‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 40 sur 108 · DISCOURS D^ L'ÉLYSÉE-MONTMARTRE · texte numérisé non relu

DISCOURS D^ L'ÉLYSÉE-MONTMARTRE

gistes et les révolutionnaires avaient annoncé que M. Jules Ferry n'arriverait pas vivant à Montmartre, et ses amis ne lui dissimulèrent pas leurs appréhendions; mais il ne se déparlit, pas plus eu celte circonstance qu'en toute autre, de Tadmirabie sang-froid qu'il avait maintes fois opposé aux menaces des factieux. A sept heures, il arrivait, accompagué seulement de son beau-frère, M. Risler, devant TÉlysée-Montmartre, non par une porte dérobée de la rué d'Orsel, comme Taffirma l Intransigeant ^ mais par la grande porte du boulevard, l/auteur de ces lignes assistait à cette entrée, dépourvue de tonte mise en scène et qui ne provoqua pas la moindre manifestation hostile.

Quatre cents convives environ occupaient les dix tables dressées dans la salle de TÉIysée. Les représentants des journaux de toutes nuances étaient là. Nous nous rappelons avec quelle émotion sympathique l'ancien président du Conseil fut accueilli par les membres de TAssociation républicaine. Après le bcanquet et quand on eut entendu les rapports de MM. Melon, trésoner, et Delombre, secrétaire général, M. Jules Ferry se leva et s'exprima ainsi * :

Messieurs, j*ai eu Thonneur de participer à ramitié d*un homme d*Étal illustre qui fut un des fondateurs de la République, et qui avait Thabilude de dire « qu en politique, il faut se garder de jamais rien prendre au tragique ».

Il me semble, messieurs, que cette parole de haute sagesse est singulièrement vérifiée à Theure où nous parlons. Nous avons bien fait, ce soir, de ne rien prendre au tragique ! {Rires et applaudissements.)

Et pourtant, messieurs, permettez-moi cette confession, qui est à sa place dans une réunion de famille, une famille très nombreuse, je m'en applaudis, permettez-moi de vous dire que pendant quelques jours, les derniers qui viennent de s'écouler, le comité d'organisation de votre réunion a traversé toute sorte d'angoisses patriotiques.

A lire les journaux, de véritables périls nous menaçaient, et nous étions sur le point d'être rendus responsables de troubles prédits à coup silr, que dis-je, de tentatives contre la sécurité de TEtat, par suite du choix imprudent de ce chaimant local. {Rires et applaudissements,)

Et il n'a pas manqué de bons amis, comme on en a toujours {Hilarité générale), venant nous dire : « Mais quelle idée exlrava-

1. V. V Estafette dix ?3 mars 1891 et le Bulletin de V Association républiblicaine de janvier-mars 1891.

gante d'avoir choisi pour lieu de réunion rÊlysée-Monlitiartre ! » {Nouvelle hilarité.)

. Nous tressaillîmes {Bires), car ce lieu était choisi depuis quatre semaines. Tout le monde le savait, et il n'était entré dans la pensée de personne que FAssociation nationale républicaine offensât Montmartre en venant y dîner. [Hilarité générale.)

Et alors nous sommes rentrés dans nos consciences (Nouvelle hilarité) et nous avons éprouvé quelque embarras. Mais aujourd'hui nous ne sommes plus du tout embarrassés : nous savons pourquoi nous sommes venus à TÉlysée-Montmartre.

C'est parce que l'endroit est charmant (Rires), que Tony dîne fort bien [Nouveaux rires) dans des prix doux (Longue hilarité) ce qui n*est pas indifférent pour une réunion de bons démoci*ates comme celle-ci. (Nouvelle hilarité et applaudissements.)

J'ajouterai même, si vous me le permettez : « Nous y sommes venus, eh bien; nous y reviendrons! » (Applaudissements.)

A vrai dire, malgré les alarmistes, nous n'avons jamais cru que Montmartre ne fût accessible qu'avec un laisser-passer de certaines personnes. Et vraiment, nous pouvons constater, à cette heure, que TÉlysée-Montmartre et Montmartre lui-même ont beaucoup plus d'esprit, beaucoup plus de courtoisie et de bon sens, beaucoup plus de cette bonne humeur parisienne que connaissent si bien ceux qui vivent, comme moi, depuis quarante ans, au milieu du peuple de Paris... oui! beaucoup plus de bonne humeur, de bonne grâce et de bon sens que ceux qui conseillent Montmartre et qui prétendent parler en son nom. (Rires et applaudissements.)

Messieurs, nous sommes venus faire ici très simplement une chose tout à fait normale : l'assemblée de votre Association nationale républicaine, et nous ne sommes pas du tout fâchés, nous pouvons l'avouer entre nous, — qu'on ne le répèle pas... (Rires)^ — de toute cette campagne de presse qui s'est faite depuis quelques jours...

Oh ! c'est pour l'Association nationale une bonne fortune. C'est un véritable renouveau, et nous n'avions jamais été à pareille fête !... Messieurs, remercions nos amis et nos ennemis de la superbe réclame qu'ils viennent de faire à notre Association. [Rires et vifs applaudissements.)

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