‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 41 sur 108 · DISCOURS DE L'ÉLYSÉE-MONTMARTRE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE L'ÉLYSÉE-MONTMARTRE

Je ne cloute pas qu'elle n'en lire un grand profit. Tout le monde ne savait pas ce qu'était notre Association nationale républicaine : tout le monde le saura désormais. On saura que chacun de ceux qui sont ici, chacune des quatre cents personnes présentes dans cette salle constitue quelque chose de plus qu'une individualité unique, mais qu'elle représente un groupe de républicains unis dans une pensée commune et dans un labeur commun.

Notre AssociatioUt messieurs, n*est pas une association tapageuse : c'est une société laborieuse et silencieuse. Dans sa réunion annuelle, elle travaille généralement dans le silence qui plaît aux bons ouvriers : c'est une usine de propagande. {Applaudissements. )

Ce qu'elle a fait n'est pas à dédaigner. M. Delombre vous a présenté tout à Theure le tableau de l'œuvre accomplie. Dans tous les cas, notre Association a ce trait particulier qu'il est bon de noter : c'est que, de toutes les associations analogues qui se sont formées à l'occasion des élections, elle est la seule qui survive et qui dure...

Elle a entrepris une tâche ingrate, difficile entre toutes : c'est de maintenir, entre deux périodes électorales, les relations et les cadres de l'action commune ; c'est de réagir contre cette disposition, si funeste, et pourtant si naturelle du parti républicain, surtout du parti républicain de gouvernement, et qui le porte à dire : « Nous avons vaincu l'ennemi, nous tenons le pouvoir: endormons-nous jusqu'aux luttes prochaines! »

Messieurs, c'est une disposition déplorable. Notre parti eut grandement à en souffrir. Les élections de 1885 ont été, à cet égard, une dure et cruelle leçon. {Approbation générale,) Elles nous ont surpris dans cette confiance, dans cet optimisme aveugle, et vous savez tout ce que nous avons, à ce moment, eu de défaites à déplorer.

C'est alors que l'idée de fusionner l'Association nationale républicaine avec celle du Centenaire s'est fait jour, et que, sous la présidence de mon prédécesseur immédiat, M. Rouvier, dont j'aime à honorer ici le nom, le talent et le grand courage... {Bravos et applaudissements), s'est reconstitué ce parti qui avait subi, aux élections de 1885, faute d'organisation et de prévoyance, des pertes si douloureuses. (Applaudissements,)

tl8 DISCOURS DE JULES FERRY.

Non, messieurs, il ne suffit pas à un grand parti d'occuper le pouvoir I Non ! dans un pays de liberté parlementaire, l'organisation des pouvoirs publics ne peut tenir lieu de l'organisation des partis I Ce sont les partis eux-mêmes qu*il faut organiser. ( X pplaudissements prolongés . )

Et c'est l'œuvre à laquelle, travaille sans bruit et sans éclat, mais d'une façon efficace, l'Association que j*ai l'honneur de présider.

Pourquoi cette association est-elle la seule qui dure ? Messieurs, je crois que cette bonne fortmie lui vient avant tout de la largeur de son programme, car il n*est pas question ici dune association aux formules étroites, aux portes basses ou entrebâillées; non. L'Association nationale républicaine a pour principe d'ouvrir ses portes à tous les hommes de bonne volonté. (Applaudissements.)

Il y a deux manières, messieurs, de comprendre le rapprochement des républicains, ou, pour me servir d'une expression qui a été fort à la mode, la concentration républicaine.

On discute beaucoup sur ce mot, c'est peut-être parce qu'on ne le définit pas bien. Il y a deux sortes de concentration républicaine ou, tout au moins, j'en conçois deux espèces. L'une, c'est la concentration passagère, souvent nécessaire, d'opinions et d'hommes qui n'ont pas beaucoup d'autres choses en commun que la foi, le culte de la République. Cette concentration-là, elle a pu être justement critiquée, parce qu'il n'en peut guère sortir que des syndicats d'intérêts électoraux et des ministères fragiles ou impuissants.

Mais on conçoit une autre concentration, ou, si vous voulez, un autre mode de rapprochement, fondé, celui-ci, sur la fusion progressive de ces éléments longtemps discordants, sur la pénétration des uns par les autres, sur le progrès marqué et incessant de l'esprit de gouvernement, dans l'ensemble du grand parti républicain. [7rès bien! 1res bien!)

J'ose dire, messieurs, regardant les choses d un peu haut, que nous assistons à une évolution de cet ordre ; j'ose dire que, dans la masse du parti républicain, les idées de gouvernement sont en progrès manifeste. (Applaudissements.)

Je n'en veux qu'une preuve, un symptôme qui me parait tout à fait saisissant. Messieurs, considérez la nouvelle Chambre des

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