DISCOURS AUX DÉLÉGUÉ» DES VOSGES. SI
Yérilables adversaii*es, les monarchistes. Quels reproches fontils à la République? Est-ce d'être restée immobile? Ils lui reprochent, au contraire, d avoir trop agi, trop fait d*écoles, de routes et de chemins de fer ; ils lui reprochent d*avoir trop cédé au besoin d*expansion coloniale : ce n*est pas à Tesprit d'innovation déçu quMls font appel, c*est à Tinstinct de prudence et au désir de tranquillité, si puissants et si développés dans la masse mâle de ce pays. (Ont / Ceit cela. Très bien ! Applaudiisements. )
S'il en est ainsi — et quand nous voulons savoir exactement où est le péril pour nous, il faut écouter ce que disent nos vrais ennemis, les monarchistes — ils disent au paysan français que la République est un gouvernement d'agitation, de-grandes dépenses et de grandes folies. Dans ces conditions, je pense, me servant d'une formule qui a été employée ailleurs, que le moment n'est pas venu pour le parti réformateur de surmener le pays, de le fatiguer de nouveau, sauf à le laisser ensuite se reposer dans les bras du parti conservateur. (ftire5.)Non, je ne veux pas de ce jeu de bascule, je proteste contre cette élégante théorie. {Nouveaux tires,) Je ne me soucie pas que la République passe dans les bras du parti conservateur : je craindrais Irop qu'elle n'y restât. (Très bien!)
Avant de m'asseoir, c'est avec la plus profonde gratitude que je lève mon verre en l'honneur de la démocratie radicale du Rhône. Je bois à sa fermeté, à sa constance et à sa sagesse. {Applaudissements. — Cris de : Vive la République! Vive Jules Ferry.)
Disconn aux délégués des Vosges, du 23 août 1885.
Le dimanche 23 août iSSH eut lieu a Épinal la réunion plénière des délégués républicains des cantons des Vosges. Elle avait été préparée par un comité central, constitué, le 14 avril, dans une assemblée que présidait M. Claude, sénateur, et qui comprenait les conseillers généraux, les conseillers d'arrondissement et les maires républicains des chefs-lieux de canton. Le comité central ayant présenté Texposé de son œuvre de propagande et (l'organisation, la parole fut donnée à M. Jules Ferry.
Le représentant des Vosges donna d'abord lecture du programme rédigé par la députation vosgienne. On trouvera ce document dans le Mémorial des Vosges en dale du 25 août, et nous ne le reprodui-
1 ons pas parce qu'il offre un caractère impersonne) et collectif. Mais, après avoir lu la déclaration dont il s'agit, M. Jules Perry prononça un discours en son nom; il traça, dans les termes suivants, un large tableau de Tœuvre accomplie, tant à l'intérieur qu'à Textériour, par les républicains de gouvernement, et fit justice de la campagne de calomnies et de mensonges par laquelle on cherchait à déconsidérer le régime de la République parlementaire' :
Puisque j*ai la parole, je demande la permission d*ajouter quelques explications.
Les progi*ammes, messieurs, ont une grande importance. Ils donnent la juste mesure du progrès des idées dans une démocratie maîtressse d'elle-même. Mais les programmes ne sont pas toute Télection : une élection est surtout un acte de confiance mutuelfe. Nous ne sommes pas ici des inconnus, des nouveaux venus, les uns pour les autres. Je retrouve ici, et je salue avec émotion ceux avec lesquels j'ai combattu depuis quinze ans, depuis le jour où nous avons infligé au grand chef de cette réaction qui relève aujourd'hui la tête et qui agite de nouveau son panache [Applaudissements]^ sa première défaite... je les reconnais et je pourrais presque les nommer, tous ceux qui représentent ici le bataillon fidèle avec lequel nous avons conquis pas à pas et pied à pied, depuis 1871, le vieux sol vosgien à la République! Je vois aussi desjeuneset je les salue, car ils nous garantissent l'avenir, et, vous le voyez, messieurs, les combats ne sont pas finis. [Non! non! Applaudissements.) C'est toujours de la République qu'il s'agit, c'est toujours le même combat, en 1876 comme en 1871, en 1881 comme en 1877, en 1885 comme en 1881 ; la tactique seule a changé.
En 1871, la restauration monarchique se présenlait, son drapeau déployé, insolente et menaçante, mais sans voile et sans déguisement. Au 16 Mai, c était elle encore, derrière les réactions coalisées et le fantôme du péril social : le pays la flaira sous ce masque et la rejeta résolument. En 1881, c'est sous la bannière du cléricalisme que l'on s'enrôlait : on dénonçait l'exécution des Décrets, la reprise des droits de l'État sur l'ultramontanisme comme une persécution des consciences; ces lamentations ne trouvèrent dans le pays qu'un piteux écho. Aujourd'hui, ce n'est plus la République qu'on met ostensi-
- 1. V. le MémoHal des Vosges, du 26 août 1885.