il n'a pas même la possibilité de poursuivre, avec l'espoir de la faire réussir, sa conception du budget spécial, cet homme habile, messieurs, dont l'administration n'a jamais été effleurée même par la médisance, cet homme heureux, je puis le dire, car il a porté le fardeau des affaires algériennes plus longtemps qu'aucun autre, est venu à cette tribune et a déposé, avec sa démission, l'aveu de sa complète impuissance, [Mouvement.) Eh bien, je dis qu'un fait comme celui-là doit donner à penser à une Assemblée française.
S'il ne s'agissait ici que de la responsabilité de M. le gouverneur général, nous lui aurions donné, nous nous empresserions tous de lui donner le juste tribut déloges et de confiance que méritent ses longs services. (Approbation à gauche et au centre,)
En quittant l'administration, il met sa responsabilité personnelle à couvert; mais notre responsabilité, messieurs, devant le
DISCOURS SUR L ALGÉRIE. m
pays, la respoosabilité du Sénat, qui pourra la dégager, sinon le Sénat lui-même?
Il y a évidemment une crise algérienne ouverte, une crise intérieure bien entendu : la crise de la colonisation. Nous sommes, dans notre politique africaine, à un de ces tournants de rtiistoire où il faut prendre une résolution, adopter un système, sarréter à un parti définitif. Le ferons-nous, messieurs, ou laisserons-nous aller les choses?
C'est en considération du grand devoir qui parait sUmposer, à cette heure, aux représentants du pays, et de Tétat présent de nos affaires africaines, que beaucoup d*entre nous ont estimé que cette interpellation ne pouvait se terminer par un ordre du jour pur et simple.
Un ordre du jour pur et simple, ce serait un acte d'optimisme aveugle ou de coupable indifférence. Un ordre du jour motivé manquerait de base, parce qu'il ne serait pas précédé d*une information préalable : aussi ai-je entendu avec* une grande satisfaction M. le ministre de l'intérieur, prenant les devants, se déclarer prêt à accepter de collaborer à la solution des questions pendantes avec une commission d'études nommée par le Sénat.
Un de nos collègues, interrompant sur ce mot de « commission d'études », au cours du discours de l'honorable M. Jacques, s'écriait : « Oui, une commission d'enterrement! »
Messieurs, il serait bien regrettable que la commission que, je Tespère, vous aurez à nommer, comprit son mandat d'une façon aussi légère.
Je suis convaincu, tout au contraire, qu'elle fera œuvre sérieuse, et, en vérité, les siyels d'étude ne lui manqueront pas ! Oh ! ce n'est pas une commission d*enquéle. Il n'y a pas à mettre à l'enquête l'administration de M. Tirman : elle est l'objet de tous nos éloges. C'est une enquête sur nous-mêmes que nous voulons et que nous devons faire ; c'est une enquête sur les systèmes qui sont en présence, sur les résolutions qu'il convient de prendre.
11 n'y a pas besoin, pour cela, d'aller promener en Algérie une caravane parlementaire qui ne pourrait que jeter le trouble, donner des illusions et laisser après elle des déceptions graves et profondes! Non! Il faut que cette commission fonctionne
comme les grandes commissions d'enquéle anglaises, et il n'est pas malaisé, dans une question si débattue, de faire comparaître à sa barre tous ceux qui peuvent ouvrir un avis compétent ou consigner avec exactitude les faits qu'il importe de recueillir.
Nous vous demanderons, messieurs, quand vous aurez clos la discussion générale, de vous résoudre à nommer cette commission d'enquête. Vous voyez bien, du reste, le vaste champ qu'elle aura à parcourir, un champ vaste, mais nettement déterminé, car c'est le péril de ces grandes entreprises parlementaii*es de se perdre parfois dans des horizons sans limites.
Mais les questions qui ont été posées, et qui sont toutes des questions précises et concrètes, suffiront à occuper pendant longtemps son activité. Il y a d'abord la question de la terre, celle de la colonisation, du choix à faire entre la colonisation officielle et les autres modes de colonisation ; il y a la question des écoles dont j'ai suffisamment parlé.
M. LE BARON DE Lareinty. — Et Tusurc !
M. Jules Ferry. — L'usure aussi, évidemment.
Il y en a bien d'autres encore : il y a celle du budget algérien. Ce budget contient-il, comme en est convaincu M. le gouverneur général, des réserves susceptibles d'être capitalisées, et qui pourraient fournir, dans le temps d'arrêt que subit la colonisation, les ressources qui permettraient de réaliser le grand effort qui semble nécessaire?
Voici, par exemple, la question des forêts. On en a dil un mol aujourd'hui : les forêts d'Algérie occupent une surface de 2 millions d'hectares ! (La contenance de toules nos forêts de France est seulement de 1 million d'hectares.)
Cet immense domaine forestier rapporte 3 ou 600000 francs au plus. Est-ce qu'à cet égard, il n'y a rien à faire?
Et le domaine? Le lendemain du jour où la Chambre des députés a rejeté le projet de 50 millions, M. le comte d'Haussonville, qui connaissait si bien l'Algérie, qui élait un des vétérans de la colonisation algérienne, M. le comte d'Haussonville avait présenté au Sénat une proposition de loi autorisant l'aliénation d'environ 1 million d'hectares de terres, formé de 800 000 hectares de terres domaniales non affectés à des semces
publics, et de 200000 hectares pris sur les forêts, ou plutôt sur les lisières qui n*ont de la forêt que le nom et le souvenir, mais que Tadministration centrale maintient, bon gré mal gré, sous le régime forestier et refuse obstinément à la colonisation. M. d'HaussonviUe constituait ainsi un bloc d*à peu près 1 million d*hectares, qu*il n'évaluait pas au-dessous de leur valeur en les portant, l'un dans l'autre, à la somme de 50 francs.
C'était 50 millions de retrouvés !
Le projet de M. le comte d'Haussonville fut présenté au Sénat le 28 décembre 1883; il fut volé par la haute Assemblée en 1884 ou 1885. Je constate avec mélancolie qu'il n'a pas encore été voté à cette heure par la Chambre des députés.
Il faut, messieurs, que ]§, commission que nous vous demanderons de nommer, fasse sortir le Parlement de ces habitudes d'indifférence. Le grand malheur de l'Algérie, c'est qu'elle n'est pas assez connue : aussi, suis-je bien convaincu que la commission d*études sera accueillie, par les Algériens eux-mêmes, comme un bienfait. Ne savent-ils pas mieux que personne ce que perd leur noble pays à être ignoré ou mal connu? La commission n'eût-elle que cet effet de répandre la connaissance des choses algériennes dans le Parlement français, qu'elle serait bonne, qu'elle serait utile.
Je ne doute pas que vous l'acceptiez, car j'estime, messieurs, — je le dis avec une conviction profonde — que la colonisation algérienne et la situation générale de l'Algérie traversent, en ce moment, une crise véritable.
Un sénateur à droite. — Quelle crise?
M. JuLBsFBEitr. — Une crise économique! J'estime que, faute de ressources, la colonisation languit et végète, et qu'il ne suffit pas à l'honneur de la France d'avoir, au prix des faits d'armes les plus éclatants, annexé à la patrie ce magnifique empire : il ne faut pas laisser dire ou laisser croire que la France républicaine est incapable d'administrer et de faire fructifier le plus beau domaine que la destinée ait jamais mis dans la main d'une grande nation.
Messieurs, nous convierons le Sénat à prendre cette initiative : il n'en est pas, je crois, qui puisse être plus digne de son savoir, de sa prévoyance et de son autorité. [Applaudissements
sur un grandnombre de bancs. — L'orateur en descendant de la tribune est félicité par un grand nombre de ses collègues,)
Cette éloquente synthèse des questions algériennes pouvait servir de clôture à la discussion. Le défilé des ordres du jour commença. Après avoir écarté celui de M. Dide, que repoussait le gouvernement, le Sénat adopta le texte suivant, proposé par MM. Bérenger, Merlin et Alcide Dusolier : « Le Sénat, prenant acte des déclarations du gouvernement, et conHant dans sa sollicitude pour assurer le développement de la colonisation algérienne, décide : Une commission de dix-huit membres sera nommée dans les bureaux, à TetTet de rechercher, de concert avec le gouvernement , et de proposer les modifications qu'il y aurait lieu d introduire dans la législation et dans l'organisation des divers services de TAlgérie.» Le ministère n'avait pas voulu donner à M. Jules Ferry la satisfaction de voir Tordre du jour qu'il avait présenté ^umis à la haute Assemblée comme la meilleure des formules, et cet ordre du jour différait si peu de Tordre du jour Bérenger que l'ancien président du Conseil, mettant de côté tout amour-propre, se rallia à la rédaction de son collègue. Mais la commission des Dix-Huit fit bien voir qu'elle entendait suivre la direction du sénateur des Vosges, en le nommant président. M. Paul Cambon, préfet du Rhône, ancien préfet de Constantine, remplaça M. Tirman comme gouverneur de TAIgérie.
Discours du 2i mars 1891, à l'Association nationale républicaine. (Banquet de rÉlysée-Montmartre).
La sympathie respectueuse dont le Sénat entourait M. Jules Ferry, la confiance que lui témoignaient ses collègues en le nommant président de la commission des douanes et président de la commission de TAIgérie, commençaient a soulever les colères des meneurs révolutionnaires ou cléricaux. V Autorité ^ de M. Paul de Cassagnac, V Intransigeant ^ de M. Rochefort, multiplaient les invectives contre l'ancien président du Conseil, coupable d'entraîner à sa suite l'Assemblée qui avait mis un à l'aventure boulangiste. La défunte ligue des Patriotes essaya de se reconstituer et de passer en revue son personnel, en assistant avec tous ses anciens cadres à une représentation d'une pièce de TAmbigu, le Régiment, D*aulre part, l'anarchiste Morphy faisait apposer des placards injurieux pour « le Tonkinois », qui portaient ce titre : « Défl à la population parisienne », et les socialistes annonçaient un grand mouvement pour le !•• mai. C'est dans ces circonstances que M. Jules Ferry annonça qu'il ferait coïncider, cette année, l'assemblée générale de TAssociation nationale républicaine avec le banquet de la Société, et que cette gronde réunion aurait lieu le samedi 21 mars 1891 dans la salle de l'Ëlyséc-Montmartre, boulevard Rochechouart. Les boulan-