‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 5 sur 108 · DISCOURS AUX DÉLÉGUÉS DES VOSGES · texte numérisé non relu

DISCOURS AUX DÉLÉGUÉS DES VOSGES

blement en question, mais on s*atlaque aux républicains, à certains républicains, les plus fermes et les plus nombreux, à ceux qui ont eu Thonneur de prouver à TEurope et au monde que la République peut être un gouvernement stable et forl, capable de grandes entreprises, à la hauteur de toutes les tâches qui constituent la politique d'un grand pays comme la France, soit au dedans, soit au dehors! [Applaudissements,) A travers les républicains, c'est la République que Ton vise. Avec quelle arme? une seule : la calomnie.

Ah! la calomnie des personnes, nous n'y avons jamais répondu que par le mépris. Il faudrait, pour réunir ici toutes celles qu*ona imprimées contre nous, en vérité, plusieurs tombereaux d'ordures. {Applaudissements.) Non que la calomnie soit absolument inoffensive : le mot de Rasile est toujours vrai (Non! non!), pas aumilieu de vous, mes amis, mes concitoyens, qui pouvez lire dans notre vie comme dans un cristal, mais ailleurs peut-être, au loin, chez ceux qui ne nous connaissent pas... Mais nous cessons d'être dédaigneux ou indifférents, quand c'est la République, la politique républicaine que l'on calomnie.

Cette calomnie est double. On dit : la République, à l'extérieur, c'est la guerre ; au dedans, c'est le déflcit !

Je voudrais m'expliquer nettement sur notre politique extérieure. Certes ce n'est pas dans ce pays, et à quelques pas de la frontière, qu'il est permis d'oublier qu'il faut à la France une politique prudente. Mais ne peut-elle être ferme, virile, sans cesser d'être prudente? Faut-il qu'elle soit timide, inquiète^ frémissante au moindre incident? La France est-elle encore, après quinze ans de sagesse et d'efforts, une blessée qui se soutient à peine? Je vous le demande, messieurs, est-ce en faisant incessamment appel au danger extérieur, qu'on peut rendre à la France la confiance en soi? Est-ce par l'apeurement systématique que l'on prépare le relèvement? ( Vifs applaudissements. )

La France ne menace personne, mais elle n'est, croyez-le bien, menacée par personne. Elle a fait, pour reconstituer son état militaire, pour se mettre sur un pied de défense invincible, des efforts extraordinaires. On la respecte, parce qu'on la sait forte. La République a repris sa place dans les conseils de

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TEurope, et sa parole y est écoutée, pai^ce qu'elle n'y défend que la cause de la justice, de la paix et du droit. (Applaudissements.)

L'orateur rappelle ce qui s'est passé, il y a un peu plus de trois ans, au moment décisif de la crise égyptienne. Le ministère Freycinet, à la fin de juillet 1882, proposait d'envoyer en Egypte, sur le canal de Suez, un petit corps de troupes, — l'événement a prouvé qu'il eût été plus que suffisant pour sauvegarder nos droits traditionnels. — Un orateur se leva alors : c'était le chef de l'extréme-gauche. Il agita le spectre du danger extérieur, se fit l'écho d'inquiétudes imaginaires, montra l'Europe couverte de soldats.., et c'est ainsi que nous perdions, en Egypte, la situation prépondérante que nous y avaient assurée une longue tradition, de grands intérêts français et une bonne politique !

Aussi, quand après une succession de crises que l'on n'a pas oubliées, le ministère du 5 février se constitua, il s'imposa pour première règle de ne jamais abandonner la moindre parcelle du patrimoine national. Nous avions de grands intérêts dans Tlndo- Chine, des droits certains, fondés sur les traités, au Tonkin. Le cabinet demanda à la Chambre les ressources nécessaires pour les sauvegarder. Pendant la délibération, la mort de l'héroïque commandant Rivière montra que l'on n'avait que trop tardé. Ce jour-Jà, le Parlement fut unanime, comme le pays. Ainsi est née l'expédition du Tonkin comme un devoir d'honneur, une nécessité de patriotisme, la plus légitime et la plus nationale de toutes les expéditions. [Cest cela! Bravo! Applaudissements,)

Maintenant, on critique la façon dont elle a été conduite; on relève des erreurs dans la direction de cette campagne, à 3,000 lieues de la mère-patrie, dans des régions mal connues, inexplorées, qu'on découvrait en les conquérant. Comment n'y aurait-il pas eu d'erreurs commises? Mais ce qu'il faut voir et juger, ce sont les grandes lignes, ce sont les résultats. L'entreprise est terminée, et elle a réussi. Nous avons la paix, une paix définitive. Expéditions éternelles, disent les partis I J'ai déjà répondu et je répète : expéditions nécessaires et terminées! {Applaudissements ')

On s'en va répétant aussi que l'expédition du Tonkin a coûté

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